Diables Rouges

La diagonale de Manuel Jous : enfiler sa tenue de Gallois

© Virginie Lefour - Belga

A l'époque où il présidait le sporting d'Anderlecht, Roger Vanden Stock avait l'habitude de relativiser, avec la même pondération, la portée des crises et des vagues d'euphorie que son club pouvait traverser par ces mots empreints de bon sens : "tout ne va jamais si mal, et tout ne va jamais si bien". Cette ode au moyen terme, cher à Aristote, doit prévaloir aussi chez les Diables Rouges, à l'heure d'établir un premier bilan de juin, entre la fermeture du volet des matchs à domicile et l'ouverture de celui des matchs en déplacement.

La vérité de notre équipe actuelle se situe probablement entre la panique du match contre les Pays-Bas et l'opulence de celui face à la Pologne. Et, comme souvent, l'adversaire contribue aussi, par ses actes, à définir cette vérité : en ayant remporté la bataille de l'entrejeu et profité de nos espaces d'abord, en ayant abandonné toute velléité de pressing ensuite.

Fallait-il tout jeter après le premier match ? Non. Faut-il tout conserver à l'issue du second ? Pas davantage.

On sera donc curieux de voir de quelle manière Roberto Martinez abordera ce nouveau (et presque coutumier) rendez-vous de Cardiff. Car, face à la bande à Gareth Bale, on sait déjà que les Diables devront enfiler leur bleu de travail. Une tenue de Gallois plus qu'une tenue de gala.

Mais quelle optique prévaudra ? Celle de la prise en compte de la compétition elle-même et du classement d'un groupe où l'on doit rattraper la défaite inaugurale contre les Oranje ? Ou celle de la poursuite de la préparation pour la Coupe du Monde, qui assimile par nature la Nations League à une simple succession de rendez-vous amicaux ? Si le sélectionneur suit le fil de ses dernières déclarations, c'est la deuxième option qui doit primer, et l'on peut donc s'attendre à le voir effectuer quelques tests supplémentaires pour "recueillir des informations et évaluer" (l'un de ses leitmotivs en conférences de presse).

Bien sûr pas un changement radical de système tactique, on l'a compris depuis longtemps, mais quelques essais à des positions où les choix demeurent, soit par abondance de bien, soit par manque de solution convaincante.

Alderweireld, nouvelle figure centrale ?

Devant Koen Casteels qui va recevoir sa chance au but (pour la première fois depuis novembre dernier... dans le même stade face au même adversaire), il parait intéressant de maintenir Toby Alderweireld en figure centrale de la défense. L'Anversois s'est bien acquitté de sa tâche contre la Pologne et une fin de carrière à ce poste peut lui être promise en équipe nationale. Cela règlerait (une fois pour toutes ?) le problème de la sempiternelle hésitation entre Dedryck Boyata et Jason Denayer (même si Martinez explique que c'est davantage du profil de l'attaquant adverse que dépend le choix du Berlinois ou du Lyonnais...) et libérerait une place sur le côté droit du trio. Leander Dendoncker, on l'a vu, a saisi l'aubaine avec brio contre la Pologne, mais s'est empressé de clamer dans la foulée qu'il préférait évoluer au milieu (une polyvalence qui lui offre, pour ainsi dire, une garantie de présence dans la liste des 26). Parfaire les automatismes entre Alderweireld et Dendoncker à Cardiff nous semble tout indiqué si le but est de s'appuyer sur cette nouvelle paire. Mais, histoire de bien pouvoir comparer les profils et la synchronisation, on aimerait quand même y retrouver Timothy Castagne et sa pointe de vitesse. Et à gauche, rien n'interdit de penser que Jan Vertonghen puisse un peu souffler pour offrir du temps de jeu à Arthur Theate...

En parechoc devant le trio arrière, le tandem Axel Witsel-Youri Tielemans a bien tiré les leçons de la déroute face aux Pays-Bas. Dans le deuxième match, les deux hommes ont resserré les espaces entre leur position et la ligne arrière (face à des Polonais qui n'étaient certes pas des monstres dans le pressing). Reconduire l'association aurait un sens, mais si Castagne est appelé en renfort derrière, Martinez pourrait aussi aligner (comme en fin de match mercredi) le duo d'anciens Anderlechtois Tielemans-Dendoncker

Sur les flancs, nous tablons sur une occupation Thorgan Hazard à gauche, Thomas Meunier à droite. Le premier est monté en fin de match contre la Pologne (et a même offert l'assist sur le but de Loïs Openda !), le second a fait l'impasse sur la Pologne et s'est présenté face à la presse à Cardiff, ce qui est toujours un indicateur. Alexis Saelemaekers et Thomas Foket (qui n'ont pas encore reçu de temps de jeu dans ce "camp" de juin) espèrent recevoir quelques minutes aussi, sans oublier Yannick Carrasco, auteur d'un bon match contre la Pologne.

Profiter de la forme et de la confiance de Trossard

La montée de Leandro Trossard contre la Pologne n'est pas passée inaperçue. Vif, mobile, entreprenant, le joueur de Brighton a multiplié les appels et a inscrit un doublé (son deuxième en sélection !) qui a marqué les esprits. L'ancien Genkois, souvent présenté comme la meilleure doublure d'Eden Hazard, pourrait bien évoluer...à ses côtés, si Roberto Martinez décide d'aligner son capitaine (ce qui est dans les plans) et de laisser un peu souffler Kevin De Bruyne, qui a remarquablement redressé la barre (dans son implication notamment) face à la Pologne. 

Reste enfin le choix de l'attaquant. En l'absence de Romelu Lukaku (qui n'a pas effectué le déplacement à Cardiff et va finalement aussi devoir faire l'impasse sur le match de mardi à Varsovie), impossible de pratiquer exactement le même système. Deux options s'offrent, du coup, au sélectionneur. Soit aligner un "vrai" 9, soit un "faux"... Mais cette dernière possibilité a peu de chance d'aboutir, dans la mesure où ni Dries Mertens ni Charles De Ketelaere ne seront en mesure de tenir leur place à Cardiff...

Le numéro deux dans la hiérarchie des attaquants reste toujours bien Michy Batshuayi, mais l'attaquant de Besiktas est l'un des rares à ne pas avoir marqué de points lors de la mazurka polonaise... Pas de but, deux poteaux, une quantité impressionnante de hors-jeux, et surtout très peu d'implication dans le jeu collectif (malgré les fréquents recadrages tactiques de Martinez). La bonne approche psychologique voudrait qu'il reçoive une nouvelle chance à Cardiff, même si Loïs Openda frappe au portillon avec un premier but inscrit quelques minutes seulement après sa première montée au jeu...

Compo (au choix) probable, possible, éventuelle, sympa : Casteels - Theate, Alderweireld, Castagne - Th.Hazard, Tielemans, Dendoncker, Meunier - E.Hazard, Trossard, Batshuayi

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