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La dette publique recule, mais demeure un défi pour le prochain gouvernement

La dette publique recule, mais demeure un défi pour le prochain gouvernement
06 juin 2019 à 07:40 - mise à jour 06 juin 2019 à 07:402 min
Par RTBF

Selon les dernières prévisions du Bureau du Plan, citées dans le journal L’Écho de ce jeudi, le déficit budgétaire de la Belgique atteindra 9,6 milliards d’euros en 2020. C’est 2% du produit intérieur brut belge. Le déficit serait alors trois fois plus élevé qu’en 2018.

Le gouvernement fédéral avait, pour 2018, réussi à gonfler la perception des versements anticipés par les entreprises, à doper les recettes pour réduire le déficit, mais c’était une mesure que l’on peut a priori juger plutôt passagère. Ensuite, il faut bien reconnaître qu’à politique inchangée, sans nouvelles mesures gouvernementales, ce déficit a plutôt tendance à se creuser. Les dépenses sociales pour les pensions, celles en soins de santé par exemple, ont naturellement tendance à augmenter.

Les chiffres optimistes de l’Agence fédérale de la dette

Or le gouvernement fédéral est tombé et le budget 2019 n’a toujours pas été voté. Cela dit, les prévisions de l’Agence fédérale de la dette sorties mercredi sont beaucoup plus optimistes et prévoient pour 2020 un déficit à 0,2% du produit intérieur brut, 10 fois moins que les prévisions du Bureau du Plan.

Cette différence s’explique par le fait qu’il s’agit de projections. Et qu’en fonction de la méthode utilisée, les résultats diffèrent très fortement pour le Bureau du Plan, l’Agence de la dette ou la Commission européenne.

D’avertissements en avertissements…

Car la Commission européenne, de son côté, met en garde la Belgique sur le poids de sa dette. Et ces avertissements commencent à ressembler à une sérieuse routine. Sans aucune surprise, parce que notre dette publique est effectivement excessive au regard des engagements pris au niveau européen. Nous avons une dette publique représentant 102% du produit intérieur brut. Soit près de 460 milliards d’euros. Mais hier, à nouveau, l’Agence fédérale de la dette se voulait tout à fait optimiste : même si elle est lente, la tendance à la réduction de la dette publique belge est bien là depuis 2014.

Pourquoi la dette publique recule (lentement)

Si la dette recule, c’est grâce (ou à cause) des réductions des dépenses publiques. Mais cette tendance doit aussi énormément à des taux d’emprunt historiquement bas. Le taux des obligations belges à 10 ans était, l’an passé de 0,80% en moyenne. Ce qui permet à la Belgique de se financer à bon prix.

Mais cela signifie qu’à la moindre remontée brusque des taux d’intérêt, le financement de la Belgique serait sous pression. Et cela serait vrai, aussi pour d’autres pays

Selon Alexandre De Geest, administrateur général de la Trésorerie, la Belgique s’est en fait protégée contre le choc d’une possible remontée des taux, en structurant différemment le portefeuille de la dette. " On a suivi depuis maintenant sept ans une stratégie d’allongement de la durée moyenne de la dette. Cela veut dire que nos besoins de financement futurs sont de plus en plus faibles. Si on se retrouve dans une situation de remontée des taux, les taux d’intérêt seraient plus élevés, mais comme on emprunte beaucoup moins, l’effet serait forcément beaucoup plus réduit. On est relativement bien protégé par cette stratégie sur une remontée des taux ".

Cela étant dit, le futur gouvernement fédéral est déjà confronté à un sacré défi : continuer à réduire la dette à un rythme soutenu, tout en trouvant de la marge de manœuvre pour augmenter ses investissements publics, puisque c’est une recommandation aussi de la Commission européenne. Et quand Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, déclarait hier que le cas de la Belgique est trop borderline pour tirer des conclusions avec certitude, il n’avait sans doute pas tout à fait tort, et le casse-tête est annoncé.

 

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