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Belgique

"La démocratie représentative atteint d’une certaine manière ses limites" estime Vincent Laborderie, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain

25 avr. 2022 à 20:54Temps de lecture2 min
Par Hugues Angot

Avec 42% des voix et 13 millions d’électeurs, Marine Le Pen a atteint un score historique en France. La stratégie de normalisation du Rassemblement national a plutôt bien fonctionné. Et cette percée est loin d’être un cas unique en Europe. En Flandre, le Vlaams Belang est d’ailleurs devenu une force politique majeure. L’extrême droite semble plus que jamais avoir le vent en poupe. QR l’actu analyse ce phénomène avec Benjamin Biard, chercheur au CRISP et Vincent Laborderie, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain.

Vote de conviction ou de dépit ?

Lorsqu’on analyse les votes en faveur de Marine Le Pen, ce sont principalement des votes de rejet, de protestation estime Vincent Laborderie. "On a vu des scores particulièrement élevés en dans les départements d’Outre Mer, Martinique, Guadeloupe et je ne pense pas que ces personnes sont à 60% d’extrême droite. On sait également que Marine Le Pen maquille son discours alors que celui d’Eric Zemmour est lui franchement plus décomplexé. Et l’on constate qu’Eric Zemmour a lui fait un score relativement bas".

Montée des extrêmes en Belgique

Les résultats des élections en France préfigurent-ils les prochaines élections en Belgique en 2024 ? Pour Vincent Laborderie, ce scénario n’est pas à exclure "Si vous regardez les résultats du premier en tour en France, il y a trois blocs qui se dégagent. Le bloc "central" de gouvernement incarné par Emmanuel Macron, et puis le bloc de l’extrême gauche et de l’extrême droite. C’est le risque que court la Belgique comme dans bon nombre de démocraties. Vous avez ces blocs aux extrémités qui progressent avec le Vlaams Belang en Flandre et le PTB en Wallonie. Cela s’explique parce que la population estime que tous les autres partis sont un peu tous les mêmes et on finit par les confondre dans une sorte de "magma centriste". D’une certaine manière, la démocratie représentative atteint ses limites".

Echec des partis traditionnels ?

Pour bon nombre de citoyens, les partis politiques traditionnels n’apportent pas de réponses à tout une série de problèmes, analyse Benjamin Biard. Et à partir de là, une partie de la population développe un sentiment de méfiance et un sentiment de non-représentativité. "Les problèmes auxquels sont confrontés les représentants politiques sont bien souvent très complexes. A cela s’ajoutent des dimensions internationales et des dynamiques institutionnelles également très complexes. Pour les partis au pouvoir, il est donc souvent difficile d’engranger des accords pour aller de l’avant. Cela dit un certain nombre de promesses sont bien tenues. Il serait faux de croire que des partis populistes aux réponses simplistes feraient nécessairement mieux vu le degré de complexité des problèmes à résoudre."

Débattre avec l’extrême droite ?

Ne pas débattre avec l’extrême droite peut sembler discriminatoire explique Benjamin Biard mais ces partis sont eux-mêmes attentatoires aux principes et libertés fondamentales. "On voit bien que le cordon sanitaire médiatique contribue à réduire la progression de l’extrême droite. Cet effet se réduit à cause de la communication sur les réseaux sociaux, mais je pense néanmoins qu’il garde sa pertinence. Il suffit de voir la marginalisation de l’extrême droite en Belgique francophone".

 

 

 

 

 

 

 

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