RTBFPasser au contenu

Histoire des contes

La danse des chats : souvenir d'une époque où le chat est accusé de tous les torts

L’Histoire surprenante des contes de fées

Episode 10 : La danse des chats

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Il est une vieille histoire qui se raconte chez nos amis des Flandres. Une histoire de chats noirs qui se réunissent tous les samedi soirs pour danser, chanter et boire de la bonne bière, terrifiant les braves habitants de Louvain. Ce conte se passe au Moyen-Age, une époque où le chat n’est pas vraiment le bienvenu. Synonyme de démon, de sorcellerie, le chat – surtout s’il est noir - est alors accusé de tous les torts.

C’est le temps de l’Inquisition. Et on l’extermine en masse dans toute l’Europe. Pourtant à cette époque, la peste sévit, or ce sont les puces de rats qui la transmettent, et le chat mange les rats, mais personne ne fait le lien. A cette époque, il faut croire en Dieu, et à sa clémence comme à sa foudre divine sur les pêcheurs et les hérétiques.

 

L’histoire

 

Il était une fois, dans le duché des Ducs de Brabant, au cœur d’une jolie petite ville appelée Louvain, une bande de chats noirs qui terrorisaient les habitants. Tous les samedis, une fois la nuit tombée et le brouillard descendu sur la ville, des centaines de chats noirs arrivaient de toutes parts et se réunissaient sur la place du marché. 

Ils suivaient toujours le même rituel : ils faisaient un grand feu au centre de la place, y cuisaient des crêpes, et s’asseyaient comme des humains pour manger et boire de de la bière. Puis ils dansaient dans une ronde infernale autour du foyer. Toute la nuit, les pauvres habitants du quartier, apeurés et enfermés chez eux à double tour, entendaient alors une symphonie de miaulements stridents, de la musique, et parfois même, d’épouvantables querelles de chats. 

Mais il arrivait aussi que les chats soient plus calmes et passent la nuit à discuter ou à délibérer de quelque sujet sérieux. Alors ils étaient aussi graves que des prêtres dans une église. Ce sabbat durait ainsi plusieurs heures et se prolongeait souvent jusqu’au petit matin. Puis, les chats éteignaient le feu reprenaient leurs plats à crêpe et leurs tonneaux de bière, et se dispersaient enfin. 

Un samedi soir, un habitant du quartier n’avait pas vu le temps passer et quand il sortit de sa taverne et déboula sur la place du marché, il constata avec grand effroi qu’il était face … à une centaine de chats au sabbat. Les chats se tenaient debout comme des humains sur leurs pattes arrière et dansaient autour du feu. Soudain, au faible cri que produisit le pauvre homme apeuré, tous les chats se retournèrent en même temps, dardant sur lui leurs terrifiantes prunelles.   

A ce spectacle, le malheureux tenta bien de fuir, mais les chats, plus rapides, bondirent autour de lui et l’entourèrent si bien qu’il n’eut plus d’échappatoire. 

 

Les origines du conte

La Danse des chats est un conte belge. Ses origines sont assez nébuleuses et c’est un conte plutôt méconnu, même chez nous. Il s’est fait connaître au début du 19ème siècle grâce à une certaine Marie de Poennies qui l’a posé par écrit dans son recueil de contes belges. Mais il n’en n’est pas moins intéressant car il fait référence à des faits historiques que le monde chrétien a bien connus : la chasse aux sorcières.

Nous sommes au XIIIème siècle. En France, afin d’empêcher la diffusion de dogmes autres que le christianisme, l’église créée l’Inquisition, une sorte de Tribunal qui punissait les hérétiques. Rapidement, la portée de l’inquisition s’étend aux pays voisins, dont la Belgique. 

Dans toute l’Europe, on chasse les " mauvais " chrétiens… dont les sorcières ! c’est à dire toutes ces femmes guérisseuses, voyantes ou tout simplement gênantes pour la société, parce que folles, séduisantes, de mauvaise réputation... Et ces sorcières, elles vont être poursuivies jusqu’au 17ème siècle ! 

Quant aux chats, surtout les noirs, ils vont malheureusement être les victimes collatérales de cette chasse aux sorcières. On les soupçonne tantôt d’être des sorcières qui se seraient transformées en chattes pour leur fête de sabbat, tantôt d’être même l’incarnation du diableAu 13e siècle, le pape Grégoire 9 publie même une bulle dans laquelle il affirme que le chat fait partie des cérémonies maléfiques des hérétiques : Le chat commence donc à faire l’objet d’une campagne d’extermination importante. Puis, au 14e siècle, le pape Innocent VII va encore exiger une intensification de la persécution des chats, provoquant une augmentation massive des décès des pauvres félins, on parle de plusieurs millions…

Sur le même sujet

13 janv. 2022 à 11:00
2 min
06 janv. 2022 à 14:00
3 min

Articles recommandés pour vous