Economie

La crise ukrainienne et ses implications économiques : entretien avec l’économiste Étienne de Callataÿ

15 févr. 2022 à 12:19Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo sur base de l'invité de Matin Première

On peut constater en début de semaine sur les marchés boursiers un recul d’à peu près 2% pour les principales bourses européennes, y compris le BEL 20. Les menaces de conflit en Ukraine plombent les marchés. Quelles conséquences sur les prix de l’énergie et sur l’économie en Belgique ? L’économiste Étienne de Callataÿ était ce matin en direct sur la Première pour commenter cette actualité.

Les bourses européennes dévissent depuis quelques jours

Pourquoi les bourses sont-elles occupées à plonger depuis quelques jours ?

Étienne de Callataÿ : Parce qu’elles sont sensibles à de nouveaux chocs et à des nouvelles qui ne sont évidemment pas bonnes. Mais on le sait : les bourses ont tendance à surréagir et il ne faudrait pas les prendre pour un bon baromètre de la météo, qu'elle soit géopolitique ou économique.

Est-ce le prix du pétrole qui provoque les tendances à la baisse sur les marchés ?

E. C. : Ça ne peut pas être l’Ukraine en tant que telle, puisque ce pays, sur le plan de l’économie mondiale, est marginal. Je le dis peut-être avec cynisme, mais que demain l’Ukraine disparaisse de la carte économique, ça ne changera rien. Donc, ce qui peut faire peur, c’est soit un danger d’escalade, mais ça, je pense que personne ne l’a en tête aujourd’hui […] On en est réduit à subodorer que s’il baisse, c’est effectivement par le canal de l’énergie et nous savons qu’il y a un lien, ne serait-ce que par le transit sur le sol ukrainien. Par le fait aussi que si nous ne nous entendons plus avec la Russie, des robinets seront fermés, soit parce que les Russes décideront de le faire ou parce que nous ne voudrions plus soutenir l’effort de guerre russe en s’alimentant auprès d’eux.

Les deux camps peuvent-ils se permettre de couper le gaz ?

E. C. : La guerre est absurde dans le chef de la Russie qui n’a rien à gagner réellement à envahir l’Ukraine. Elle a déjà la Crimée et le Donbass, elle n’a pas besoin de ça (l’Ukraine, ndlr). Elle a d’autres soucis : une population déclinante, une dépendance aux énergies fossiles qui va plutôt lui poser des problèmes à l’horizon d’une génération, une démographie en berne et le Kazakhstan aussi. Elle a donc ses problèmes et de quoi s’occuper. L’Europe a aussi d’autres chats à fouetter. Mais nous pouvons nous le permettre. On l’a vu avec la Covid, on peut se permettre d’arrêter l’économie pendant plusieurs mois. Donc oui, malheureusement, on peut se permettre un conflit, en tout cas un conflit larvé.

Une guerre est-elle forcément mauvaise pour les marchés ?

E. C. : C’est mauvais pour l’économie, parce que c’est destructeur. L’économiste, c’est celui qui considère qu’il y a moyen de faire mieux avec les ressources dont on dispose. Commencer par tout casser, ce n’est pas la bonne idée. Mais, pour l’investisseur en bourse, la guerre peut parfois être une bonne occasion. Il y a un vieux dicton en bourse qui dit : il faut acheter au son du canon.

Une crise mondiale de l’énergie ?

E. C. : Certainement pas sur la durée. Pourquoi ? Parce que le monde ne manque pas d’énergie. Le problème de l’énergie telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est qu’elle est hautement polluante et qu’il faut apprendre à s’en passer. Peut-être qu’à cet égard, un emballement du prix du pétrole est plutôt une bonne nouvelle qu’une mauvaise. Il aurait été préférable que ce soit nous qui augmentions par nos taxes, pour pouvoir diminuer d’autres impôts, plutôt que d’enrichir davantage les Russes, les Saoudiens ou les compagnies pétrolières.

Nous pouvons vivre avec moins d’énergie en provenance de ces pays, parce qu’il y a suffisamment d’énergie ailleurs. La difficulté, c’est évidemment la transition. C’est de réorienter les canaux d’approvisionnement. Mais on sait, par exemple, qu'aux États-Unis, dans le gaz de schiste, les délais de mise en production du pétrole sont plus courts que ce qu’ils n’étaient avant dans le pétrole dit classique. Donc, il ne faut certainement pas redouter une pénurie à grande échelle, mais peut-être adapter certains comportements. Mais à dire vrai, nous sommes de toute façon appelés à devoir le faire.

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