La crise des réfugiés en Europe donne des ailes à l'extrême-droite

Jean-Yves Camus, chercheur à l'IRIS

© IRIS

L’afflux réfugiés en Europe propulse la droite radicale. C’est le cas notamment en Suisse, en Autriche ou en France. Les mouvements d’extrême-droite exploitent les peurs liées à l'arrivée des réfugiés en Europe. Ils utilisent le même discours dans l'espoir d'en tirer un profit électoral. Les réfugiés sont décrits comme des "envahisseurs". Mais, pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, ce n'est pas l’unique facteur des succès électoraux de l’extrême-droite.

Les partis d’extrême-droite profitent-ils de la crise des réfugiés?

"Incontestablement, la crise des réfugiés est un motif d’inquiétude pour une partie des populations appelées à se rendre aux urnes. Toutefois, il ne faudrait pas considérer que c’est à cause de cette crise des réfugiés que les partis d’extrême-droite remportent des succès électoraux dans plusieurs pays d’Europe. Il s’agit d’une étape supplémentaire dans une dynamique engagée depuis les années nonante. Parallèlement à la crise des réfugiés, il y a d’autres facteurs. Il y a notamment l’inquiétude face à l’avenir de l’identité européenne. Il y aussi des raisons liées à la crise économique que nous subissons".

A travers l’Europe, l’extrême-droite semble utiliser le même discours face à l’arrivée des réfugiés?

"L’extrême-droite explique aux électeurs que c’est le cadre traditionnel et culturel de leur vie qui est en train de changer. La radicalité des discours se concentre sur le fait que les exilés sont majoritairement des musulmans. Pour la droite radicale, cette arrivée massive des réfugiés va aboutir à une islamisation de l’Europe. Le phénomène migratoire entre ainsi en résonance avec le phénomène du groupe terroriste État islamique. C’est dit de façon très claire. C’est le cas en France avec le Front National, en Autriche avec le FPÖ, en Suisse avec l’UDC, aux Pays-Bas avec le Parti de la liberté (Partij voor de Vrijheid) de Geert Wilders, ainsi qu’en Belgique avec le Vlaams Belang".

La crise des réfugiés permet-il à la droite radicale d'occuper l'espace public?

"La droite radicale veut en effet occuper l’espace médiatique, notamment parce que la droite traditionnelle patine sur ces questions-là. Mis à part la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a pris une attitude très courageuse, la droite traditionnelle a pratiqué des glissements sémantiques sur la question des réfugiés. Ce qui a permis à l’extrême-droite d’aller encore plus loin. Plus la droite traditionnelle patine dans sa manière de prendre le problème à bras-le-corps, c’est-à-dire d’une façon à la fois humaniste et réaliste, plus l’extrême-droite explique qu’elle est la seule à se saisir du problème".

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