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Littérature

"La Cour des Miracles" : d’où vient cette expression ?

La cour des Miracles par Gustave Doré, XIXe siècle

Aujourd’hui, on dit d’un endroit aux apparences mal fréquentées où on ose à peine s’y aventurer que c’est "la cour des miracles".

Saviez-vous que cette expression tire son origine entre les lignes d’un célèbre roman de Victor Hugo ?

Dans les pages de Notre Dame de Paris

"Il était en effet dans cette redoutable Cour des Miracles, où jamais honnête homme n’avait pénétré à pareille heure ; cercle magique où les officiers du Châtelet […] qui s’y aventuraient disparaissaient en miettes ; cité des voleurs, hideuse verrue à la face de Paris […] ce ruisseau de vices, de mendicité, de vagabondage […] ruche monstrueuse […] hôpital menteur […] C’était une vaste place, irrégulière et mal pavée […] C’était comme un nouveau monde, inconnu, inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique."

Ces mots sont ceux de Victor Hugo, tirés de son célèbre roman "Notre-Dame de Paris" en 1831. Comment oublier la célèbre scène de la comédie musicale (vidéo ci-dessous, en 1998), signée Richard Cocciante et Gilles Maheu, mettant en scène Clopin, le roi des mendiants, chantant avec les autres truands :
"Le sang et le vin ont la même couleur
À la cour des miracles
À la cour des miracles
Les filles de joie dansent avec les voleurs
À la cour des miracles
À la cour des miracles
Mendiants et brigands dansent la même danse
À la cour des miracles
À la cour des miracles
Puisque nous sommes tous des gibiers de potence
À la cour des miracles
À la cour des miracles"

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Coup d’œil dans l’Histoire

Cet endroit dont Victor Hugo parle a bel et bien existé du Moyen Âge au XVIIe siècle, à Paris. C’était une cour abritée par la rue Saint-Sauveur, la rue de la Mortellerie et la rue de la Truanderie.

Dans ce quartier sombre et délabré, la police n’osait que rarement s’y aventurer. Meurtriers, voleurs, mendiants, aveugles, paralysés, nains et autres êtres dits répugnants faisaient fuir les bourgeois.

Pourtant, les uns et les autres se côtoyaient en journée, dans les plus beaux quartiers de Paris. Les "répugnants" de la Cour des Miracles jouaient sur leur laideur pour demander l’aumône auprès des mieux nantis. En réalité, aucun d’eux ne souffrait réellement d’un quelconque handicap.

Et pourquoi parle-t-on de "miracles" dans cette cour ? Eh bien, c’est justement en raison des soi-disant "miracles" qui s’y produisaient chaque jour. De retour dans leurs quartiers de prédilection, le soir, les mendiants éclopés et atteints d’infirmités diverses qui, quelques minutes auparavant, s’attiraient la pitié des gens de passage, se remettaient soudainement à marcher normalement, à retrouver la vue ou à retrouver l’usage d’un membre.

Si ce lieu a inspiré la littérature de Victor Hugo qui, plus tard, donnera lieu à la comédie musicale, il ne fut pas éternel. Le lieutenant de police de Louis XIV fut chargé un jour de nettoyer les lieux et d’en chasser sa population. 60.000 personnes auraient été envoyées aux galères.

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