Transversales

La coopérative du Grand Enclos, un modèle expérimental pour la société de demain

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Au départ, il y a une ferme et une coopérative. La coopérative du Grand Enclos se situe à Grandvoir, près de Neufchâteau, en province de Luxembourg. C’est une ferme à taille humaine, qui vend ses produits directement. C’est aussi un lieu d’échange ou l’humain est primordial, et où chacun s’implique comme il le souhaite, dans une démarche durable, proche de la nature et loin de la consommation de masse. La sobriété n’y est pas un vain mot…

Comment sortir du système de surconsommation, de surpollution ? Sabine et Jean-Pierre avaient lancé une ferme écologique qui s’ouvrait vers un projet de coopérative. Au décès de Jean-Pierre, Pierre et Joëlle, un couple qui souhaitait vivre autrement, ont rejoint le projet. D’autres coopérateurs ont ensuite participé à son développement, en apportant chacun leur savoir-faire. En avril 2020, en plein confinement, la coopérative du Grand Enclos se concrétise.

"Il est possible de faire autrement"

Pierre est très en contact avec la collapsologie. Il prévoit la fin d’un système qui surviendra par le nucléaire, ou la fin du pétrole, ou par une guerre civile, et à laquelle il faut se préparer.

A travers ce projet, au-delà des valeurs de société, de transition, de changement vers des modèles sociaux et économiques différents, il a le souci de construire un refuge pour ses enfants et ses proches, un endroit où être le plus autonome possible. Les valeurs d’individualisme et de consommation ne lui conviennent pas. Pour lui, il est possible de faire autrement.

Evidemment, il y a plein d’emmerdements, de complications. Mais en fait, pas trop. Et en plus, ce qui est génial, c’est l’enthousiasme et la joie qu’ils ont à le faire. Même les trucs chiants, ça se fait quand même dans la joie, parce que tout d’un coup, tu sens qu’il y a un projet qui se met en route, que c’est du concret. On sent que c’est possible.

© Odile Maskens et Jean-Francois Awad, avec Arnaud Vernier

"La coopération, c’est un miracle de vie"

Sabine est en fait la seule agricultrice dans le projet. Tous ceux qui arrivent sont novices en agriculture, personne ne sait traire et très peu ont de l’expérience en fromagerie.

"Ce n’est pas ma ferme, en fait, c’est un endroit où l’humain vient vraiment tester cette histoire de coopération et ça fonctionne. Je ne me sens pas propriétaire des lieux. C’est une micro-expérience très particulière, à laquelle je crois depuis des années. […] On vit une expérience extraordinaire et je suis émerveillée de ce qui se passe. Et extrêmement touchée d’être un maillon dans tout ça. […] La coopération, c’est vraiment un miracle de vie !"

Je crois qu’avant tout, l’humain est fermier. Alors on met dans le mot fermier ce qu’on veut. Mais on est tous capables par exemple de donner naissance, on se reproduit tous ou quasi tous, mais on est tous conçus pour ça. On est tous conçu pour produire son alimentation, concilier avec l’animal, avec la nature. On est un élément de la nature parmi la nature. Donc on est tous capables d’en faire quelque chose ou d’y faire quelque chose. Ce qu’on n’a plus tous en main, ce sont les techniques.

"Apprendre à vivre ensemble"

Joëlle est émerveillée et impressionnée de l’efficacité et l’enthousiasme du travail en groupe. Chacun fait ce qui le motive et ce qu’il se sent prêt à faire. Les gens qui y travaillent sont là parce qu’ils ont envie d’être là, parce que ça les motive. Grace à cela, malgré les difficultés, ça se passe bien. "C’est comme une auberge espagnole et c’est toujours une belle réussite."

L’agriculture reprend un sens plus vaste que le terre à terre. Ce sont des lieux qui pourront être des lieux de résilience demain, et déjà maintenant, parce qu’on ne pourra pas se passer de la nourriture.

Le développement de l’individu est important, la liberté individuelle est importante et en même temps, on doit faire des choses en collectif, apprendre à vivre ensemble. Et on a beaucoup à apprendre de la nature, de l’interaction entre les plantes, entre les animaux, explique Renaud Becker, ancien agriculteur, aujourd’hui formateur en biodynamie.

Tout est interaction subtile dans la nature. Si je pense à donner aux autres, je reçois en échange de quoi vivre.

Dans cette aventure, il y a la notion de coopérative, avec des nouvelles personnes qui arrivent, parfois du monde de la culture, qui se mettent à faire de l’agriculture. Il y a le lien aux consommateurs locaux avec le magasin de vente. Il y a la biodiversité recherchée dans les espèces animales, les plantations de haies, l’aménagement du paysage.

Il y a tous les ingrédients pour être, en petit, un modèle expérimental pour la société de demain.

 

© Odile Maskens et Jean-Francois Awad, avec Arnaud Vernier

► Ecoutez ici l’intégralité du reportage Abondance, par Odile Maskens et Jean-Francois Awad, avec Arnaud Vernier. Abondance est le prénom de l’une des dix vaches de la coopérative. C’est aussi, symboliquement, une évocation de la surabondance dans laquelle vivent les pays occidentaux. Mais c’est aussi l’évocation de la saine abondance que procurent l’élevage et le projet de permaculture de la coopérative. Abondance de vivant mais aussi de relations humaines.

► La version film de ce reportage sera diffusée le 13 septembre, dans le cadre du Festival Maintenant/Citoyens pour un monde en transition, à Louvain-la-Neuve, et le 30 septembre à Couvin, dans le cadre du Festival Crescendo.

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