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"La constance du prédateur" de Maxime Chattam : un thriller dédié à la violence faite aux femmes

Le Mug d'ouverture

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21 déc. 2022 à 09:45Temps de lecture3 min
Par La Première

Avec son nouveau roman La constance du prédateur, Maxime Chattam explore le thème des tueurs en série. Avec comme point de départ deux crimes à trente ans d’intervalle et deux personnages féminins, deux profileuses. Mais dans quel cauchemar vit Maxime Chattam ? Rencontre.

Après notamment L’illusion, Maxime Chattam nous emmène un peu plus loin encore dans la noirceur de l’âme humaine. Une nouvelle aventure pour son personnage de profileuse Ludivine Vonker.

Un livre qu’il dédie aux femmes de sa vie : sa femme, sa fille, sa sœur, sa mère. La violence faite aux femmes est d’actualité.

Pour Maxime Chattam, prendre la parole en pleine période de #Metoo n’avait pas de sens. "Si je prends la parole, il faut que ça ait un sens. […] En revanche, si je sens que le livre que je vais écrire aurait totalement sa place dans cette question, ce débat-là, je pense le livre autrement ; j’y réfléchis autrement. Je réoriente le livre".

C’est pourquoi il conçoit un binôme de deux femmes fortes qui s’entraident et non un homme et une femme, comme cela s’organise très souvent dans la fiction.

Il faut que, dans l’entraide féminine, émerge quelque chose d’encore plus fort pour lutter contre cette figure masculine représentant cette oppression, cette destruction, …

Point de départ de l’intrigue : la transmission séculaire ?

Pour Maxime Chattam, le tueur peut être n’importe quelle personne qui bascule dans l’acte criminel. La prédation, elle, c’est l’acte de chercher. Il y a une vraie préméditation. Et au-delà, il y a une forme de construction dans son plaisir dans l’idée de chasser avec la finalité de tuer.

Dans cette dimension de la place des femmes et des hommes, l’auteur s’est intéressé à ce côté de transmission séculaire, d’habitude.

"Finalement, quand on parle de ce qui est fait aux femmes, à travers le temps, il y a une question d’habitude. […] Il y a plein d’hommes qui ne sont pas oppresseurs au quotidien, mais qui – par habitude – ne se posent pas les bonnes questions […] Et c’est cela qui est en train de bouger dans la société, doucement".

Comme point de départ de l’intrigue, Maxime Chattam s’est demandé si le crime, le mal, pouvait se transmettre. Et si oui, comment l’illustrer ?

La même motivation se cristallise-t-elle et se transmet-elle ? Est-ce le même ADN ? Est-ce possible que ce soit la même personne à trente ans d’écart ?

Comment écrire de la violence, lutter contre des monstres sans en devenir un soi-même ?

Comme la phrase de Nietzsche que Maxime Chattam écrit en introduction du roman et qui trotte aussi dans la tête de l’une des enquêtrices, un auteur doit en effet pouvoir se préserver dans l’écriture d’un tel récit. Et "pour ce faire, il faut – selon lui – savoir pourquoi on écrit ce genre de livre". Cela a du sens dans sa démarche de se mettre soit dans la peau du tueur, soit dans celui de la victime !

Quand l’auteur se place du point de vue de son héroïne, la profileuse, il y a une pression de devoir trouver rapidement le coupable. "Si je n’avais pas ce marqueur temporel, cette incarnation de la pression, […] ça ne fonctionnait pas. Mon discours, ma théorie ne fonctionnaient pas"

J’aime beaucoup théoriser dans mes romans. C’est presque un prétexte le thriller.

Mais si l’héroïne a une vraie échéance à trouver le tueur, le romancier a l’avantage du temps.

"Ce sont mes mécaniques pour trouver l’équilibre entre ce que j’ai besoin de raconter et comment j’ai besoin de le raconter pour être efficace. (...) Jusqu’où je me livre pour toucher du plus près l’être humain, l’émotion pour que ce soit transmis au lecteur. Et comment je le gère derrière."

A quel point se protéger et comment me protéger m’éloigne de la vérité de ce que je veux faire ?

C’est tout le dilemme et une question valable également dans divers métiers, comme les journalistes, enquêteurs, écrivains…  Maxime Chattam explique comment s’en sort son épouse en tant qu’animatrice d’une émission de témoignages : elle prend et ressent l’émotion. C’est la démarche qu’entreprend l’héroïne du roman La constance du prédateur.

Pourquoi aime-t-on ce genre d’histoire ?

Subitement, on se retrouve dans des émotions fortes, mais avec la garantie de la sécurité. Dans les livres de Maxime Chattam, il n’y a pas de violence gratuite. D’ailleurs, l’auteur précise avoir écrit des livres plus légers, voire aussi pour de jeunes lecteurs.

Quant à ses fans, les 'Chattamistes' (qui ont aussi leur site web), ce sont – selon l’auteur - des personnes qui aiment lire et qui se reconnaissent dans ce qu’il fait. Maxime Chattam tente, au travers de ses livres, de décortiquer tout ce qui lui semble étrange dans le monde dans lequel on vit. Il le fait pour se rassurerEt cela rassure sans doute aussi ses lecteurs.

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