Belgique

La communauté syrienne de Belgique se mobilise pour venir en aide aux victimes du séisme

La communauté syrienne de Belgique se mobilise pour venir en aide aux victimes du séisme. Veillée de solidarité envers les victimes des séismes organisée à Bruxelles, le 2 mars 2023.

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Par Kamel Azzouz

Comme en Turquie, l’effroyable tremblement de terre a frappé la Syrie et toute une population qui souffre déjà depuis de longues années de guerre. Le séisme a affecté près de dix millions de Syriens livrés pour la plupart à eux-mêmes, tant le pays est fracturé et difficile d’accès. La communauté belgo-syrienne s’est mobilisée pour venir en aide à leurs proches, à leurs compatriotes. Elle espère que le résultat de leur élan de solidarité sera bien acheminé jusqu’aux victimes qui en ont terriblement besoin.

Une quarantaine de jeunes font une chaîne humaine pour remplir un camion de vêtements chauds et de biens de première nécessité pour les victimes de la ville d’Alep.
Une quarantaine de jeunes font une chaîne humaine pour remplir un camion de vêtements chauds et de biens de première nécessité pour les victimes de la ville d’Alep. © Tous droits réservés

Face à ces cris de détresse, je devais faire tout mon possible pour les aider

Dans une église syriaque catholique située à Bruxelles, plus de quarante jeunes belgo-syriens et des Belges font la chaîne humaine pour remplir un énorme conteneur de centaines de caisses de vêtements chauds et de biens de première nécessité. Une fois la mission accomplie, le camion s’en va vers le port d’Anvers. L’étape suivante est le port de Beyrouth, puis la ville meurtrie d’Alep en Syrie.

C’est dans cette église que Rania Sakkal, une volontaire belgo-syrienne d’une asbl, a proposé à l’abbé Thomas de mobiliser toute la communauté, peu après le séisme : "Cela fait 35 ans que je vis en Belgique et Alep est ma ville natale. J’ai reçu d’innombrables appels de proches qui se sentent délaissés car ils ne voient aucun secours arriver. Beaucoup dorment dehors dans le froid, et on m’a dit qu’il y régnait une forte odeur de cadavres. Face à ces cris de détresse, je devais faire tout mon possible pour les aider."

Rania Sakkal, une bénévole de l’ASBL Notre Dame de la Délivrance, et l’abbé d’une paroisse syriaque font le bilan de la collecte et s’assurent d’avoir toutes les autorisations nécessaires.
Rania Sakkal, une bénévole de l’ASBL Notre Dame de la Délivrance, et l’abbé d’une paroisse syriaque font le bilan de la collecte et s’assurent d’avoir toutes les autorisations nécessaires. © RTBF

Des autorisations difficiles à obtenir

Dès que l’appel aux dons a été lancé, toute la communauté a tout de suite répondu présente en apportant des biens que cette volontaire a déterminés sur une liste et qui reprend ce que la population d’Alep a besoin d’urgence. En un temps record, des centaines de caisse attendent le feu vert des autorités pour être embarquées sur un bateau.

Rania Sakkal nous explique qu’obtenir des autorisations pour la Syrie était un véritable défi : "C’était vraiment très compliqué car la Syrie est sous des sanctions internationales très sévères. Durant dix jours, j’ai envoyé et reçu des mails pour obtenir les autorisations. À chaque fois, on me signifiait qu’il manquait telle ou telle chose comme des codes, etc. Jusqu’à la dernière minute, on était en stress car on essuyait des refus et il fallait tout recommencer. On craignait que toute cette mobilisation ne serve à rien. Heureusement, on les a toutes pour que le conteneur soit embarqué sur un bateau pour prendre la mer jusqu’au port de Beyrouth. Je viens juste de recevoir la confirmation qu’il partira le 6 mars du port d’Anvers, et arrivera le 12 mars. Après, ce sont nos contacts qui prendront le relais sur place, avec l’espoir que tout arrive bien à Alep."

Une population syrienne qui accumule les catastrophes

L’abbé de la paroisse syriaque Notre Dame de la Délivrance, Thomas Dibo Habbabé, rappelle à quel point la population syrienne n’en peut plus car, bien avant le séisme, la population syrienne a enchaîné les désastres : "Cette catastrophe arrive en Syrie après 11 ans de guerre, une crise économique très profonde, une crise sanitaire liée au Covid, une crise énergétique. À cela s’ajoute une catastrophe naturelle. Il y a beaucoup de Syriens qui sont très choqués. Ils disent que tous les malheurs du monde arrivent sur notre peuple."

Belgo-syrienne et cheffe d’entreprise, Maria Naamani a fait appel à son réseau pour récolter des vêtements chauds.
Belgo-syrienne et cheffe d’entreprise, Maria Naamani a fait appel à son réseau pour récolter des vêtements chauds. © RTBF

Cette envie d’aider la population syrienne vient du fin fond des tripes

Née en Syrie, Maria Naamani vit en Belgique depuis une cinquantaine d’années. Déjà très active dans l’aide humanitaire, cette cheffe d’entreprise a fait appel à son réseau pour venir en aide à la population syrienne. Ce sont des dizaines et des dizaines de cartons de vêtements chauds qui ont été triés par une équipe de bénévoles. Des caisses qui sont déjà dans un conteneur en chemin vers la Syrie.

Maria Naamani exprime sa crainte et l’appel de ses racines : "La grande interrogation, c’est d’être sûr que le camion traverse toutes les frontières. Qu’il ne soit pas arrêté ou intercepté. On s’est mobilisé car on est appelé par une population à qui on s’assimile. Je suis née en Syrie et j’ai grandi à Damas. C’est un pays qui signifie beaucoup pour moi, même si je suis en Belgique depuis très très longtemps. Cette envie d’aider la population syrienne vient du fin fond des tripes. On se dit non, ce n’est pas possible ! Il faut faire quelque chose. Je suis très heureuse que la communauté et de nombreux Belges ont massivement contribué à cet élan de solidarité."

Louma Albik, fondatrice de l’ASBL SB Overseas, a reçu de nombreux appels de la communauté et des Belges qui ont proposé d’assister son équipe et d’aider les victimes du séisme.
Louma Albik, fondatrice de l’ASBL SB Overseas, a reçu de nombreux appels de la communauté et des Belges qui ont proposé d’assister son équipe et d’aider les victimes du séisme. © RTBF

Faire quelque chose pour dire qu’on est là pour eux !

Belgo-syrienne, Louma Albik est la fondatrice de l’asbl SB Overseas dont la mission est de fournir de l’aide humanitaire aux réfugiés et aux victimes de conflits. Avec son équipe, elle a récolté de quoi remplir tout un conteneur grâce à un élan de solidarité aux multiples nationalités. Dès que Louma Albik a lancé la campagne de collecte, de nombreuses personnes, toutes nationalités confondues, se sont mobilisées.

"Ils étaient beaucoup à nous avoir appelés pour nous dire qu’ils étaient là pour nous, pour quoi que ce soit. Il fallait collecter, et trier tout ce qui arrivait chaque jour, raconte-t-elle. Puis écrire sur tous les cartons en français, en anglais et en arabe pour que tout soit clair pour les associations, les partenaires sur place. Toutes ces personnes étaient aussi là pour remplir le camion. C’était magnifique de voir toute cette solidarité alors qu’à un moment, les Syriens avaient le sentiment d’être les oubliés du séisme. Je pense que les Belgo-Syriens et même les Belges avaient ce besoin de faire quelque chose d’humain face à cette tragédie. Faire quelque chose pour dire qu’on est là pour eux."

Plus que jamais la communauté syrienne de Belgique est animée par l’espoir que l’aide humanitaire passe toutes les frontières pour secourir leurs familles et toute une population piégées dans un pays déchiré et difficile d’accès.

L'invité de Matin Première du 06/03/023 :

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