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La Cité interdite rouverte à Pekin : où en est le déconfinement en Chine ?

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01 mai 2020 à 11:30 - mise à jour 01 mai 2020 à 12:48Temps de lecture5 min
Par Aurélie Didier
La Cité interdite, l’ancien palais des empereurs de Chine à Pékin, a rouvert ses portes le 1er mai 2020 trois mois après sa fermeture en raison de la crise du Covid-19.
La Cité interdite, l’ancien palais des empereurs de Chine à Pékin, a rouvert ses portes le 1er mai 2020 trois mois après sa fermeture en raison de la crise du Covid-19. © Tous droits réservés

Des gardes masqués à l’entrée de la Cité Interdite de Pekin surveillent les arrivées : 5000 touristes maximum par jour seulement pourront visiter le palais impérial, qui est désormais rouvert depuis ce vendredi 1er mai. Avant la pandémie, ils étaient 80.000 à visiter tous les jours cet immense complexe de 72 hectares et ex-résidence des empereurs.

Résultat, les visiteurs peuvent profiter d’une Cité interdite comme ils ne l’ont jamais vue. Les immenses cours pavées sont quasi désertes au milieu des bâtiments aux colonnes rouges et aux tuiles orange vernissées.

Des conditions très strictes

Des contrôles de températures ont lieu à l’entrée et quiconque aura de la fièvre ou toussera sera interdit d’entrée.

Les visiteurs doivent porter des masques et montrer leur code de santé sur leur téléphone portable, qui prouve qu’ils ne sont pas porteurs du virus. Ils doivent se tenir à au moins un mètre les uns des autres.

Un signal fort

Cette réouverture est un signal fort en Chine, après trois mois de fermeture due à la crise du nouveau coronavirus. Le palais impérial proche de la place Tiananmen avait fermé ses portes le 25 janvier, quand les autorités ont décrété la fermeture de toutes les attractions touristiques et le confinement d’une province entière. Pékin a récemment annoncé que les autres musées de la ville allaient rouvrir progressivement à partir du 1er mai.


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Des Chinois portent des vêtements de protection alors qu’ils attendent au comptoir d’enregistrement de l’aéroport de Pékin-Daxing à la veille d’une fête nationale de cinq jours le 30 avril 2020.
Des Chinois portent des vêtements de protection alors qu’ils attendent au comptoir d’enregistrement de l’aéroport de Pékin-Daxing à la veille d’une fête nationale de cinq jours le 30 avril 2020. AFP

5 jours de congés nationaux : au calme ?

Seuls les sites touristiques situés à l’extérieur ont ainsi été autorisés à rouvrir. Et ils ne peuvent accueillir que 30% maximum de leur nombre habituel de visiteurs.

Dès lors, les Chinois profitent ce vendredi avec un optimisme prudent de leurs premières vraies vacances depuis l’épidémie de Covid-19. Aucune affluence monstre n’est attendue durant ces cinq jours de congés nationaux du 1er mai.

Ces vacances devraient néanmoins générer une hausse inédite du tourisme depuis l’explosion de la crise sanitaire fin janvier, notamment grâce au fort affaiblissement de l’épidémie et à la levée des restrictions aux déplacements. Pour la plupart des Chinois, les vacances se résumeront toutefois à de courtes visites ou excursions près de leur domicile, peur du virus oblige.

On déconfine… Et reconfine parfois

La Chine a déjà repris le travail, rouvert de nombreuses écoles et levé la plupart des restrictions aux déplacements. Sans rebond de l’épidémie pour l’instant : aucun nouveau mort n’a été recensé depuis mi-avril. L’amélioration a conduit cette semaine la ville de Pékin à abandonner l’obligation faite aux voyageurs venant de zones à risque d’effectuer une quarantaine de 14 jours.


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Au centre de toutes les attentions, la province de Hubei a démarré son déconfinement le 25 mars, tandis que le bouclage de sa capitale Wuhan, berceau de la pandémie, a été levé le 8 avril. Mais la mairie a replacé en confinement plusieurs dizaines de quartiers après la découverte de cas asymptomatiques.

Le personnel médical prélevant des échantillons par écouvillonnage sur une femme pour un test d’acide nucléique pour le coronavirus COVID-19 à Shanghai. Les entreprises, les écoles et les particuliers de toute la Chine font la queue pour se faire tester p
Le personnel médical prélevant des échantillons par écouvillonnage sur une femme pour un test d’acide nucléique pour le coronavirus COVID-19 à Shanghai. Les entreprises, les écoles et les particuliers de toute la Chine font la queue pour se faire tester p AFP – 24 avril 2020

Une traque sans relâche

Partout en Chine, les gens doivent continuer à porter un masque, à montrer sur leur smartphone leur "code de santé" attestant de leur non-contagiosité ou se faire prendre leur température à l’entrée des parcs, supermarchés et bâtiments. Les autorités traquent sans relâche le Covid-19. Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes passent un test de dépistage.


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Grande hantise : les cas asymptomatiques susceptibles de transmettre le virus sans même savoir qu’ils sont eux-mêmes atteints. En conséquence, les laboratoires pharmaceutiques multiplient dans tout le pays les lignes de production de tests à l’acide nucléique, tandis que les plateformes de commerce en ligne comme Alibaba et JD. com permettent aux particuliers de réserver en quelques clics un test de dépistage.

La demande provient en majorité de personnes qui se préparent à partir en voyage d’affaires et devront prouver qu’elles peuvent sans danger prendre l’avion ou descendre à l’hôtel.

A Wuhan : l’attention n’est pas relâchée

A Wuhan (province de Hubei), la ville du centre du pays où le nouveau coronavirus a fait son apparition fin 2019, les enseignants mais aussi les employés de centres commerciaux ou de maisons de retraite ont droit au dépistage.

Peuplée de 59 millions d’habitants, la province est de très loin la plus touchée de Chine. Elle concentre 97% des 4632 morts du Covid-19 officiellement enregistrés dans le pays. La quasi-totalité du Hubei avait été bouclée fin janvier par un cordon sanitaire destiné à empêcher la propagation du nouveau coronavirus. Son chef-lieu, Wuhan, a mis fin au bouclage le 8 avril.


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Les élèves portant des masques faciaux arrivent au collège Huayu de Shanghai le 27 avril 2020.
Les élèves portant des masques faciaux arrivent au collège Huayu de Shanghai le 27 avril 2020. AFP

Dans les écoles

Dans cette province chinoise du Hubei, les écoles secondaires rouvriront le 6 mai pour les élèves de rhétorique.

Dans le reste du pays, selon l’Unesco, la Chine a rouvert entre 30% de ses écoles, notamment pour les élèves de rhéto, à l’exception notable de la capitale Pékin.

Comme pour le reste du pays, les épreuves de fin de cycle (le "gaokao", concours d’entrée à l’université) commenceront le 7 juillet, soit un mois plus tard que les autres années, ont annoncé les autorités du Hubei sur leur site internet.

Avec ces tests, l’école nous rassure entièrement

Dans la province du Zhejiang (est), une école privée géante a entrepris de dépister pas moins de 20.000 élèves et enseignants depuis le 13 avril.

Séparés par un intervalle d’un mètre cinquante, les élèves se voient administrer le test dans la cour de récréation. Interdit de gagner la classe tant que le test n’est pas négatif. "L’épidémie a été largement maîtrisée en Chine mais nous avons toujours des inquiétudes. Avec ces tests, l’école nous rassure entièrement", se félicite parmi les élèves Tao Xiaxin.

Des tests vraiment fiables ?

Le pays disposait début avril d’une capacité de production quotidienne de 4 millions de trousses de dépistage, selon les autorités. Un chiffre à mettre en regard des 1,4 milliard d’habitants que compte le pays le plus peuplé du monde. Et un seul porteur du virus peut faire l’objet de nombreux tests de dépistage durant sa période de surveillance.

Mais seuls 50% à 70% des tests à l’acide nucléique seraient fiables, a averti à la télévision Wu Zunyou, chef épidémiologiste du Centre national de contrôle des maladies.

Face aux doutes et critiques en provenance de l’étranger, les producteurs chinois assurent de la qualité de leurs tests, comme Liferiver, un laboratoire de Shanghai qui revendique une fiabilité à 90%. Le groupe exporte désormais vers la France et l’Italie, deux des pays les plus touchés en Europe.

Un membre du personnel médical vérifiant les informations des résidents avant qu’ils ne subissent un test d’acide nucléique pour le coronavirus COVID-19 à Shanghai.
Un membre du personnel médical vérifiant les informations des résidents avant qu’ils ne subissent un test d’acide nucléique pour le coronavirus COVID-19 à Shanghai. AFP – 24 avril 2020

La prochaine session du Parlement : une victoire ?

La session annuelle du Parlement chinois, grand-messe rituelle du régime communiste qui rassemble 3000 députés s’étire en général sur 10 jours. Elle s’ouvrira le 22 mai, avec deux mois et demi de retard. Mais pour l’instant, les autorités n’ont pas communiqué sur des modifications éventuelles concernant le nombre de participants et la durée de l’événement.

L’événement a traditionnellement lieu dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin. Il devrait donner l’occasion au président Xi Jinping de proclamer la victoire du pays sur l’épidémie de coronavirus.