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Coulisses

La chronique de Robin Cornet : faut-il interdire la venue d'Eric Zemmour à Bruxelles ?

Eric Zemmour

Et la liberté d'expression, comme on dit, ce n'est pas la liberté de dire n'importe quoi. Alors, après Dieudonné et l’imam kowétien Tareq Al-Suwaidan, Eric Zemmour sera-t-il à son tour empêché de s’exprimer en Belgique ? Par qui et au nom de quoi ? Est-ce au pouvoir politique à prendre cette décision ? C’est en tout cas ce que pense la conseillère communale Ecolo Zoubida Jellab qui demande au bourgmestre de Bruxelles d’interdire sa venue sur le territoire de la commune. Au nom de quoi ? Au motif qu’il représenterait un danger pour l’ordre public. Ou plutôt ses idées. Zoubida Jellab fait valoir que Zemmour a déjà été condamné pour incitation à la haine. C’est vrai mais ça ne préjuge pas de ce qu’il pourrait dire le 6 janvier à Bruxelles. Une condamnation antérieure suffit-elle à établir un risque de récidive ? Il est nécessaire de définir, une fois pour toute, les critères permettant une interdiction "a priori" car, à défaut, certains auront évidemment le sentiment d’une décision arbitraire.

La conseillère communale s’appuie également sur une récente interview au Corriere della Sera.

Dans cette interview, le polémiste français semble ne pas exclure une déportation des 5 millions de musulmans de France. Sauf que le mot "déportation" n’a pas été prononcé par Zemmour mais par le journaliste italien. Au final, sa réflexion se révèle habilement trouble. C’est la technique de bien des populistes : jouer sur les allusions, les amalgames et ne pas s’embarrasser des faits. Mais si on interdit la venue de tous ceux qui abusent de la méthode, la liste sera longue.

L’épisode a, en tout cas, convaincu i-Télé de rompre sa collaboration avec lui.

Plusieurs personnalités de la droite française ont crié à la censure, à "l’atteinte à la liberté d’expression". Mais, c’est oublier qu’une chaîne privée est quand même libre de déprogrammer une émission qui entrerait en conflit avec ses valeurs. D'ailleurs, quel qu'en soit le motif, i-Télé n’a de comptes à rendre à personne. Contrairement aux pouvoirs publics. Étonnant : même Jean-Luc Mélenchon ou Daniel Cohn Bendit ont regretté son éviction, plaidant plutôt pour la diversité et le débat d’idées. Sans doute préfèreraient-ils aussi empêcher Eric Zemmour de jouer les martyrs médiatiques. Car c’est le risque que l’on prend, en l’interdisant. Or on sait que Zemmour affectionne ce rôle de victime du politiquement correct.

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