La Chine fait main basse sur le roi de la forêt wallonne

Le chêne se fait rare dans les scieries wallonnes

© François Louis

24 juil. 2015 à 12:24 - mise à jour 24 juil. 2015 à 12:24Temps de lecture2 min
Par François Louis

Le chêne représente encore 20 % de la surface forestière wallonne, mais les scieries spécialisées dans les arbres feuillus sont à l'agonie chez nous. D'après les derniers chiffres publiés par l'Office économique wallon du bois (OEWB), le volume scié par les entreprises wallonnes a encore baissé de 30 % au cours des cinq dernières années. Beaucoup de scieries ont mis la clé sous le paillasson ou sont en chômage technique.

"Le chêne est abondant en Wallonie mais paradoxalement les scieries manquent de matière première, déplore Claude Camps, administrateur de la scierie Vica-Bois (Morville). Dans les ventes publiques, les grumes de chêne (ndlr : troncs d’arbre élagués) nous passent sous le nez. Les scieries françaises et surtout asiatiques font des offres de prix que nous ne pouvons pas suivre".

Le parquet made in China

Au cours des vingt dernières années, la demande de grumes de chêne a pourtant baissé entraînant une chute des prix de 40 %. "Mais on constate effectivement une stabilisation depuis 2010, commente Eugène Bays, de l’OEWB. C’est en partie dû à la croissance de la demande chinoise".

Une fois coupés, les arbres wallons sont transportés jusqu’au port d’Anvers où ils sont chargés sur des conteneurs vers l’Asie. "Le coût du transport jusqu’en Chine n’est pas très élevé, explique E. Bays. Vu les échanges entre la Chine et l’Europe, les transporteurs n’ont aucune difficulté à remplir les conteneurs à l’aller, avec tout ce que nous importons. Mais au retour, ils sont à moitié vides, donc beaucoup moins chers".

Une fois en Chine, le chêne est scié et transformé en meubles ou en parquets. La plus grosse partie de cette production est destinée au marché intérieur, mais une partie est réexportée vers Europe, et en Wallonie en particulier, où l’on peut donc trouver du parquet en chêne européen made in China ! Effet stupéfiant de la mondialisation, où la matière première est wallonne, mais toute la filière de transformation (scieries et menuiseries) est délocalisée à l’autre bout de la planète !

Le mobilier contemporain

Cela dit, les scieries wallonnes spécialisées dans les arbres feuillus (principalement le chêne) ont également souffert de la baisse de la demande pour les bois massifs au profit de produits de substitution. "Les tables que vous trouvez dans les commerces spécialisés en ameublement ne sont plus en chêne", constate E Bays. "Le mobilier contemporain utilise l’aggloméré ou le plastique".

La SNCB

Autre coup dur pour le secteur, le choix de la SNCB de remplacer les traditionnelles billes de chemin de fer en bois par des traverses en béton.

Moins de travail pour les scieries, marges bénéficiaires rabotées, difficultés de s’approvisionner en matière première... Les temps sont durs pour les scieries spécialisées dans les arbres feuillus. "Nous survivons à peine, malgré une usine modernisée récemment", se lamente C. Camps.

Ironie du sort, le principal fournisseur des grumes de chêne, ce sont les pouvoirs publics, la Région wallonne et les communes. "La Wallonie exporte ses grumes mais importe du chômage", résume C. Camps. "Certains pays européens, comme la Roumanie, refusent désormais l’exportation de leurs grumes, pour protéger leurs scieries et garder la valeur-ajoutée dans le pays".

Récemment, la Région wallonne a décidé d’autoriser des ventes de gré à gré, accessibles uniquement aux entreprises wallonnes. "C’est une bonne mesure, estime" C. Camps, "mais elle ne permettra pas à elle seule de sauver le secteur. La scierie wallonne de chêne est une espèce en voie de disparition".

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