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Le fin Mot

La Chine, colosse aux pieds d’argile ? La politique zéro covid pèse durablement sur son économie

Le Fin Mot

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19 sept. 2022 à 12:36 - mise à jour 24 sept. 2022 à 07:48Temps de lecture4 min
Par La Première

La Chine semble surpuissante et omnipotente sur le marché économique. Et pourtant, la panique financière règne dans le pays, au point de voir la Banque centrale chinoise abaisser certains taux de refinancement des banques cet été, afin de soutenir l’activité économique des citoyens. Les explications de l’économiste Michel Ruimy dans Le fin Mot.

Ces derniers mois, l’Occident s’intéresse à la Chine parce qu’elle applique toujours une politique restrictive autour du covid, parce qu’elle est courtisée par la Russie et parce qu’elle menace d’intervenir militairement à Taïwan. Ce que l’on ignore néanmoins c’est qu’elle succombe à la panique bancaire.

Au bord de l’implosion

Elle est la deuxième économie mondiale, elle est l’usine de l’Occident, mais elle risque l’implosion au niveau économique et social selon les observateurs.

En effet, la politique zéro covid de la Chine pèse durablement sur son économie. "La plupart des ressorts qui assuraient son fonctionnement sont ou bien fissurés, ou bien cassés : une plus faible croissance, moins d’activité, moins d’emplois, et surtout peu de perspectives et de moyens pour aborder défis écologiques et énergétiques futurs, sans parler des risques sociaux provoqués par une population qui ne trouve plus dans le modèle économique proposé" estime Michel Ruimy, économiste, directeur du think tank SPAK, et auteur de nombreux ouvrages sur les faillites bancaires.

La fragilité financière amène même des manifestations dans un régime pourtant autoritaire.

La banqueroute pour la Chine ?

La Chine est en effet, en proie à l’insolvabilité. La faillite bancaire se rapproche depuis la crise financière de 2008, avec un endettement qui s’intensifie. "Aujourd’hui, l’accélération de la croissance des encours et leur qualité incertaine, c’est le principal problème du secteur bancaire. Cela pèse sur l’activité en affectant la qualité des créances. Cela veut dire une hausse sensible des créances douteuses et résultat : il y a une baisse des profits" explique Michel Ruimy.

À cette incertitude bancaire s’ajoutent les nouveaux concurrents que sont les géants du digital, comme Alibaba, qui dominent le domaine des paiements. Cela impacte le rythme d’octroi des licences bancaires à court terme d’après l’économiste, mais "à long terme cela pose un problème de l’obsolescence des réseaux et de la désinscription de la clientèle".

Dans ce contexte, "les banques chinoises ne jouent pas leur rôle qui peut être à la hauteur de leur économie : les qualités incertaines des encours viennent opérer la capacité de rebond de ces banques". Tous les secteurs sont touchés et surtout, la baisse des résultats conjuguée à la moindre qualité des crédits pèse sur les petites banques locales, au point qu’une banque régionale dépose le bilan en août 2020. Il s’agit de la première liquidation d’une banque en Chine depuis 2001. "Cela a remis en question la santé du secteur bancaire et les petites et moyennes banques locales". La panique s’est alors répandue sur le marché : des petites banques de province ont suspendu leur service de banque en ligne, provoquant la panique bancaire chez les clients qui ne pouvaient plus retirer leur argent effectuer la moindre opération.

Michel Ruimy déclare ainsi :

Le système bancaire est le reflet économique du modèle chinois : c’est pratiquement un colosse aux pieds d’argile. C’est-à-dire que l’État est toujours derrière, mais il suffit qu’il y ait de gros problèmes et on ne sait pas si l’État pourrait faire face à toutes ces difficultés.

La Chine va-t-elle plomber l’économie mondiale ?

Doit-on redouter le scénario catastrophe d’un nouveau krach boursier ? Michel Ruimy tempère : "Le taux d’endettement en Chine est proche des plus hauts niveaux mondiaux. Pour autant, ce n’est pas parce que le taux d’endettement est le plus élevé que c’est un indicateur de crise imminente. Ce qu’il faut voir, c’est que comme au Japon, la dette chinoise est en quasi-totalité domestique. Il n’y a donc pas de rupture inéluctable : tant que la confiance perdure, le coût de la dette est supportable. Est-ce que cela va déboucher sur une crise mondiale ? Tout dépend du dossier Evergrande".

Pour rappel, Evergrande, c’est le géant de l’immobilier chinois. Après une croissance folle pendant 25 ans, l’amenant à peser un quart du PIB du pays, période pendant laquelle la population a pu soutenir et financer à crédits sa consommation, il y a eu un retour de bâton. Misant sur une demande toujours plus forte, renforçant constamment le prix de l’immobilier, sa dette avoisine les 300 milliards d’euros. Résultat : en un an, les actions de l’entreprise se sont effondrées de 85%.

Une situation qui rappelle la faillite de Lehman Brothers. "Pour l’instant, rien ne prouve que l’entreprise puisse rembourser l’ensemble de ses dettes. La question est de savoir si Evergrande est trop grosse pour chuter et si elle peut emmener toute l’économie dans sa chute. Il faut voir si à lui seul, il ne déclenchera pas une crise financière" prévient l’économiste français. "Mais c’est surtout la manière dont le gouvernement chinois pilote le dossier qui peut avoir des conséquences : en cas de mauvaise gestion, il peut y avoir une perte de confiance, se traduisant par des effets de contagion à d’autres marchés financiers".

Le problème n’est pas tant financier, mais plutôt politique selon Michel Ruimy. Le défi est multiple pour Xi Jinping : il doit casser cette perte de confiance envers les banques locales vers les plus grandes banques, mais aussi gérer sa promesse d’un logement à tout son peuple tout en présentant un bilan économique positif au Comité central du parti communiste en vue d’une future réélection. Mais avec cette faillite, si son gouvernement ne parvient pas à gérer ce problème, les tensions sociales semblent inévitables prévoit l’économiste.

Ronniechua / iStock / Getty Images Plus

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