Déclic

La Chine aurait créé illégalement 54 postes de police en Europe et dans le monde

Déclic et des claques

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08 nov. 2022 à 10:31Temps de lecture3 min
Par Hélène Maquet

L’affaire fait grand bruit depuis quelques jours. Selon l’ONG Safeguards Defenders, la Chine aurait ouvert illégalement 54 postes de police en Europe et dans le reste du monde pour surveiller et pénaliser ses ressortissants.

Le scandale a éclaté aux Pays-Bas après les révélations de RTL Nieuws. Le média néerlandais a partagé une photo d’une maison anodine, discrète, à Rotterdam. Un lierre grimpe le long des châssis du rez-de-chaussée. Un rideau de voile pend aux fenêtres de la porte turquoise. Rien n’indique, qu’ici des policiers chinois travaillent… et pourtant.

Un jeune militant chinois et une ONG

Pour attester son information, RTL Nieuws a mené l’enquête sur base du rapport d’une ONG, Safeguards Defenders, et sur base du témoignage d’un jeune homme qui s’appelle Wang Jingyu, un jeune militant anti-régime. Il prend la parole sur les réseaux sociaux, soutient Hong-Kong,… Il a fui à Rotterdam, où il participe d’ailleurs à des manifestations devant l’ambassade chinoise.

Il y a quelques mois, il reçoit un coup de téléphone d’un numéro néerlandais. Au bout du fil, un homme lui dit qu’il fait partie du bureau de police de la Chine aux Pays-Bas. Cet homme lui dit qu’il doit retourner en Chine, et qu’il doit penser à ses parents car ils ont placé ses parents en prison. L’homme lui aurait annoncé : "Si tu rentres en Chine, alors tu pourras régler ce problème".

Wang Jingiyu se sent donc clairement menacé par le régime chinois.

Des centres censés lutter contre la cybercriminalité

En Europe, c’est aussi l’annonce d’un poste de police chinois implanté sur le territoire néerlandais qui interpelle.

C’est le cœur des révélations de RTL Nieuws et de cette enquête menée par l’ONG Safeguard Defenders, une ONG basée à Madrid, fondée par un Suédois et par un Américain, qui travaille sur la question des personnes disparues en Chine.

On sait qu’il y a notamment des camps de travail mis en place par le régime chinois. Fin septembre, Safeguards Defenders a publié un rapport qui révèle que la Chine aurait 54 bureaux, commissariats de police, installés sur le sol européen et américain de manière non-officielle, donc sans en référer aux autorités nationales de ces pays.

Le rapport ne mentionne rien en Belgique, mais bien aux Pays-Bas, en France, en Angleterre, en Italie, en Irlande, au Canada, aux États-Unis… On appelle ces centres les '110 à l’étranger'. Le 110, c’est le numéro qu’on forme pour joindre la police, en Chine.

Ces centres, ils ont été créés à la base pour lutter contre la criminalité en ligne, la cybercriminalité, qui agit depuis l’étranger… Mais la question aujourd’hui – et c’est ce que pense Safeguard Defenders – c’est de savoir si ces bureaux de la police chinoise à l’étranger ne servent pas à localiser, contacter, menacer des dissidents qui ont trouvé refuge à l’étranger, et tenter de les faire rapatrier. C’est toute la question des retours forcés, des retours involontaires vers la Chine. Une problématique déjà soulevée par le témoignage d’Ouïghours, en France. Cela correspond à ce témoignage de Wang Jingyu à Rotterdam, recueilli par RTL Nieuws.

© CFOTO/Future Publishing via Getty Images

Des enquêtes ouvertes dans différents pays

Installer des commissariats de police à l’étranger est contraire à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques dont la Chine est signataire. On ne peut pas mener des opérations de police sur le territoire d’un autre État. D’ailleurs, la Chine parle de 'centres de services' et pas de 'commissariat de police'.

La Chine réfute ces accusations. Il y a quelques jours, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que les allégations concernant 'l’opération illégale de postes de police' par la Chine aux Pays-Bas étaient tout simplement fausses et que ceux-ci étaient en réalité des centres de services pour les Chinois à l’étranger.

Cela n’empêche pas une série de pays d’ouvrir des enquêtes sur le sujet. L’Irlande, directement en lien avec le rapport de Safeguards Defenders, les Pays-Bas, en lien avec l’histoire de Wang Jingyu, mais aussi le Canada et les États-Unis suite à des disparitions inquiétantes et de soupçons de retours forcés concernant des ressortissants chinois.

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