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Meurtre de Jo Cox: la campagne pour le référendum sur l'UE reste suspendue samedi

James Cameron et Jeremy Corbyn à Birstall

© OLI SCARFF - AFP

17 juin 2016 à 11:34 - mise à jour 17 juin 2016 à 17:23Temps de lecture4 min
Par RTBF

La campagne pour le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne du 23 juin restera suspendue samedi, deux jours après le meurtre de la députée pro-UE Jo Cox à Birstall, dans le nord de l'Angleterre, ont annoncé les deux camps vendredi.

La campagne pro-Brexit, Vote Leave, a notamment annulé un meeting à Birmingham, tandis que les militants pro-UE réunis sous la bannière de "Britain stronger in" ont également décidé de suspendre leurs activités samedi.

L'élue travailliste, 41 ans et mère de deux jeunes enfants, a été tuée en pleine rue dans cette petite ville de sa circonscription. Selon le quotidien The Sun, elle a été touchée par trois balles et sept coups de couteau. Le tueur présumé, un homme de 52 ans, a été arrêté peu après les faits.

Plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies dès jeudi soir dans l'église Saint Peter's de Birstall pour une cérémonie émue en sa mémoire. Ce vendredi, les habitants continuent de déposer des fleurs et des cartes au pied de la statue de Joseph Priestley, un théologien et philosophe, dans le centre de la ville.

"Notre nation est sous le choc"

Le Premier ministre conservateur David Cameron a lancé un appel à la "tolérance" et à l'union en rendant hommage, à Birstall, à la députée Jo Cox, sauvagement assassinée la veille, et a rappelé le Parlement pour une session extraordinaire lundi.

"Là où nous voyons de la haine, là où nous voyons des divisions, nous devrions les chasser de notre vie politique, de notre vie publique, de nos communautés", a souligné David Cameron qui s'est rendu dans la petite ville du nord de l'Angleterre où la parlementaire britannique a été tuée.

"Aujourd'hui notre nation est sous le choc, c'est un moment pour prendre du recul et réfléchir aux choses qui sont si importantes pour notre pays. Nous sommes 65 millions à vivre ensemble, à travailler ensemble, à nous entendre. Nous vivons en paix, dans une économie qui est en bonne santé, tout cela est possible grâce à la tolérance", a souligné le Premier ministre, qui était accompagné du chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn et du président du Parlement John Bercow.

"Deux enfants ont perdu leur mère, un mari son épouse et le Parlement l'un de ses membres les plus brillants et passionnés", a-t-il ajouté.

Présent à ses côtés, Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste dont Jo Cox était députée, a dénoncé "une attaque contre la démocratie" et a annoncé que le Parlement, en vacances depuis mercredi pour cause de référendum la semaine prochaine, avait été rappelé à sa demande pour rendre un nouvel hommage lundi à la défunte.

"C'était une femme merveilleuse. Je suis profondément désolé, profondément triste de ce qui lui est arrivé", a déclaré le leader de l'opposition.

Drapeaux en berne

Les drapeaux de Buckingham Palace, du Parlement et du 10 Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre, étaient en berne vendredi.

Le quotidien The Guardian a dénoncé "un ton brutal qui attise les divisions", jugeant que le meurtre constituait une "attaque contre l'humanité, l'idéalisme et la démocratie".

Une attaque contre l'humanité, l'idéalisme et la démocratie

Le Spectator a blâmé jeudi soir le camp pro-sortie de l'UE, mettant en cause directement le leader du parti europhobe Ukip Nigel Farage et les chefs de file de la campagne pro-Brexit, avant de retirer ce passage.

"Nous prenons le chemin d'une république bananière, ou au mieux des Etats-Unis. Les déclarations des deux camps sont exagérées, stupides. La haine s'est répandue sur les réseaux sociaux", écrivait l'un de ses éditorialistes vendredi, appelant à l'annulation pure et simple du scrutin du 23 juin.

"Au-delà de l'horreur"

Selon le Southern Poverty Law Centre, un groupe américain de défense des droits civiques, le tueur présumé, Thomas Mair, est un "partisan dévoué" d'un groupe néo-nazi basé aux Etats-Unis.

Il aurait dépensé plus de 620 dollars (550 euros) dans des ouvrages de l'Alliance nationale, groupe qui a appelé à la création d'une nation peuplée exclusivement de Blancs et à l'éradication du peuple juif.

"J'ai toujours du mal à y croire. Mon frère n'est pas violent et n'est pas du tout politisé", a affirmé au Daily Telegraph Scott Mair, son frère.

Déjà des menaces il y a quelques mois

Avocate de la cause des réfugiés, Jo Cox n'avait de cesse de faire l'éloge de la diversité. Elle avait reçu des messages de menace il y a trois mois, mais l'homme incriminé pour ces faits n'est pas son meurtrier présumé, selon la police.

Sur Twitter, Alastair Campbell, le conseiller de l'ancien Premier ministre Tony Blair, s'en prenait lui à une partie de la presse. "Les journaux qui attisent la haine et la colère envers les politiciens (...) préparent désormais une belle nécrologie de Jo Cox", a-t-il écrit.

Nous devrions le dire davantage, nos députés sont courageux et honnêtes

Le hashtag #ThankYourMP (remercie ton député) se répandait vendredi matin sur Twitter tandis que le Daily Telegraph soulignait en Une : "Nous devrions le dire davantage, nos députés sont courageux et honnêtes".

Le Premier ministre David Cameron a qualifié le meurtre de la députée de "tragédie".

"Ce qui s'est passé va au-delà de l'horreur", a déclaré Jeremy Corbyn lors d'une veillée organisée devant le Parlement de Westminster, jeudi soir.

"C'était une militante courageuse, et une voix pour les sans-voix. Nous sommes bouleversés par sa perte", a confié à l'AFP Fatima Ibrahim, du mouvement citoyen international Avaaz.

Hommages depuis l'étranger

Plusieurs dirigeants étrangers ont eux aussi rendu hommage à la députée, étoile montante du Labour et avocate de la cause des réfugiés.

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié vendredi le meurtre d'"épouvantable, dramatique", et espéré qu'"il soit immédiatement éclairci".

La mort de Jo Cox est intervenue alors que les derniers sondages donnaient le camp du Brexit en tête, provoquant la fébrilité des salles de marché et l'inquiétude de l'Union.

Vendredi, la Bourse de Londres progressait cependant (+1,26% à 09H10 GMT) et la livre se reprenait face au dollar, les marchés semblant estimer que le meurtre de la députée et la suspension de la campagne pouvaient bénéficier au camp du maintien dans l'UE.

"La supposition est que cet événement tragique va faire basculer les indécis dans le camp du maintien et peut-être même inverser la dynamique dont a fait preuve le camp du Brexit dans les sondages", a jugé Mike van Dulken, analyste chez Accendo Markets.

Enquête et recueillement après le meurtre de la députée Jo Cox

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