La Biélorussie assure vouloir rapatrier les migrants, mais la Pologne s'inquiète d'un rassemblement à sa frontière

Migrant tent camp on Belarusian-Polish border

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15 nov. 2021 à 10:05 - mise à jour 15 nov. 2021 à 11:11Temps de lecture5 min
Par AFP

La Biélorussie a affirmé lundi travailler pour faire rentrer "chez eux" les migrants campant à la frontière avec la Pologne, des assurances intervenant alors que l'UE veut sanctionner Minsk à cause de cette crise migratoire. De son côté, la Pologne s'inquiète d'une foule de migrants qui se rassemble à un poste frontalier, "acheminés par les forces biélorusses", selon des tweets du ministère polonais de la Défense, ce lundi matin.


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"De plus en plus de groupes de migrants sont acheminés au poste frontalier de Kuznica par les forces biélorusses", a indiqué le ministère Twitter, alors que des vidéos semblaient montrer des centaines de migrants face aux rangées de policiers et de soldats polonais. La partie biélorusse a balayé ces accusations, assurant que ses gardes-frontières étaient là pour "assurer la sécurité".

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Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux enfants, souvent originaires du Kurdistan irakien, ont passé une nouvelle nuit dehors par des températures négatives, se réchauffant dans des tentes ou devant des feux de bois, selon des images diffusées par les médias d’État de Biélorussie.

Ceux-ci ont également diffusé de nouvelles photos et vidéos d'une foule de candidats à l'émigration vers l'UE s'entassant à la frontière, séparés par des barbelés des forces de l'ordre polonaises casquées, masquées et déployées en nombre.  

Les vols de migrants vers Minsk sont "quasi sous contrôle"

Les chefs de la diplomatie des pays de l'Union européenne se réunissent lundi à Bruxelles pour adopter des mesures punitives, estimant que la Biélorussie a orchestré ces tensions en réplique à une précédente vague de sanctions décidée après la répression de l'opposition dans ce pays.

"Les choses reviennent sous contrôle" concernant l'afflux de migrants et de demandeurs d'asile vers la Biélorussie, accusée d'acheminer ces personnes vers les frontières de l'Union, a affirmé lundi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

"Nous devons réfléchir à la manière de résoudre le problème en commençant par arrêter le flux (migratoire). Arrêter les vols. C'est presque fait", a indiqué le Haut représentant, à son arrivée à Bruxelles à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères.

L'Espagnol s'était entretenu dimanche avec le ministre biélorusse des Affaires étrangères Vladimir Makei, premier contact de haut niveau entre l'UE et Minsk depuis le début de cette crise.

"Aujourd'hui, nous allons approuver un nouveau paquet de sanctions contre les Biélorusses responsables de ce qui se passe. Et nous allons élargir le cadre de ces sanctions pour les appliquer à d'autres gens, compagnies aériennes, agences de voyages, et tous ceux qui sont impliqués dans l'acheminement illégal de migrants à nos frontières", a-t-il précisé.

Dans la foulée, les ministres ont validé une décision technique ouvrant la porte à des sanctions étendues contre les responsables de cette situation.

Un travail actif est en cours pour convaincre ces gens de rentrer

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a assuré lundi ne pas vouloir d'un conflit à sa frontière et souligné vouloir ramener dans leur pays les milliers de migrants, venus notamment d'Irak, qui campent actuellement à la frontière avec la Pologne.

"Nous sommes prêts, comme nous l'avons toujours fait, à les mettre tous dans des avions qui les ramènent à la maison", a-t-il dit, selon l'agence d'État Belta, "un travail actif est en cours pour convaincre ces gens de rentrer, mais personne ne veut rentrer".

"Ces gens, il faut le dire, sont têtus", a-t-il ensuite tempéré, "ils ne veulent pas rentrer. Il est clair qu'ils n'ont plus où rentrer, plus de domicile, et n'ont rien pour y nourrir leurs enfants".

Minsk est également prêt à évacuer les migrants vers l'Allemagne, si ce pays les accueille, le président biélorusse évoquant une proposition en ce sens, émanant selon lui des autorités municipales de Munich.

"Je tiens à le souligner, nous ne voulons aucun conflit à notre frontière. Ce serait pour nous absolument dommageable", a encore déclaré M. Loukachenko, toujours selon Belta, accusant la Pologne "d'avoir besoin" de cette crise à causes de ses "problèmes internes" et de tensions avec ses partenaires de l'UE.

L'UE accuse la Biélorusse d'être à l'origine de ces mouvements migratoires

L'UE accuse Minsk d'avoir organisé des mouvements migratoires vers les frontières polonaises et lituanienne, en délivrant des visas et en affrétant des vols, en particulier depuis l'Irak, pour se venger des sanctions occidentales imposées au régime d'Alexandre Loukachenko l'an dernier après la brutale répression d'opposants.


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Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a dans ce contexte assuré que l'UE allait "durcir les sanctions" dès lundi.

"Nous n'avons jamais fait ça (orchestré la crise migratoire, ndlr) et nous n'avons pas l'intention de le faire", a martelé de son côté l'homme fort de la Biélorussie, mettant également en garde l'UE.

"Ils veulent faire peur avec des sanctions, ils pensent que je blague mais rien de tel, nous allons nous défendre", a-t-il prévenu.

La veille son ministre des Affaires étrangères Vladimir Makei avait souligné que toute mesure punitive visant Minsk serait "contre-productive".

La Russie pousse au dialogue

Le président biélorusse s'était précédemment dit prêt à couper le transit du gaz russe vers l'Europe via son pays, mais la Russie, suzerain de Minsk, avait rapidement minimisé la portée de la menace.

Le président russe Vladimir Poutine avait cependant dit aux Européens de renouer le dialogue avec les Biélorusses pour tenter de régler la crise.

Le Kremlin a également rejeté les accusations de Varsovie qui considère Moscou comme le commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales sans cesse croissantes .

Lundi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a encore jugé "erroné" d'imputer toute la responsabilité de la crise à Minsk.

Rapatriement vers l'Irak

En parallèle, la compagnie aérienne biélorusse Belavia a annoncé dimanche que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol depuis Dubaï vers la Biélorussie, sur "décision des autorités compétentes des Émirats arabes unis".

Suite aux pressions des diplomates européens, la Turquie a également interdit aux Irakiens, Syriens et Yéménites de se rendre en Biélorussie. La compagnie syrienne privée Cham Wings Airlines a aussi interrompu ses vols vers Minsk.

De son côté, le gouvernement irakien a annoncé l'organisation jeudi d'un premier vol de rapatriement de migrants irakiens coincés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne "sur la base du volontariat".

Varsovie refuse de laisser passer des milliers migrants campant à sa frontière et a déployé des forces en nombre à cette fin.

Malgré les difficultés, des groupes franchissent régulièrement la frontière mais sont souvent arrêtés et beaucoup sont renvoyés en Biélorussie.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a également appelé l'Otan à prendre des "mesures concrètes" face à cette crise.

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