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"La Belle Ferronnière" de Léonard de Vinci retrouve le teint de sa jeunesse

"La Belle Ferronnière" de Léonard de Vinci

Au dernier étage d'une des ailes du musée, au-dessus du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), le tableau (63 x 45 cm) est installé sur un support spécialement conçu, tourné vers la lumière du jour. Une bande plus sombre traverse le visage de la jeune femme. La zone plus claire et plus chaude à gauche est celle où les restauratrices Agnès Malpel et Juliette Mertens ont déjà retiré une partie des vernis accumulés au cours du temps.

Oeuvre au noir

Sur un fond noir, la jeune femme est de trois-quarts, elle regarde le spectateur d'un oeil froid, vêtue d'une robe rouge dont l'emmanchure est ornée de rubans. Son front est ceint d'une cordelette nouée sur l'arrière de la tête, un bijou baptisé ferronnière qui lui vaut son nom. Ses mains sont cachées par un parapet, et, au creux de son cou, on remarque un étrange reflet rosé.

"La Belle Ferronnière" est connue sous cette appellation depuis le XIXe siècle mais "ce titre est en fait celui d'un autre tableau représentant une maîtresse du roi François 1er,", explique Vincent Delieuvin, spécialiste de la peinture italienne du XVIe siècle au Louvre. "Les deux tableaux se ressemblent beaucoup et c'est Ingres qui a mis une mauvaise légende" en faisant des copies.

Si cette femme n'est pas "La Belle Ferronnière", qui est-elle donc? Plusieurs hypothèses ont été avancées, d'Anne Boleyn, épouse d'Henri VIII d'Angleterre, à Lucrezia Crivelli, maîtresse de Ludovico Sforza, duc de Milan et mécène de Léonard. Dernière attribution des spécialistes: la femme de Ludovico Sforza.

La main de Léonard

Autre interrogation, celle concernant l'auteur du tableau, considéré comme de la main de Léonard de Vinci jusqu'au XXe siècle. Mais des experts pointent alors, selon M. Delieuvin, "l'exécution maladroite" du parapet et du bijou, ainsi que la "zone rougeâtre dans le cou". Aujourd'hui, la plupart des spécialistes penchent pour Léonard. Reste à savoir si le maître, coutumier des tableaux inachevés, l'a terminé lui-même.

Les trois degrés

Comme pour sa "Sainte Anne" dont la restauration en 2012 avait suscité un début de polémique, l'intervention sur le tableau est supervisée par une commission internationale composée de restaurateurs ou de spécialistes de cette discipline. Parmi les trois degrés d'allègement du vernis proposés, elle a choisi le moyen, c'est-à-dire le retour à l'état du tableau après une précédente restauration en 1952.

"On retrouve le vernis laissé lors de cette restauration, nous travaillons sur des vernis, pas sur Léonard de Vinci", a insisté Pierre Curie, responsable de la filière restauration peinture au C2RMF, soulignant qu'il y "a beaucoup moins d'allègement qu'à la +Sainte-Anne+". Une couche de vernis est en moyenne de 4 à 5 microns.

"Le vernis posé en 1952 s'est oxydé à cause de l'oxygène et de la photosynthèse, a expliqué M. Curie, et chaque fois qu'on revernit, on relance une oxydation". "Notre méthodologie est d'aller progressivement", a-t-il dit.

Abrasion

L'examen préalable du tableau par des techniques non invasives (radiographie, émissiographie...) n'a pas révélé de "fragilité particulière". Le support en noyer n'a pas bougé. En revanche, les experts ont découvert que le "reflet" à l'angle de la mâchoire est en fait "une abrasion des derniers microns de la couche picturale", sans que l'on sache à quelle époque elle s'est produite.

Est-ce que cette zone, désormais plus visible après l'amincissement des vernis, sera laissée telle quelle? Selon Vincent Delieuvin, "la décision sera prise quand le vernis sera homogène".

Pas de date fixée pour la fin de la restauration. "La Belle Ferronnière" a été retenue pour une grande rétrospective Vinci à Milan à la mi-avril, mais elle n'ira, selon Sébastien Allard, directeur du département des peintures, que si elle a retrouvé son teint de jeune femme.

 

AFP Relax News

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