Chroniques

La Belgique va-t-elle devenir un "narco-Etat" ?

Les coulisses du pouvoir

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26 sept. 2022 à 05:57Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Le ministre de la justice Vincent Van Quickenborne a échappé au pire. Il a échappé à une tentative d’enlèvement ourdie par le milieu de la drogue. 4 suspects ont été arrêtés aux Pays-Bas. La violence du narcotrafic n’est plus cantonnée au milieu ou à certains quartiers. Elle s’invite dans l’espace public et même en politique.

VDB

Oui cela nous replonge à la fin des années 80, avec l’enlèvement de Paul Vanden Boeynants, ancien Premier ministre. A l’époque c’était Patrick Haemers et sa bande qui était à l’origine du coup. Une criminalité liée au hold-up de banque, braquage et donc enlèvement.

A la différence de 1989, l’enlèvement n’a pas fonctionné. Il faut souligner l’efficacité de la réaction du monde judiciaire et policier dans cette affaire, d’abord ils ont obtenu les bonnes informations, ensuite ils les ont rapidement traitées et monté une opération qui à conduit à des arrestations aux pays bas. Une voiture volée avec une arme et un bidon d’essence ont été retrouvés proche du domicile de Vincent Vanquickenborne. Le bidon d’essence devait semble-t-il servir à brûler la voiture pour effacer les traces du rapt.

Pourquoi ?

La question que tout le monde se pose c’est : pourquoi enlever le ministre de la justice ?

Ce qui est à peu près certain c’est qu’on est loin ici d’un rançonnement comme celui de VDB. Nous sommes loin aussi d’un enlèvement de type idéologique comme ceux menés par la fraction armée rouge en Allemagne fin des années 70.

Mais donc : pourquoi ? La VRT a interrogé un spécialiste de la criminalité aux Pays-Bas. Jan Meeus estime que la réponse la plus rationnelle est que les commanditaires voulaient sans doute échanger le ministre contre quelqu’un. Un échange contre des prisonniers peut-être, puisque la Belgique a procédé ces derniers mois à des centaines d’arrestations dans le milieu, suite au démantèlement du réseau de communication Sky ECC.

Ce n’est qu’une hypothèse. Quoi qu’il en soit, Jan Meeus inscrit cette tentative dans une escalade de violence qu’on a déjà pu observer aux Pays-Bas. Là-bas, le procès Marengo (immense procédure qui vise la maffia de la cocaïne) a débouché sur des tentatives d’enlèvements dans le monde judiciaire. Il y a également eu plusieurs meurtres de témoins clés dont le journaliste Peter de Vries qui avait ému les pays bas l’année passée.

Pour ce spécialiste de la criminalité organisée, les cartels importent leur violence de l’Amérique latine où elle à largement permis aux cartels de s’imposer face à des États qui se sont révélés trop faibles pour y mettre fin.

Narco-Etat

La Belgique est donc candidate pour devenir un “narco-Etat”. C’est le constat que posait il y a 10 jours Johan Delmulle, le procureur général de Bruxelles rapelle Le Soir : Le danger plane sur nous que la Belgique reçoive l’appellation de narco-Etat. Le journal le Monde l'évoquait aussi. Cela voudrait dire un Etat rongé par la corruption et qui n’a plus “le monopole de la violence légitime” pour rependre la célèbre définition de l’Etat du sociologue Max Weber.

Cette tentative d’enlèvement sur le ministre de la justice d’un Etat de droit est une contestation ouverte de ce “monopole de la violence légitime de l’Etat”. 

Cela dit beaucoup de l’hubris et de la puissance de ces groupes. Rappelons un chiffre : les saisies de cocaïne de l’année dans le port d’Anvers (environ 90 t) valent 4.5 milliards d’euros sur le marché. Selon les spécialistes, cela représente environ 10% de tout ce qui transite par le port soit près de 45 milliards d'euros par an.

On parle de sommes qui pourraient payer une bonne partie des pensions (54 milliards), la totalité de l’enseignement dans ce pays, (30 milliards). C’est surtout 10 à 20 fois plus que le budget de la police fédérale (2,5 milliards).  La lutte contre la criminalité organisée est avant tout une lutte pour l’Etat de droit, ne l’oublions pas. 

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