Cyclisme Mondiaux

"La Belgique ne doit certainement pas durcir la course": l'avis de nos experts avant le Mondial d'Imola

Sélection belge pour les Mondiaux

© ERIC LALMAND - BELGA

26 sept. 2020 à 05:00Temps de lecture4 min
Par Giovanni Zidda

La 87e édition des Championnats du monde de cyclisme a lieu ce dimanche à Imola sur un parcours de 258,2 km, très exigeant mais ouvert à de nombreux prétendants. Le déplacement de ces Mondiaux d’Aigle-Martigny à Imola aura en tout cas permis aux coureurs qui ne sont pas des grimpeurs purs d’avoir leur mot à dire sur un tracé où la répétition (9X) des ascensions de Mazzolano (2,2 km à 7,1%) et de la Cima Gallisterna (2,3km à 7,3%) va laisser des traces. Nos commentateurs vélo Rodrigo Beenkens et Samuel Grulois ainsi que nos consultants Gérard Bulens et Cyril Saugrain se sont penchés sur les chances de la sélection belge, sur la tactique à aborder ainsi que sur les coureurs et équipes favorites sur ce tracé.

"Wout van Aert est l’épouvantail de ces Mondiaux"

Wout van Aert
Wout van Aert © ERIC LALMAND - BELGA

Samuel Grulois se charge de planter le décor. "C’est exceptionnel de disputer ces championnats du monde une semaine après le Tour de France. On a encore tous les grands protagonistes de la Grande Boucle qui sont en forme. C’est génial pour notre sport et pour les organisateurs d’avoir une telle affiche."

Un intérêt qui est d’autant plus fort en Belgique avec la première participation de Wout van Aert aux championnats du monde sur route. Une épreuve dont il figure parmi les favoris.

"C’est le grand épouvantail de ces mondiaux", affirme Samuel Grulois. "Si tu ne lâches pas Van Aert, il est champion du monde", rebondit Rodrigo Beenkens qui garde également beaucoup de confiance en Greg Van Avermaet. "Greg est toujours excellent une semaine après le Tour de France mais n’oublions pas que nous ne sommes pas dans une configuration normale."

"A Martigny on n’aurait eu aucune chance sans Remco Evenepoel mais ici à Imola, c’est différent. Ça reste un parcours très difficile mais plus adapté à un puncheur qui passe bien les bosses plutôt qu’à un grimpeur. Cette situation est super intéressante pour la Belgique", ajoute-t-il.

Gérard Bulens semble lui aussi convaincu par le potentiel de la sélection belge. "L’équipe belge est bien équilibrée. Il n’y a pas seulement Van Aert et Van Avermaet à tenir à l’œil. Nous avons des éléments pour réagir dans les différents cas de figure. Que la course soit plus ouverte ou fermée. Je dirais que Van Aert a une étoile en plus que les autres si la course reste fermée. Il a cette explosivité. Van Avermaet n’est plus aussi tranchant que les autres saisons. Peut-être aussi parce que les coureurs les plus âgés sont moins favorisés lors de cette saison particulière."

"Ne pas cafouiller dans les moments importants comme ce fut le cas ces dernières années"

Tim Wellens et Pieter Serry
Tim Wellens et Pieter Serry © ERIC LALMAND - BELGA

Alors quelle tactique doit adopter Rik Verbrugghe pour maximiser les chances de victoire belge. "La Belgique va devoir courir un peu comme l’a fait Sunweb sur le Tour de France", analyse Cyril Saugrain. "La force de la Belgique vient de la multitude et de la qualité de ses hommes. Il ne faut pas faire l’erreur de caler sa course sur un leader. Si on ne veut pas tomber dans un schéma similaire à celui du Yorkshire l’an dernier où l’on a été piégés."

Pour Gérard Bulens, "l’essentiel sera de ne pas prendre la course en main car on risque de sacrifier pas mal de monde."

Rodrigo Beenkens a lui aussi les idées claires sur les erreurs qu’il ne faut pas commettre. "La Belgique ne doit certainement pas durcir la course. Elle n’est pas dans l’obligation de provoquer les événements. C’est un des rares pays qui peut joueur sur deux tactiques. Il faudra en tout cas éviter de se retrouver dans une situation où il y a dix coureurs à l’avant et que la Belgique n’est pas représentée. C’est arrivé par le passé et il faudra être attentifs. "

"Si les autres équipes attendent de trop, elles favorisent Wout van Aert", résumé Cyril Saugrain.

Samuel Grulois s’interroge quant à lui sur la cohésion de notre équipe nationale. "J’espère vraiment que notre sélection va rouler en équipe. Wellens, Benoot, Van Avermaet : ce sont tous des gars qui ont les qualités pour être champion du monde et pour jouer leur carte personnelle. Je me demande comment Rik Verbrugghe va gérer ça. Je trouve que ces dernières années, la cohésion a un peu fait défaut dans cette sélection belge. On verra comment ça va se passer quand des coups vont partir, lors des moments clés de la course. Ces dernières années, on a souvent cafouillé dans ces moments-là."

"L’Italie, l’Espagne et la Colombie vont bouger, on va avoir une course d’attaque"

Diego Ulissi
Diego Ulissi © ROB WALBERS - BELGA

Comme cela a été dit en phase d’introduction, de nombreux coureurs peuvent prétendre à la victoire. "Le danger va venir de partout mais il y a un super-favori qui est Wout van Aert", résume Cyril Saugrain.

Gérard Bulens a vu "un très bon Dumoulin et un bon Alaphilippe en fin de Tour." Il pense aussi "qu’il faudra aussi faire attention aux Slovènes qui sont assez euphoriques en ce moment et à Jakob Fuglsang."

Notre consultant se méfie également des blocs très solides. "Il ne faut pas négliger les équipes italienne et espagnole qui peuvent rendre la course très ouverte. Avec la Colombie, ce sont des équipes qui peuvent bouger relativement tôt. La Belgique devra éviter qu’un groupe d’une quinzaine de coureurs prenne le large comme c’est arrivé aux championnats de Belgique."

Rodrigo Beenkens partage cet avis. "Le sélectionneur italien Davide Cassani qui connaît extrêmement bien le circuit nous avait parlé de Fuglsang, Van Aert et Alaphilippe comme grands favoris en début de Tour. Est-ce encore valable ? On peut se poser des questions. Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’Italie avec Nibali et Ulissi. C’est une équipe très unie qui roule qui plus est à domicile. Les Italiens vont jouer un rôle, c’est évident. Des coureurs comme Dumoulin savent aussi qu’il faut faire sauter Van Aert le plus tôt possible. Les Colombiens peuvent aussi mettre le feu. Il faut aussi se méfier d’un Marc Hirschi capable de basculer avec 15 secondes et de s’en aller. Le problème pour beaucoup de coureurs c’est qu’ils doivent arriver seuls ou presque pour gagner. Ça va nous valoir une course d’attaque."

Inévitablement les mêmes noms reviennent chez Cyril Saugrain et Samuel Grulois. Pour notre commentateur, le duo slovène risque d’être redoutable. "Pogacar et Roglic ont prouvé qu’ils s’entendaient bien et ce sera très difficile de se débarrasser de ce duo-là qui va courir en équipe."

Et de conclure sur les autres prétendants. "On a parlé d’un Alaphilippe qui n’était pas au top mais je pense qu’il a bien bossé. Il sait grimper, il sait descendre, il sait sprinter. C’est le coureur le plus complet. Sur son punch et son explosivité, c’est un des rares coureurs qui peuvent faire sauter Wout Van Aert. Enfin n’oublions pas les coureurs qui sortent de Tirreno-Adriatico. Je pense notamment à un gars comme Woods qui a gagné une étape en Italie et qui a fait 3e des Mondiaux à Innsbrück 2018."

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