Chroniques

La Belgique, la faillite et Bart de Wever

Les coulisses du pouvoir

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05 sept. 2022 à 06:49Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Notre pays est en faillite, c’est la nouvelle Grèce de l’Europe. C’est la dernière affirmation de Bart de Wever, le président de la N-VA. Une comparaison choc dont est coutumier Bart de Wever. Évidemment la question c’est de savoir si c’est fondé.

Belgique "vs" Grèce

La comparaison avec la Grèce est très contestable d’un point de vue statistique. La dette belge était fin 2021 de 108% du PIB, la dette Grecque est à 195%. Pour être plus précis, notre pays est plus proche de l’Espagne et du Portugal qui ont des dettes de 120% que de la Grèce. Nous nous éloignons des pays considérés comme modèle par Bart de Wever : les Pays-Bas (56%) ou la Suède (36%).

L’autre indicateur important c’est le déficit public : il est à 5,5% chez nous et à 7% en Grèce. Nous sommes en effet plus proches de la Grèce sur ce point, même si d’autres pays européens ont aussi creusé leur déficit après le covid. Le problème chez nous c’est que les prévisions montrent qu’il n’y aura pas d’amélioration dans les prochaines années à politique inchangée. Cela veut dire que les finances publiques se dégradent. Car ce déficit n’est pas ponctuel, il est structurel. La comparaison avec la Grèce est donc surtout politique.

Etat en faillite, failed state

Le discours de Bart de Wever est un classique. Le journaliste et historien Walter Pauli rappelait dans un papier comment les élites flamandes (et aussi un peu wallonnes) ont développé un discours dénigrant l’Etat unitaire puis l’Etat fédéral dès la fin des années 60. Pays de rien du tout, pays de singe (Eyskens), Etat défaillant (Verhofstadt), homme malade de l’Europe. Tout cela a précédé l’accusation de failed state lancée par Politico après les attentats de Paris.

Bart de Wever considère depuis très longtemps que la maison Belgique va s’effondrer sous le poids de ses déficits. Le plus souvent il ajoute que ces déficits sont liés au choix de la gauche et de la gauche francophone en particulier. Pourtant si on regarde le temps long, c’est beaucoup plus compliqué que ça cette histoire.

Assainissement ?

La Belgique a surtout assaini ses finances publiques dans les années 90 pour rentrer dans l’Euro, pour faire simple. On passe d’un déficit structurel de 8% en 90 à 0 en 2000. Grosso modo ce sont les années de gouvernement Dehaene qui rassemble sociaux chrétiens et socialistes.

Au début des années 2000 les libéraux montent au pouvoir avec les écologistes et les socialistes. L’idée est alors que les efforts de la population doivent revenir dans leur poche. L’assainissement s’arrête, à la différence de Pays-bas qui vont continuer cet effort et diminuer leur dette. Les déficits publics restent malgré tout contenu, on flirte certaines années avec l’équilibre. Vient la crise de 2008 qui déstabilise cet équilibre. Depuis lors nous n’avons plus jamais connu que des déficits.

Le gouvernement Di rupo a renoué avec une politique d’assainissement, les déficits ont lentement reflué. Le gouvernement Michel avec la N-VA a continué au début cet effort. Mais, certains choix politiques comme le tax shift et la longue période d’affaires courante liée à la démission de la N-VA ont mis fin à ce lent rattrapage.

La chute

On avait replongé dans les déficits avant le Covid, qui a accéléré la chute. C’est donc très fragilisés que nous devons affronter les conséquences de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique dont les effets sont encore à venir. On voit que la N-VA a aussi sa part de responsabilité dans cette affaire, même si elle est plus contenue que celle des autres partis sur les 20 dernières années.

Même la N-VA s’est rendu compte de la difficulté d’assainir les finances publiques belges. Pour y arriver il faut une stabilité politique forte, et une contrainte extérieure. L’entrée dans l’Euro sous Dehaene, les agences de notation sous Di Rupo.

Or, avec un gouvernement de centre droit et 5 années utiles (ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps) la Suédoise avait cette possibilité historique de continuer l’assainissement, de rendre l’Etat Belge plus solide financièrement. La N-VA a largement gaché cette occasion en poussant à des baisses de fiscalité et en déstabilisant le gouvernement.

Bart de Wever lance aujourd’hui que la Belgique est en faillite. Mais n’est-ce pas ce qu’il souhaitait depuis le début ?

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