Economie

La Belgique est toujours l’un des pays les plus taxés d’Europe, et les célibataires sans enfant sont les plus impactés

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30 août 2022 à 14:57 - mise à jour 31 août 2022 à 07:57Temps de lecture4 min
Par Anthony Roberfroid

Le Belge est l’un des citoyens le plus taxé en Europe. Une manière notamment de faire tourner l’État, de contribuer à nos soins de santé ou encore d’assurer notre sécurité sociale, mais qui se ressent fortement par rapport à certains de nos voisins européens.

Selon la dernière étude de l’OCDE, la Belgique est bien souvent en tête quand il s’agit de la fiscalité au travail, et ce sont les célibataires sans enfant qui mettent davantage la main au portefeuille.

En effet, les travailleurs seuls, sans enfant, et rémunérés au salaire moyen se voient retirer près de 52,3% de leur rémunération pour les impôts.

Concrètement, si on se réfère au salaire médian de 2019 qui était de 3486 euros brut selon Statbel, un célibataire sans enfant voit partir aux impôts 1812 euros de son salaire, lui laissant alors une rémunération nette de 1674 euros. (Ce calcul est néanmoins théorique et peut varier en fonction de divers facteurs, les salaires ont notamment été indexés depuis cette estimation mais le pourcentage d’imposition est bel et bien correct, ndlr.)

Dans le reste des pays européens membres de l’OCDE, le pourcentage d’imposition salariale pour les célibataires sans enfant est bien plus faible. En moyenne, ils sont imposés à hauteur de 41,3%, soit une différence de plus de 10% par rapport à notre pays. Si on reprend l’exemple cité précédemment, leur rémunération nette tournerait autour de 2057 euros. Attention cependant que les salaires médians diffèrent d’un pays européen à l’autre.

Pour les célibataires sans enfant qui ont une rémunération plus importante, soit 167% du salaire médian, l’imposition augmente à 59% de leur salaire. Pour ceux moins bien payés (67% du salaire moyen), l’imposition diminue à 46%.

Les couples avec enfants avantagés

A contrario des jeunes célibataires sans enfant, les couples avec enfants recevant une rémunération moyenne sont avantagés. Mais là aussi, l’imposition salariale reste haute. Pour les couples mariés disposant de deux salaires et ayant deux enfants, la part des impôts est de 45,2% en 2021. Notre pays tient ici aussi le record de l’OCDE.

Les impôts et cotisations sociales pour les couples mariés ayant un seul revenu moyen et deux enfants atteignent 37,2% du salaire. La Belgique fait mieux que cinq autres pays européens qui la devancent dans cette catégorie.

Pour un parent célibataire de deux enfants qui bénéficie des deux tiers du salaire moyen, son salaire brut sera imposé à 29,35%. Seule la Suède fait pire avec 32,4% d’imposition.

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Cette forte imposition des jeunes célibataires sans enfant par rapport aux couples avec enfants s’explique par une raison : le nombre de personnes à charge. "La progressivité de l’impôt augmente vite, même pour les faibles revenus. Lorsqu’on ne bénéficie pas d’un régime particulier, de déductions spéciales, on est fortement taxé", explique Edoardo Traversa, professeur à la faculté de droit de l’UCLouvain.

"Une des manières prévue par le législateur de diminuer la progressivité de l’impôt, c’est d’avoir des personnes à charge (enfants, parents âgés, etc.). La partie du revenu exonérée d’impôt augmente en fonction du nombre de personnes à charge et les célibataires sans enfant n’en bénéficient généralement pas. De plus, l’augmentation de la part de revenu exonéré d’impôt augmente proportionnellement au nombre de personnes à charge", ajoute-t-il.

 

L’imposition salariale en baisse depuis une vingtaine d’années

Autre constatation des données de l’OCDE, la taxation des salaires diminue globalement depuis une vingtaine d’années. "L’imposition sur le travail a été instaurée dans les années 60 lorsqu’il y avait le plein-emploi. Les salaires ne faisaient qu’augmenter, les salaires augmentaient et on taxait davantage. Les personnes ne se rendaient pas tant compte de l’augmentation des taxes", précise Edoardo Traversa. "Aujourd’hui, les salaires stagnent et malgré l’indexation, le taux d’impôts sur le salaire est très élevé. C’est pourquoi certains gouvernements ont fait le choix politique de diminuer l’impôt salarial ces dernières années. C’est une bonne nouvelle que la taxation des salaires diminue en Europe parce que les salaires augmentent moins que d’autres formes de revenus", ajoute-t-il.

L’impôt sur les salaires diminue donc mais la rémunération brute n’augmente pas autant qu’auparavant. Et en termes de pouvoir d’achat, le salaire d’un ouvrier a stagné depuis les années 80 alors que le PIB et les prix ont augmenté. Paradoxalement, c’est donc le pouvoir d’achat qui a diminué pour la partie la plus pauvre de la population, même si l’imposition a diminué.

Pour le professeur, il serait intéressant de procéder à un rééquilibrage de l’imposition : "Aujourd’hui, les personnes âgées sont celles qui ont le moins de chance de tomber dans la pauvreté, contrairement aux jeunes. Et pourtant, ce sont les jeunes qui paient souvent plus d’impôts salariaux. Plusieurs options sont donc sur la table pour rééquilibrer la balance : augmenter l’impôt sur la consommation (TVA, accises, impôts sur certains produits, etc.), l’impôt sur le patrimoine (immobilier, succession, etc.) ou encore l’impôt sur les sociétés (impôts sur les multinationales, sur les surprofits, sur les dividendes, etc.). Mais tout cela dépendra des choix politiques qui pourront ou non être faits dans le futur", conclut l’expert.

Découvrez la comparaison des taux moyens d’imposition salariale dans les pays européens membres de l’OCDE dans le graphique et le tableau ci-dessous :

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Pour découvrir à quoi servent nos impôts, vous pouvez lire l’article ci-dessous et découvrir notre outil interactif :

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