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Un jour dans l'histoire

La beauté, un atout de pouvoir ?

La beauté, un atout de pouvoir ?
08 déc. 2021 à 13:414 min
Par RTBF La Première

Dans l’Antiquité déjà, l’apparence est une donnée essentielle dans l’exercice du pouvoir. Le physique des gouvernants sert à incarner une forme de légitimité. En cas de compétition politique, la victoire peut reposer sur un capital esthétique. Des statues des empereurs romains aux photographies des magazines, en passant par les portraits des grands maîtres, le corps des puissants est magnifié, idéalisé. Que nous dit la beauté des régimes politiques et des fondements du pouvoir ? Comment favorise-t-elle l’adhésion des populations gouvernées ? Quel lien entretient-elle avec la notion de charisme ?

Beauté et laideur sont les acteurs tyranniques et secrets d’une histoire méconnue, racontée par François Hourmant, auteur de Pouvoir et beauté, le tabou du physique en politique, aux éditions PUF.

L’idéalisation du monarque

Dans l’Antiquité déjà, la mise en scène du pouvoir est consubstantielle du pouvoir lui-même. Il y a une volonté d’idéaliser le prince, le pharaon, le roi, l’empereur. En Egypte tout particulièrement, le prince est aussi sacralisé, il y a un lien étroit entre le pouvoir politique et la divinité.

C’est une constante qui traverse les siècles, de l’Antiquité à aujourd’hui. Il y a cette volonté d’idéalisation, de mise en scène valorisante, parce que l’idéalisation du monarque participe de la construction de la majesté politique. Tout converge pour produire une beauté attribuée. "Le prince est beau dans les perceptions qui en sont produites, même si ce n’est pas nécessairement le cas dans la réalité", explique François Hourmant.

Le masque mortuaire de Toutankhamon, par exemple, laissait penser qu’il était un très bel homme, mais dans la réalité il ne correspondait pas à cette vision radieuse : il devait marcher avec des cannes, il avait un pied bot, une dentition proéminente.

On construit une véritable fiction autour de l’image des princes et des monarques. La quintessence en est Louis XIV, roi de France de 1643 à 1715. C’est la stratégie de la gloire qui se met en place. Le roi mobilise tous les arts pour imposer cette image du roi soleil, du roi rayonnant : la peinture, l’architecture en particulier à Versailles, le vestiaire tissé d’or ou d’argent, le ballet, où il se produit dans des apparitions toujours minutieusement codifiées par le cérémonial de cour.

Le charisme est consécutif de cette construction de gloire et d’éclat. Le charisme est une notion un peu floue, c’est le constat d’une forme de séduction ou d’attraction que peut exercer telle personnalité. Il se distingue radicalement de la beauté. Il repose sur une croyance au caractère extraordinaire d’un individu. C’est un peu la relation qui se noue entre un leader politique et ses followers.

Un double discours

La quête de la beauté est à double tranchant : attention au procès en frivolité ! Cette quête de la beauté est un capital que l’on s’efforce de faire fructifier, elle fonctionne aussi sur le marché politique. Elle s’est intensifiée dans les sociétés occidentales à partir des années 70-80. On est entré dans la post-modernité, marquée par la montée en puissance de l’individualisme, par la fin des grands récits idéologiques autour du communisme, du fascisme…

Depuis les années 2000, un nouvel ordre corporel s’est mis en place : les personnalités politiques ont pris le pas sur les partis. Ces individus sont enclins à se mettre en scène parce qu’ils savent les profits qu’ils peuvent retirer d’une apparence avantageuse.

Nicolas Sarkozy, président entre 2007 et 2012, aurait par exemple été très attentif au physique des membres de son gouvernement. Une forme de casting aurait influencé le choix de certaines personnalités. Il aurait mis certains ministres au régime, etc…

Cette quête de beauté reste cependant largement tabou : une forme de stigmate pèse sur la quête de la beauté pour la beauté. Même les concours de miss ne peuvent plus se contenter de mettre en avant la beauté, il y a une stigmatisation de cette quête. Et en même temps, tout le monde s’adonne à ces opérations d’affinement de la silhouette, d’opérations cosmétiques, d’embellissement. Il y a là une sorte de double discours, observe François Hourmant.

Un cadre esthétique

La séduction n’est pas que la beauté, c’est la voix aussi. On vit dans la société de l’image, de la télévision, des réseaux sociaux, qui valorisent la présence des corps et des visages. La voix en revanche est souvent négligée. Des études anglo-saxonnes ont montré que le fait d’avoir une voix grave, posée, constitue un adjuvant non négligeable pour un homme politique ; on parle du syndrome Barry White. A contrario, la voix trop aiguë, ou encore l’accent, surtout s’il est régional, peuvent être stigmatisants.

Les humoristes exercent souvent une sorte de police des apparences, de l’accent, de l’habillement. Ils signalent tout ce qui contrevient à l’homogénéité des corps, aux normes, aux règles. Jean Castex, par exemple, dénote par rapport à ses collègues, mais peut-être est-ce pour cela que Macron l’a choisi, pour nommer un Premier ministre qui paraît plus en phase avec les préoccupations des électeurs, avance François Hourmant.

La beauté féminine stigmatisée

Pendant très longtemps, la question du corps des gouvernants ne s’est pas posée, on n’en parlait pas. C’était très différent pour les femmes ! Les journalistes décrivaient souvent d’abord leur apparence physique. Un stigmate pesait sur la beauté féminine. Les femmes ont été incitées à gommer leur plastique par un vestiaire plus neutre. Avec Nicolas Sarkozy, une nouvelle génération de femmes apparaît, qui joue davantage la carte de l’élégance, de la féminité triomphante. C’est le cas de Rachida Dati par exemple.

"On voit bien que les représentations du corps des femmes en politique sont toujours ambivalentes. Elles sont sur une ligne de crête qui les fait tomber parfois dans le registre de l’intrigante, de la courtisane, de la frivolité, ou au contraire elles peuvent essayer d’en tirer profit."

Ecoutez l’intégralité de cet entretien ici. Il sera question entre autres de l’importance du couple présidentiel

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La beauté : un atout de pouvoir ?

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