L'UE et la Chine approuvent un accord de principe controversé sur les investissements

Les dirigeants de l'Union européenne s'apprêtaient mercredi à conclure lors d'une vidéoconférence avec le président chinois Xi Jinping un accord de principe controversé  sur les investissements
30 déc. 2020 à 13:22 - mise à jour 30 déc. 2020 à 16:01Temps de lecture3 min
Par Belga

L’UE et la Chine ont approuvé mercredi la conclusion "de principe" d’un vaste accord sur les investissements, Pékin promettant d’offrir "un accès sans précédent" aux entreprises européennes tout en musclant ses efforts contre le travail forcé, mais sans désamorcer les critiques.

C’est lors d’une vidéoconférence entre le président chinois Xi Jinping et les dirigeants de l’UE Ursula von der Leyen et Charles Michel que cet accord de principe est tombé. La signature n’interviendra toutefois que dans plusieurs mois. Lors de cette vidéoconférence programmée à partir de 13h00, Xi Jinping s’est également entretenu avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

Les dirigeants "ont conclu sur le principe les négociations" de cet accord de protection réciproque des investissements, par lequel Pékin "s’est engagé à offrir un niveau sans précédent d’accès à son marché" pour les entreprises européennes, leur offrant une "visibilité", selon un communiqué de l’Union européenne.

Selon Bruxelles, l’accord "contribuera au rééquilibrage" de relations jugées "asymétriques" entre un marché unique européen largement ouvert aux entreprises chinoises et un géant asiatique qui ferme des secteurs entiers aux investisseurs étrangers tout en poussant ses géants nationaux.

Ce traité "va améliorer considérablement l’égalité des conditions de marché" pour les entrepreneurs en Chine, souligne le communiqué européen.

Il doit ainsi mieux garantir le respect de la propriété intellectuelle, interdire les transferts de technologie forcés et renforcer la transparence des subventions aux entreprises publiques chinoises.

De son côté, Xi Jinping a estimé que l’accord "démontrait la détermination de la Chine à promouvoir un haut degré d’ouverture" en accordant notamment aux Européens "des garanties institutionnelles plus fortes" et de "meilleures perspectives de coopération", selon l’agence étatique Chine nouvelle.

"Réciprocité"

"L’UE a le plus grand marché unique au monde. Nous sommes ouverts aux affaires mais attachés à la réciprocité, la concurrence équitable et à nos valeurs", s’est félicitée sur Twitter la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Les sommes en jeu sont considérables. Le stock d’investissements des Européens (hors Royaume-Uni) en Chine s’élève à près de 150 milliards d’euros, et celui des Chinois dans l’UE à 113 milliards.

Ce texte ouvrira des marchés chinois cruciaux : les véhicules propres, le "cloud", la finance ou la santé, assure-t-on à Bruxelles. Mais sa signature n’interviendra qu’après une finalisation juridique et technique du texte, qui pourrait prendre de longs mois.

Il devra par ailleurs être approuvé par le Parlement européen avant d’être ratifié, ce qui s’annonce complexe.

"La discussion est loin d’être terminée, ce n’est que le début", a prévenu mercredi l’eurodéputé allemand Bernd Lange, président de la commission sur le commerce international, faisant état d'"attentes […] élevées" notamment avec "un levier pour combattre le travail forcé".

Les accusations de travail forcé des Ouïghours à l’encontre du régime communiste ont toutefois compliqué les pourparlers dans la dernière ligne droite. Pour permettre l’accord, la Chine s’engagera ainsi à poursuivre les efforts vers la ratification des deux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) interdisant le travail forcé, selon des sources concordantes.

"Juste des mots"

L’accord prévoit cependant que la Chine "s’engage […] à œuvrer à la ratification des conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT), y compris celles (interdisant) le travail forcé", précise le communiqué européen.

Une formule identique figure dans les accords de libre-échange de l’UE, y compris l’accord post-Brexit avec Londres, fait valoir une responsable européenne, observant que Bruxelles dispose également de ses propres instruments réglementaires pour faire pression sur la Chine.

Mais cela ne suffit pas à rassurer les eurodéputés, qui avaient adopté mi-décembre une résolution condamnant le travail forcé en Chine des minorités ouïghoure, kazakhe et kirghize.

L’eurodéputé français Raphaël Glucksmann (Socialistes&Démocrates) réclame des "engagements concrets et vérifiables" de Pékin. "Aucun témoin extérieur ne peut pénétrer dans les usines qui exploitent des esclaves ouïghours. Donc c’est juste des mots", a-t-il déclaré à l’AFP.

Angela Merkel, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE jusqu’à fin décembre, avait fait de cet accord politique une priorité. Bruxelles "fera le point" sur l’évolution de ses relations avec la Chine en 2022, lorsque Paris prendra la présidence de l’UE.

Mais le feu vert du Parlement européen à cet accord, indispensable pour sa ratification, n’est toutefois pas assuré.

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