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"L'Origine du monde" revient à Ornans, ville natale de Gustave Courbet

"L'Origine du monde" revient à Ornans, ville natale de Gustave Courbet

L'exposition du Musée Gustave Courbet d'Ornans présentera du 7 juin au 1 septembre près de 70 oeuvres sur le thème de la représentation artistique, scientifique et philosophique du sexe féminin.

Une femme nue allongée, les jambes écartées et dont la tête n'est pas visible: la toile de "L'Origine du monde" a été peinte par Gustave Courbet (1819-1877) en 1866 pour le diplomate turc et collectionneur d'oeuvres d'art érotiques, Khalil Bey.

Cette huile ambiguë et troublante de 46 cm sur 55 cm, longtemps méconnue du grand public, a notamment été acquise par le psychanalyste français Jacques Lacan autour de 1954, qui la conservait au secret. En 1991, sa veuve avait déjà prêté la peinture à l'ancien Musée Courbet d'Ornans. Plus de 20 ans après, elle revient en grande pompe dans le nouveau musée installé dans la maison natale de son peintre.

"Depuis son entrée dans nos collections nationales en 1995, ce chef d'oeuvre est devenu le plus célèbre tableau de Courbet, son oeuvre emblématique", souligne Isolde Pludermacher, conservatrice du Musée d'Orsay et commissaire scientifique de l'exposition ornanaise.

"Nous prêtons très rarement L'Origine du monde, c'est exceptionnel", ajoute-t-elle. Ce prêt intervient dans le cadre d'une convention de partenariat qui lie les deux établissements depuis janvier 2014.

Au vu des liens très forts qui unissaient l'artiste révolutionnaire à sa terre natale, prêter L'Origine du monde est "apparu comme une évidence" aux responsables d'Orsay. "Pour Courbet, L'Origine du monde se situe à Ornans, où il naît en 1819", rappelle Guy Cogeval, président du Musée d'Orsay.

Les spécialistes du peintre établissent en effet un rapprochement entre L'Origine du monde et les tableaux de grottes et de sources du peintre. Ces différentes oeuvres "renvoient à un imaginaire commun de l'origine. En montrant la source de la Loue qui a baigné sa maison natale, Courbet peint des paysages vaginaux qui sont l'équivalent d'un retour à la matrice maternelle", avance Mme Pludermacher.

Les tableaux de Courbet La Source, dit aussi Baigneuse à la source, La source du Lison et Grotte de la source enneigée, feront ainsi partie de l'exposition.

Ni vulgaire ni exhibitionniste

Parmi les 70 pièces de l'exposition, dont une dizaine prêtées par le Musée d'Orsay et certaines jamais exposées au public, seront présentées des oeuvres d'Albrecht Dürer, Edgar Degas, Georges Lacombe, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Louise Bourgeois, André Raffray ou encore André Masson.

Les visiteurs découvriront notamment Iris messagère des Dieux, d'Auguste Rodin, considéré comme l'équivalent de L'Origine du monde en sculpture, et La Coquille, d'Odilon Redon.

"L'idée était de présenter une exposition qui pose de vraies questions et permette de réfléchir à la représentation du sexe féminin dans l'histoire de l'art, mais sans être vulgaire ni exhibitionniste", explique Frédérique Thomas-Morin, conservatrice du Musée Courbet d'Ornans.

"Depuis toujours, le sexe féminin intrigue. Cet endroit caché, secret et inquiétant qui donne naissance à la vie reste un mystère, même pour nous qui connaissons l'origine scientifique de la vie", remarque-t-elle.

L'exposition aborde cet "objet de désirs" par le regard tantôt érotique tantôt poétique des artistes de la Renaissance jusqu'à nos jours en passant par les visions plus abruptes des planches anatomiques de l'appareil génital féminin ou des esquisses japonaises.

Consciente qu'il "existe un risque de rejet" de ces oeuvres "parfois crues et dérangeantes", Mme Thomas-Morin espère que la fascination l'emportera: "Aujourd'hui, on a l'impression d'avoir tout vu dans un monde sur-sexualisé mais le spectateur est toujours sidéré devant L'Origine du Monde, qui garde une force magnétique inexplicable".

 

AFP Relax News

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