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Belgique

L’obligation vaccinale du personnel soignant, "une catastrophe en termes de santé publique" selon la CNE

L'invité de Matin Première: Evelyne Magerat

Le ras-le-bol du personnel soignant

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19 nov. 2021 à 08:25 - mise à jour 19 nov. 2021 à 15:023 min
Par Marie-Laure Mathot sur base d'une interview de Thomas Gadisseux

"Nous sommes face à une bombe à retardement.Evelyne Magerat, secrétaire permanente CNE pour les hôpitaux Bruxelles et Brabant Wallon, n’en décolère pas : l’obligation vaccinale pour le personnel soignant, c’est aller droit vers une autre catastrophe sanitaire, celle du manque de bras pour soigner.

"Si le 1er avril, il y a 15% du personnel en moins (NDLR : proportion du personnel non-vacciné) en plus de celui qui est absent aujourd’hui, ça va être une catastrophe en termes de santé publique."

Pour rappel, le projet de loi sur la vaccination obligatoire du personnel soignant doit être (normalement) validé en Conseil des ministres aujourd’hui après l’accord politique de lundi soir. Mais les socialistes bloquent sur les sanctions, en particulier celles du chômage temporaire et du licenciement.

La sanction est complètement disproportionnée

"Aujourd’hui, on doit fermer des services, des lits hospitaliers parce qu’il n’y a pas assez de personnel, explique la secrétaire permanente CNE. La sanction est complètement disproportionnée. Est-ce que le gouvernement va mettre de côté ce personnel essentiel pendant la crise ?"

Une proposition des socialistes serait de prolonger la période transitoire, actuellement prévue à partir du 1er janvier jusqu’à fin mars. Pendant cette période, le personnel soignant qui refuse de se faire vacciner et/ou tester toutes les 72 heures tombera dans le chômage temporaire. Ensuite, à partir du 1er avril, l’employeur pourra le licencier.

Le PS propose entre autres d’allonger cette période transitoire jusqu’à l’automne, le moment où la vaccination pourrait devenir obligatoire pour tous. "Le problème, il est là, réagit Evelyne Magerat, comment le gouvernement va-t-il se passer de personnel essentiel pour assurer les soins de santé ? Pourquoi se passer de ces mains, de ces héros qui ont été mis sur un piédestal pendant toute la crise ?"

En grève dès ce lundi

Pour donner un avant-goût de ce que cela pourrait donner, les syndicats ont déposé des préavis de grève en Wallonie et à Bruxelles pour couvrir les actions dès la semaine prochaine, en pleine 4e vague. Parmi les grévistes, des soignants vaccinés. "Il y en a qui refusent une troisième dose et qui s’ajoutent à la problématique."

Car c’est bien l’un des enjeux pour le personnel : il se sent trahi et stigmatisé, explique la syndicaliste. Le personnel des soins de santé "ne comprend pas pourquoi il est stigmatisé de la sorte. Il n’y a aujourd’hui aucune preuve scientifique disant que le personnel de soin de santé est vecteur de contamination."

Une analyse que le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke est loin de partager. "Le devoir d’un prestataire de soins est de protéger ses patients et de se protéger soi-même, déclarait-il ce jeudi au parlement. Parce que s’il y a encore tant de lits qui ne sont plus disponibles, c’est aussi parce que la Covid est présente dans les hôpitaux."

Immunisé, bientôt enceinte ou antivax

La CNE pense qu’il vaut mieux informer qu’obliger les 60.000 personnes qui refusent de se faire vacciner dans le personnel soignant. Parmi elles, trois catégories de personnes selon la syndicaliste. "Les premières veulent attendre car elles ont eu le covid et attendent donc le résultat de leur immunité par prise de sang. On ne leur en donne pas la possibilité par cet arrêté royal."

Les deuxièmes sont "des futures mamans qui ont encore des réticences par rapport à la maternité. On ne les a pas encore rassurées" alors que toutes les études montrent qu’il n’y a pas de risques.


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Enfin, troisième catégorie : "les irréductibles antivax", énumère Envelyne Magerat qui s’en distancie. "Nous défendons la vaccination universelle comme moyen de sortir de la pandémie. Mais dire aujourd’hui qu’on va mettre en place des sanctions, […] pour nous, c’est irrecevable."

La solution réside plutôt dans la revalorisation de ces métiers essentiels selon l’invitée de Matin première. Et pas seulement par de l’argent. "Il y a 100 millions qui sont sur la table pour améliorer les conditions de travail. Les employeurs bloquent le dégagement de cet argent alors que ça pourrait rendre attractives nos conditions de soin et améliorer les fins de carrière." Et de ne pas comprendre pourquoi ça freine à ce niveau-là alors que le projet de loi sur l’obligation vaccinale est accéléré.

"Le gouvernement fonce sans en parler aux partenaires sociaux qui sont indispensables et qui connaissent les problématiques de terrain." Elle propose trois solutions pour sortir de cette impasse : retrouver un dialogue entre personnel et décideurs, "libéraliser les vaccins afin de vacciner davantage dans les pays en développement où le taux de vaccination est extrêmement bas et ainsi éviter le développement des variants". Enfin, faut-il encore le rappeler, "débloquer les budgets alloués pour améliorer les conditions de travail". Et ainsi, éviter la catastrophe que les syndicats prévoient.

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