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Patrimoine

L'Irak tente de ressusciter son patrimoine détruit avec l’aide du Louvre

Une vue d’un bâtiment endommagé est vue alors que la ville marque le 4e anniversaire de la libération de Daesh/ISIS à Mossoul, en Irak, le 10 juillet 2021. L’armée irakienne a repris Mossoul aux terroristes de Daesh/ISIS le 10 juillet 2017 grâce à une opé
22 déc. 2021 à 09:27 - mise à jour 22 déc. 2021 à 09:313 min
Par AFP

C’est un travail d’orfèvre. Au musée de Mossoul encore endommagé, les Irakiens épaulés par des restaurateurs français trient des centaines de pierres : des fragments de vestiges antiques de plus de 2500 ans, détruits par les jihadistes, à reconstituer.

Un lion ailé du site de Nimrod, joyau de l’empire assyrien, deux imposants "lamassu", fabuleux taureaux ailés, et une base de trône du roi Assurnasirpal II.

Porte avec un taureau ailé à visage humain, palais d’Assurnasirpal II, 884-859 avant J.-C., Nimrud, Irak. Civilisation assyrienne, 9e siècle av.
Porte avec un taureau ailé à visage humain, palais d’Assurnasirpal II, 884-859 avant J.-C., Nimrud, Irak. Civilisation assyrienne, 9e siècle av. © Tous droits réservés

Pulvérisées par le groupe Etat islamique (EI), ces pièces du premier millénaire avant J.-C. sont en cours de restauration, grâce à des financements internationaux et une expertise fournie par le Louvre de Paris.

Au rez-de-chaussée du musée de Mossoul, les barres de fer tordues des fondations s’échappent d’un trou encore béant dans le dallage.

Dans les différentes salles, des pierres de toute taille sont disséminées sur des palettes. Les experts ont commencé à séparer les antiquités les unes des autres.

Sur certaines pierres imposantes, on reconnaît des pattes. Plus loin, ce sont les restes des ailes. D’autres pierres affichent des inscriptions en alphabet cunéiforme. Pas plus gros que le poing, les fragments les plus petits s’alignent sur des tables.

Empire achéménide. Ganjnameh. Anciennes inscriptions gravées dans le granit en 3 langues : Vieux Persan, Néo-Babylonien et Néo-Elamite. Par Darius le Grand (521-485 av. J.-C.) et Xerxès le Grand (485-65 av. J.-C.). Alphabets cunéiformes. Près de Hamedan,
Empire achéménide. Ganjnameh. Anciennes inscriptions gravées dans le granit en 3 langues : Vieux Persan, Néo-Babylonien et Néo-Elamite. Par Darius le Grand (521-485 av. J.-C.) et Xerxès le Grand (485-65 av. J.-C.). Alphabets cunéiformes. Près de Hamedan, PHAS/Universal Images Group via Getty Images

"Nous avons cinq œuvres importantes dans le musée, il faut séparer tous les fragments", explique Daniel Ibled, un des restaurateurs français missionnés par le Louvre.

"C’est comme un puzzle, vous essayez de retrouver les morceaux qui racontent la même histoire. Petit à petit vous arrivez à recréer des ensembles", ajoute-t-il.

Après trois premières missions en juin, septembre et décembre, sept experts français se relayeront pour des visites périodiques à Mossoul, venant assister et guider les restaurations menées avec près d’une dizaine d’employés du musée.

"Plus de 850 morceaux"

La base de trône en pierre, couverte d’écritures cunéiformes, semble quasi reconstituée. Certains fragments tiennent ensemble avec des élastiques ou des petits cerceaux métalliques.

"Là c’est l’épicentre de l’explosion", lance un des experts Irakiens, désignant un trou béant dans un coin de l’œuvre.

Mis en déroute en 2017, l’EI était entré à Mossoul en 2014, imposant son règne de la terreur sur un tiers de l’Irak.

Les jihadistes avaient ravagé à coups de masses et au marteau-piqueur des statues antiques et des trésors préislamiques du musée, mettant en scène cet acharnement dans une vidéo diffusée en février 2015.

Les pièces les plus volumineuses, difficilement transportables, ont été détruites pour le compte de la propagande. Les vestiges les plus petits ont été revendus au marché noir dans le monde entier.

"La base de trône a été pulvérisée en plus de 850 morceaux. Nous en avons rassemblé les deux-tiers", explique à l’AFP Choueib Firas Ibrahim, fonctionnaire du musée.

Diplômé en études sumériennes, son savoir s’avère précieux pour les reconstitutions.

"Nous lisons les inscriptions, et sur cette base nous arrivons à remettre les pièces à leur place", confirme son collègue, Taha Yassin.

Les choses se compliquent toutefois : "les fragments internes n’ont pas de surfaces plates ou d’inscriptions, c’est le plus difficile", ajoute-t-il.

"Ressusciter les œuvres"

Après des interventions d’urgence lancées en 2018 et les retards entraînés par la pandémie, le directeur du musée, Zaid Ghazi Saadallah, espère terminer la restauration de son institution dans un délai de cinq ans.

Naguère, son musée renfermait plus d’une centaine de pièces. "La plupart ont été détruites ou subtilisées", déplore-t-il.

Sur certains murs, des feuilles A4 identifient les vestiges disparus : "Il manque le mihrab de la mosquée Al-Rahmani en pierre d’albâtre", en allusion à ces niches murales indiquant la direction de La Mecque.

L’Irak souffre depuis des décennies du pillage de ses antiquités, notamment après l’invasion américaine de 2003 et l’arrivée des jihadistes. Mais le rapatriement de ces œuvres est une priorité du gouvernement actuel.

Vue de l’intérieur de la mosquée endommagée des Omeyyades (Al-Masfe) qui est située dans le vieux quartier de la ville de Mossoul. Elle a été construite en 638 après JC et est considérée comme la plus ancienne mosquée de la ville, endommagée pendant la gu
Vue de l’intérieur de la mosquée endommagée des Omeyyades (Al-Masfe) qui est située dans le vieux quartier de la ville de Mossoul. Elle a été construite en 638 après JC et est considérée comme la plus ancienne mosquée de la ville, endommagée pendant la gu Ismael Adnan/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Le projet à Mossoul est financé par l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflits, ALIPH.

Outre le Louvre, il implique la Smithsonian Institution, qui fournit des formations aux équipes du musée, et le World monuments fund, chargé de la restauration du bâtiment.

Au total, le Louvre mobilise une vingtaine de personnes parmi lesquelles "des experts pour le bois et pour le métal", explique Ariane Thomas, directrice du Département des Antiquités orientales.

Une fois restaurées, les œuvres seront dévoilées au public à une exposition en ligne, ajoute-t-elle.

Et de conclure : "Quand on a dit qu’avec du temps, de l’argent, du savoir-faire on pouvait ressusciter les œuvres les plus endommagées, ça se démontre. Des œuvres qui étaient complètement détruites commencent à reprendre forme".

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