RTBFPasser au contenu

L'interview d'Ethan Hawke pour "Good Kill"

L'interview d'Ethan Hawke pour "Good Kill"

Hugues Dayez : Ethan, c’est un plaisir de vous rencontrer ici à Londres. Vous avez déjà travaillé avec Andrew Niccol par le passé notamment pour le film Bienvenue à Gattaca, quand il vous a proposé ce film, vous-êtes vous tout de suite dit, " oui je veux faire partie de ce projet " ou vous avez eu besoin de réfléchir au personnage et à l’univers du film ?

 

Ethan Hawke : Je pense qu’Andrew est un scénariste unique et un des plus originaux du monde du cinéma actuel. Je n’ai donc pas eu besoin de réfléchir très longtemps. C’est une histoire que je n’avais encore jamais entendue. Vous savez, ça fait toujours une grande différence quand on vous propose un personnage d’une histoire originale. Il s’agit ici d’un soldat qui évolue dans une situation complétement actuelle, avec cette idée de pouvoir rester chez soi, combattre les Talibans de 9h à 17h et aller récupérer ses enfants à l’école dans le Nevada. Cela nécessite une grande capacité de compartimentation, qui est à la limite de la psychose, de la schizophrénie dans tous les cas. Bienvenue à Gattaca est une des plus belles expériences de ma vie sur le plan artistique. J’adore ce film. Tout comme Lord of War qui est un très bon film aussi et ça m’a fait très plaisir d’en faire partie. Je lui fais confiance, je sais qu’il est très méticuleux dans ses recherches. J’étais content de jouer dans ce film.

 

Comment avez-vous construit votre personnage ? Avez-vous rencontré des pilotes de cette nouvelle ère ? Comment avez-vous travaillé ?

 

Ethan Hawke : Nous avons compté sur le travail d’Andrew. Il nous donnait à lire des livres, des romans sur ce qu’il se passait et c’était fascinant. Il nous a aussi permis de rencontrer deux pilotes de drones qui nous ont appris à utiliser les appareils, à piloter un drone. C’était vraiment très intéressant de passer du temps avec eux.

 

Le problème de cet homme est la situation irréelle dans laquelle il se trouve, il participe à une guerre virtuelle, tel un jeu vidéo. Comment construire le problème moral de cet homme ?

 

Ethan Hawke : Du point de vue du soldat, c’est très intéressant. C’est l’histoire d’un soldat. Normalement quand vous tuez quelqu’un, vous mettez aussi votre vie en danger. Vous avez alors le courage de vos convictions et c’est un honneur. Il y a une véritable dignité et intégrité. En situation de guerre, que l’on soit d’accord ou pas, on peut se poser des questions car la personne met sa propre vie en danger, ce qui n’est pas le cas de ces hommes ici. Ils tuent des gens sans aucune estime de soi. Il s’agit d’une situation unique, dans laquelle le gouvernement demande à de jeunes personnes de tuer des personnes en appuyant simplement sur un bouton. Et ainsi, presque personne n’est coupable. Un autre aspect moral développé par Andrew est le fait que le drone soit l’arme la plus efficace que l’humanité n’ait jamais eue. Il y a des dommages collatéraux mais comparés aux tapis de bombes pendant la guerre du Vietnam, il s’agit d’une grande avancée. Voir arriver les housses contenant les morts et les dépenses qu’engendre la guerre sont les seuls éléments qui arrêtent un conflit. Avec les drones, c’est relativement économique, et les dépouilles restent où la bombe est lâchée. On a donc l’impression qu’il n’y a pas de victime. Le problème est donc ici la création d’une guerre perpétuelle. C’est presque Orwellien dans sa nature. Et tous les dialogues sont Orwelliens, ils parlent de " cibler les tueries " et non d’assassinats, c’est une signature, ce n’est pas une tuerie dans une foule.

 

Ce personnage souffre mais il ne laisse rien transparaître, il souffre intérieurement. Comment avez-vous joué cela ?

 

Ethan Hawke : Je ne parle presque pas dans le film. Je me souviens avoir Andrew au téléphone qui me dit " je sais que tu adores parler mais ici ton personnage ne parle pas ". Je me suis alors dit, ça peut être intéressant. C’est quelqu’un qui n’aime pas ce qu’il a à dire, quelqu’un qui n’aime pas ce qu’il pense. Il se ronge de l’intérieur. C’était mon image mentale de lui, quelqu’un qui se ronge de l’intérieur.

 

Quand je regarde vos choix de films, j’ai l’impression que vous voulez dépasser le simple divertissement, du divertissement certes mais avec une signification. C’est important à vos yeux ?

 

Ethan Hawke : Je ne veux pas donner des bonbons aux spectateurs, je préfère leur donner quelque chose de vrai. Les films ont évidemment besoin d’être divertissants. Je n’ai jamais fait de distinction entre les films grand public et intellectuels, j’aime les films de genre, les films politiques, les romances, j’aime le cinéma. J’aime quand les films font réfléchir. Le temps des spectateurs est précieux, il ne faut pas le gâcher. Il faut être prêt à délaisser un peu le divertissement pour donner de quoi réfléchir.

 

Vous jouez dans de nombreux projets indépendants, pensez-vous que de nos jours ils sont plus intéressants que les blockbusters d’Hollywood ?

 

Ethan Hawke : Les blockbusters peuvent être intéressants. En général, quand beaucoup d’argent est placé dans un film, il doit obligatoirement attirer le plus de monde possible. C’est un peu comme quand on organise un dîner, si dix personnes sont invitées, il est alors possible de cuisiner quelque chose d’intéressant. Mais si 5000 personnes sont invitées, il faut alors privilégier les hotdogs et les hamburgers. C’est la même chose dans le monde de l’Art, si vous devez plaire au plus grand nombre, alors il faut faire quelque chose de très générique. Si vous voulez raconter une histoire profonde et intéressante, vous risquez de ne pas plaire à tout le monde. Ainsi va la vie!

Good Kill Official UK Trailer #1 (2015) - Ethan Hawke, January Jones Movie HD

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous