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Patrimoine

L’incroyable histoire du Vasa, un navire suédois "sauvé" des eaux trois siècles après son naufrage

L’incroyable histoire du Vasa, un navire suédois "sauvé" des eaux trois siècles après son naufrage

Nous sommes le 10 août 1628. Une ombre massive sort de l’embarcadère du port de Stockholm, sous les yeux ébahis de la foule amassée sur les berges. Gigantesque, impressionnant, le Vasa, bateau de guerre commandité par le roi lui-même, se prépare à prendre le large avec 437 passagers. Richement décoré, le navire est l’un des plus grands et des mieux armés de son temps. La météo est calme, l’ambiance euphorique, pour saluer les badauds, les canons du bâtiment tirent des salves d’honneur.

Le Vasa, ou ce à quoi il devait ressembler
Le Vasa, ou ce à quoi il devait ressembler De Agostini via Getty Images

On prédit au Vasa un grand avenir dans la marine de la Baltique. Pourtant, il n’ira pas bien loin. Après avoir parcouru à peine un mile nautique, soit à peu près 1800 m, une forte bourrasque s’engouffre dans les voiles du trois-mâts, qui penche dangereusement à bâbord (vers sa gauche, donc). L’eau fait irruption dans les cales, sur le pont, par les écoutilles.

Le travail raffiné du sculpture témoigne du prestige du navire royal

En moins de temps qu’il en faut pour le dire, le Vasa sombre dans les eaux froides de la baie, à 120 m à peine du rivage le plus proche, sous les regards médusés des milliers de Suédois et Suédoises venues assister à son départ. Les passagers fuient le naufrage en se jetant à la mer. Heureusement, la proximité des petites îles permet le sauvetage d’une grande partie d’entre eux. Une trentaine de malheureux perdront malgré tout la vie, coincés dans les ponts inférieurs. Le majestueux bâtiment s’enfonce petit à petit dans la vase épaisse, et finit par reposer à 32 m de profondeur à peine.

Une catastrophe annoncée

Comment un si puissant bâtiment a-t-il pu sombrer si facilement, alors que les conditions étaient idéales et que rien ne semblait devoir l’arrêter ? On a aujourd’hui la certitude qu’en réalité le Vasa n’aurait jamais été capable de naviguer, car le problème se situe dès sa conception.

Gustav II Adolphe

Le principal responsable, ce n’est autre que le roi lui-même. Gustave II Adolphe n’est pas présent lorsque le navire prend la mer. Mais puisque le Vasa est censé devenir le fleuron de la marine royale, il a suivi de très près sa conception et son chantier. Peut-être un peu trop près, même… Car le roi a donné des instructions précises sur les dimensions qu’il veut donner à son bâtiment, ainsi que la quantité de canons et d’armement dont il doit être muni. Personne n’a osé le contredire. Après tout, c’est le souverain. Mais Gustave n’est pas ingénieur maritime, loin de là. Le bateau, construit selon ses instructions, est trop lourd et mal équilibré.

Furieux du désastre qui va coûter une fortune, le roi ordonne une enquête après le naufrage. Toutes les pistes sont envisagées : un équipage enivré, des canons mal attachés, les voiles mal installées… Mais rien ne ressort. Les ingénieurs du chantier clament n'avoir fait que suivre les instructions royales. Devant l’embarras que provoquerait une mise en cause du souverain, l’enquête conclut que la catastrophe n’est autre que la volonté de Dieu, et donc inévitable. Voilà qui arrange tout le monde.

Une épave "sauvée" des eaux

Vu l’investissement exorbitant que représente le Vasa, des plans sont mis en place pour le renflouer dès le lendemain du naufrage. Mais les tentatives se soldent toutes par un échec. Seuls les canons sont extraits des flots, le reste de l’épave ne fait que s’enfoncer un peu plus dans la vase. Au fil des siècles, elle finit par disparaître des radars. On perd sa localisation, et le Vasa devient un mythe de l’histoire suédoise.

Et puis, en 1956, deux hommes font la découverte de leur vie. Anders Franzén, chasseur d’épave amateur (que l'on voit dans la vidéo ci-dessous), et Per Edvin Fälting, scaphandrier, mettent la main sur un énorme objet en bois de chêne qui gît sous des mètres de vase. Ils viennent de découvrir le majestueux Vasa. Ils ne le savent pas encore, mais le navire est exceptionnellement bien conservé. À l’intérieur, on retrouvera des voilures presque intactes, des tonneaux encore remplis des nourritures, des éléments de décors encore colorés. Il faut dire que l’eau froide de la mer Baltique, très pauvre en sel, et la vase ont idéalement conservé le bâtiment et ce qu’il contient. On retrouvera même les corps des victimes coincées entre ses murs.

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Lorsque l’épave est formellement identifiée, un chantier titanesque se met en place pour la sortir de l’eau. Six tunnels sont creusés sous la coque du Vasa, et des câbles y sont introduits afin de le soulever. L’opération est délicate, car les plongeurs chargés des tunnels travaillent avec une visibilité presque nulle et risquent à tout moment de se faire ensevelir par la vase ou écraser par la carcasse de bois. Le lundi 24 avril 1961 à 9h03, 333 ans après son naufrage, le navire retrouve enfin la surface et émerge des eaux froides de la baie sous les yeux du monde entier.

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Le chantier du Vasa

Il est remorqué jusqu’à une cale sèche, d’où il n’a plus bougé depuis. Archéologues, ouvriers spécialisés et menuisiers s’affairent pour réassembler les différentes parties du bateau. Nuit et jour, il est arrosé de polyéthylène glycol pour éviter que le bois ne craque et ne se fende lorsque l’eau de mer en est ôtée, et ce durant 17 ans !

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Le chantier peut se visiter, mais l’expérience n’est pas fort agréable. Mais malgré les odeurs de vase et de produit chimique, le bruit des travaux, et le peu de choses à voir, curieux et curieuses se bousculent.

Comme le Vasa ne peut plus bouger, les autorités suédoises font construire un musée tout autour de lui. Lorsque le chantier de sauvetage est enfin terminé, le Vasa Museum peut enfin ouvrir ses portes. Nous sommes en 1990. En trente ans, le musée est devenu le second le plus visité du pays, et dans le top 10 des attractions à voir dans le monde selon Trip Advisor.

Les touristes se pressent devant l'épave

Pourtant, le sauvetage et le succès touristique du Vasa pourraient bien causer sa perte. Depuis les années 2000, les scientifiques se sont rendu compte que l’humidité générée par la foule est en train d’attaquer le bois. Elle active des acides qui rongent petit à petit le navire. L’absence de la pression exercée par l’eau menace aussi la structure, qui s’écarte petit à petit. Ainsi, irrémédiablement, le Vasa s’autodétruit sous les yeux du public.

 

Mais en Suède, on a retenu la leçon. Les nombreuses épaves de la Baltique ne seront plus jamais remises à flot. On considère maintenant que la meilleure façon de les préserver est de les laisser là où elles sont. C’est avec cette nouvelle philosophie de conservation qu’à tout récemment ouvert le musée frère du Vasa Museum, le Vrak Museum, qui plonge les visiteurs et visiteuses dans des visites virtuelles des épaves.

La proue du Vasa
Le Vasa
La poupe du Vasa
Le Vase sort de l'eau
Le musée Vasa
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