L'impasse des migrants d'Amérique centrale: que se passe-t-il à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique?

Les migrants d'Amérique centrale demandent l'asile aux Etats-Unis
26 juin 2019 à 11:12 - mise à jour 26 juin 2019 à 11:12Temps de lecture4 min
Par Amélie Bruers avec Françoise Wallemacq

La photo fait le tour du monde et émeut: un papa et sa fille, noyés dans le Rio Grande, à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Elle illustre un drame qui dure depuis plusieurs années, au sein d'un continent coupé en deux.

 

D'un côté, l'Amérique du Nord, avec des Etats-Unis en pleine poussée nationaliste. De l'autre, la pauvreté et la violence des pays d'Amérique centrale. Les milliers de migrants qui s'entassent à la frontière sud des Etats-Unis ne viennent pas d'un seul pays en guerre mais de plusieurs pays en crises économique et sociale.

 

Fuir l'abomination

Le Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Guatemala font face à une régression économique inédite, couplée à des problèmes de violence. "Les citoyens qui fuient ces pays fuient l'horreur", explique Philippe Hensmans, Président d'Amnesty International Belgique. "On oublie souvent que le Honduras est le pays le plus violent du monde, en dehors des guerres".

Les migrants d'Amérique centrale doivent passer par le Mexique, où la situation est également difficile, pour atteindre les Etats-Unis. Ils sont aujourd'hui des milliers à espérer une vie décente au pays de Donald Trump. 

Pour atteindre cet objectif, ils doivent introduire une demande d'asile qui provoque une attente très longue. Pendant cette attente, ils sont soit emprisonnés dans des centres américains, soit renvoyés à la frontière mexicaine, dans des camps de fortune, souvent sans abris. 

 

Un mur franchissable

Pour comprendre ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique, Philippe Hensmans s'est rendu à cette frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. "La frontière est de plus en plus bouclée", explique le président d'Amnesty International Belgique. "A la base, il y a ce mur, voulu et construit par les américains. Un mur franchissable, d'environ 4-5 mètres de haut et composé de plaques métalliques que n'importe quel migrant peut passer". Comme à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, un mur n'empêche pas les migrants d'essayer de passer la frontière, parfois au péril de leur vie. 

 C'est pour cette raison que Trump a fait du chantage au Mexique: des militaires mexicains le long de la frontière...ou des sanctions économiques. Le Mexique a cédé et conclu un accord avec son voisin américain; 15.000 soldats mexicains sont déployés le long d'une frontière de 3.000 kilomètres.

 

Le Rio Grande est la Méditerranée de l'Amérique

C'est cette décision qui change la donne et engendre des drames, comme celui de ce papa salvadorien et sa petite fille de 23 mois. "On se retrouve aujourd'hui avec des milliers de personnes qui ne savent plus où aller et dont la seule solution est de passer illégalement aux Etats-Unis, là où de nombreux migrants ont déjà de la famille".

Ces migrants essaient de passer par les endroits non-contrôlés, les plus dangereux. "Le Rio Grande joue le même rôle que la Méditerranée pour les migrants africains, même si la mer est beaucoup plus meurtrière que le fleuve américain".

300 migrants américains sont morts, la Méditerranée en a fait des milliers. 

 

Des enfants perdus à jamais

Dans les camps de détention américains, les migrants attendent la réponse de leur demande d'asile. "Pendant longtemps, les Etats-Unis ont séparé les enfants de leurs parents", rappelle Philippe Hensmans. Les Etats-Unis ont été condamnés par la communauté internationale et ont décidé de rassembler les familles. "Le problème, c'est qu'ils ont des bases de données qui ne sont pas compatibles. Certains enfants sont perdus à jamais, on ignore qui sont leurs parents". Ces enfants sont placés dans des centres américains où l'on s'occupe d'eux jusqu'à leur majorité. 

"C'est inouï le peu d'attention qu'on peut avoir pour ces personnes qu'on ne considère même plus comme des humains", s'émeut Philippe Hensmans.  "Il y a pourtant des américains qui se battent, qui tentent d'aider les migrants mais ils sont poursuivis par la justice américaine". 

 

Démission et projet de loi: la politique américaine impactée 

La photo du papa et sa petite fille intervient en pleine polémique sur la détention des enfants migrants. Le reportage d'une journaliste dans ces centres de détention a même provoqué la démission du commissaire américain aux douanes et à la protection des frontières. Une ONG a visité un camp de détention de migrants mineurs à Clint dans le Texas où 300 enfants vivaient dans des conditions d'hygiène déplorable. 

Hier soir, la Chambre des représentants américains, contrôlée par les démocratesn a voté un projet de loi prévoyant une aide humanitaire de près de 4 milliards d'euros. Ce montant est destiné à gérer l'afflux de migrants à la frontière sud des Etats-Unis. Une initiative qui devrait être recalée par Donald Trump. 

 

Les candidats démocrates accusent Trump


Le premier débat à l'investiture démocrate se tiendra ce soir. Certains candidats ont déjà réagi, sur les réseaux sociaux.

Kamala Harris a qualifié cette situation "d'inhumaine". "Ces familles demandeuses d'asile fuient souvent une violence extrême. Et que se passe-t-il quand ils arrivent? Trump leur dit "Retournez d'où vous venez! C'est inhumain. Des enfants meurent. C'est une atteinte à notre conscience morale". 

Pour Beto O'Rourke, Trump est le seul responsable de ces morts " Etant donné que son administration refuse de suivre les lois, protéger les réfugiés à nos frontières, elle incite les familles à traverser les frontières, risquant la souffrance et la mort". 

Au Salvador, la ministre des affaires étrangères a appelé ses citoyens à rester au pays afin d'éviter la mort sur la route vers les Etats-Unis. 

 

 

Journal télévisé 13H

Migrants : un père et sa fille noyés dans le Rio Grande

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