RTBFPasser au contenu

Regions

Les stagiaires espagnols, nouveaux ilotes de l'hôtellerie bruxelloise?

Un métier de plus en plus précaire
25 nov. 2014 à 13:32 - mise à jour 26 nov. 2014 à 12:111 min
Par Véronique Fievet

Pour comprendre les raisons de leur départ, il suffit de regarder le journal télévisé. L'Espagne va mal, un travailleur sur trois ne gagne pas plus de 750 euros par mois. Et pour les jeunes, les opportunités d'emploi sont rares. Alors Gabriel et Pedro ont choisi de partir. Avant de prendre l'avion pour Bruxelles, ils ont signé un contrat leur garantissant un stage rémunéré de 3 ans et une formation en prime. Leur salaire annoncé s'élève à 1200 euros mensuel...

5 mois plus tard, ils se voient plutôt comme des victimes d'une nouvelle forme d'esclavage. Chaque jour, ils doivent nettoyer au moins 14 chambres d'hôtel, souvent beaucoup plus. Pas de vêtements de travail, pas de formation, des journées harassantes avec des horaires imprévisibles.

"Nous avons dû réclamer souvent pour obtenir des gants. Pourtant les produits que nous utilisons sont agressifs". Des conditions de travail qui révoltent la gouvernante chargée de superviser la propreté de l'hôtel. "14 chambres par jour pour une femme de chambre professionnelle, c'est déjà difficile alors vous imaginez pour des jeunes qui arrivent ici sans formation... mais évidemment ils coûtent moins cher qu'une vraie femme de chambre.

Au fil des mois, cette gouvernante a également vu partir ses collègues, licenciées l'une après l'autre. Elles ont toutes été remplacées par des stagiaires.

Légal ou pas?

Cette situation illustre le phénomène bien connu du détachement de personnel. Le salarié est rémunéré au tarif minimum du pays d’accueil mais la couverture sociale est celle du pays d'origine. Récemment, le service du contrôle des lois sociales, au sein du SPF Emploi, s'est penché sur le dossier de ces stagiaires espagnols. Il s'étonne de découvrir que leur employeur espagnol aurait perçu des subsides européens pour favoriser la mise à l'emploi de ces jeunes.

En attendant de faire toute la lumière sur cette affaire, ce service dénonce la précarisation croissante de pans entiers du marché du travail. On connaissait le détachement de travailleurs dans le secteur de la construction, mais désormais, le phénomène a gagné l'horeca ou le nettoyage.

Véronique Fievet

Articles recommandés pour vous