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L’histoire de la radio : de la télégraphie sans fil à la radio DAB +
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L’histoire de la radio : de la télégraphie sans fil à la radio DAB +

13 févr. 2022 à 09:22Temps de lecture7 min
Par Céline Dekock

    Le 13 février, nous fêtons la Journée Mondiale de la Radio, organisée par l’UNESCO en vue de célébrer le média, de développer la coopération internationale et d’encourager les principaux réseaux à l’accès à l’information.

    La journée mondiale de la radio est également l’occasion de revenir sur l’histoire de ce média qui a plus de 100 ans et qui, malgré "son âge", reste un médium d’écoute de la musique et de diffusion d’informations.

    La radio, le produit d’une succession d’avancées technologiques

    Samuel Morse

    L’histoire de la radio accompagne l’histoire de la fin du XIXe siècle et de l’entièreté du XXe siècle. Une histoire qui est loin d’être terminée puisqu’encore aujourd’hui, la radio ne cesse d’évoluer avec les avancées technologiques.

    La radio telle que nous la connaissons aujourd’hui est le produit d’une succession d’inventions et d’avancées technologiques, telles que l’invention du télégraphe en 1841 par Samuel Morse, la mise en évidence en 1886 des ondes radio par l’ingénieur allemand Heinrich Rudolf Hertz, l’invention d’un générateur haute fréquence de 15 kHz en 1889 par Nikola Tesla ou encore l’invention du tout premier récepteur d’ondes hertziennes (radioconducteur) en 1890 par Edouard Branly.

    Parmi les inventions qui favorisèrent l’apparition de la radio, notons également l’invention de la bobine Tesla (du nom de son inventeur) qui mettra au point l’amplification des transmetteurs et le principe de l’antenne améliorant la transmission des ondes sur de longues distances, découvert par Alexandre Popov.

    C’est finalement l’ingénieur italien Guglielmo Marconi qui utilisera toutes ces technologies et les combinera pour réaliser les premières expérimentations de transmission radio sur de grandes distances. Marconi réalisera la première transmission hertzienne à travers la manche entre l’Angleterre et la France en 1899, un message télégraphique en morse.

    Guglielmo Marconi et son appareil télégraphique
    Guglielmo Marconi et son appareil télégraphique © Getty Images

    Les premières transmissions radiophoniques

    La transmission sur une longue distance de signaux en morse était donc la première étape vers l’invention de la radiodiffusion. Mais pour arriver aux premières transmissions d’une voix intelligible, il fallait encore développer une transmission par modulation d’amplitude (AM) de sons et voix. C’est ce que fit le canadien Reginald Fessenden au tout début du XXe siècle : le 25 décembre 1906, il transmet la première voix par radiodiffusion sans-fil. Le programme comprenait des versets de l’Évangile ainsi que des cantiques religieux chantés par une voix féminine. La radio était née.

    La Belgique, pionnière de la radiodiffusion

    Tout est réuni pour que la radiodiffusion se développe à travers le monde et touche le grand public. Et en matière de radiodiffusion, la Belgique fait figure de pionnière. En effet, la Belgique est le premier pays d’Europe à posséder une véritable station de radiophonie. C’est également le premier pays à proposer au public une émission hebdomadaire de radiodiffusion.

    Et cet essor rapide et florissant de la radiodiffusion en Belgique a été favorisé par le vif intérêt des rois Léopold II, Albert Ier et de la Reine Elisabeth pour ces nouvelles technologies de communication. Le scientifique belge Robert Goldschmidt a également pris part au large développement de la radiodiffusion dans notre pays.

    Dès le début des années 1900, le roi Léopold II émet le souhait de relier la Belgique et le Congo, colonie belge à l’époque, par la télégraphie sans fil. Le Souverain fera venir d’Italie Guglielmo Marconi afin qu’il présente son invention, et mandatera Paul De Bremaecker afin de faire des essais de transmissions entre le Congo et la Belgique. Si les premières tentatives sont un échec, le roi ne perd pas de vue son objectif et demande, en 1908, au scientifique Robert Goldschmidt de se pencher sur le problème des communications entre le Congo et la Belgique.

    Opérateur télégraphique, à Londres en 1913
    Opérateur télégraphique, à Londres en 1913 © Topical Press Agency via Getty Images

    Une entreprise que continuera Albert Ier à la suite du décès de Léopold II en 1909. En 1911, Albert Ier demande à Robert Goldschmidt d’équiper tout le Congo d’un réseau de poste de télégraphie sans fil. Un contrat de dix ans risqué pour le scientifique : en effet, si le roi consent à payer les installations sur le fonds spécial du Congo, Goldschmidt accepte que les frais soient à sa charge en cas d’échec. L’installation des postes et antennes sera finalisée à la fin de l’année 1912.

    Afin de pouvoir mener les essais de communication, Goldschmidt reçut l’autorisation du Roi de pouvoir installer une station télégraphie sans fil au sein même du domaine royal à Laeken, dans la "Villa Lacoste". Il y sera fondé également des laboratoires de recherches et constructions d’appareils et une école pratique de télégraphie sans fil qui devait former le personnel en charge de la communication au Congo.

    Férue de science et d’art, la Reine Elisabeth s’intéressera aux travaux de Goldschmidt, tant et si bien qu’elle lui demandera un cours pratique de T.S.F. enregistré sur des rouleaux de phonographe en cire. Elle apprendra également l’alphabet morse afin de pouvoir écouter les signaux horaires de la Radio tour Eiffel (la première station de radio de France créée en 1921).

    La villa Lacoste (Photo K. Onkelinx, LACA)
    La villa Lacoste (Photo K. Onkelinx, LACA) © Tous droits réservés

    Installation de la Station de TSF dans la Villa Lacoste dans le domaine royal à Laeken.

    "Allo Allo, ici le poste radiotélégraphique et radiotéléphonique de Laeken…"

    Sa Majesté la Reine Elisabeth de Belgique

    Le 28 mars 1914, la Belgique écrit une page de l’histoire universelle de la radio en diffusant un concert de musique classique depuis le domaine royal, donné en l’honneur de la Reine Elisabeth, grande mélomane. Le concert d’une heure commence par l’annonce faite par Joseph Longé, premier speaker de la Radio Laeken "Un deux, trois, quatre… dix. Allô, allô ! Ici poste radiotélégraphique et radiotéléphonique de Laeken, près de Bruxelles. Messieurs les amateurs de télégraphie sans fil, nous allons vous faire entendre un concert dédié à sa Majesté la Reine Elisabeth".

    Il mêlait extraits d’opéras de Wagner, de Verdi, de Puccini, des œuvres de compositeurs français mais aussi de compositeurs belges dont le célèbre "Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille" extrait de "Lucile" de Grétry qui avait inspiré le signal de pause de la RTB, au début et à la fin des programmes, lorsque la radio n’émettait pas encore jour et nuit. Ce concert fut donné deux fois le 28 mars 1914, une fois à 17h pour les détenteurs d’un poste de télégraphie sans fil, et une seconde fois à 20h30 à la demande de sa Majesté le roi qui désirait écouter le concert en famille.

    Ce concert restera dans l’histoire comme la première émission radiophonique diffusée en Europe et comme le début véritable de la radiodiffusion en Belgique, plus de seize ans avant même la création de la radio publique (INR-NIR).

    On délivre d’ailleurs en 1914 les premières autorisations pour l’établissement d’une station réceptrice à domicile. Les demandes se multiplient, et la Belgique diffuse chaque samedi à 17h des concerts de musique classique.

    Le 19 août 1914, ces installations, la station, les laboratoires et l’école pratique de télégraphie sans fil, pourtant en plein essor, sautent à la dynamite, sur ordre du Roi Albert. Les Allemands ont envahi la Belgique. La Première Guerre mondiale est aux portes de la Belgique.

    Pour le reste du monde, il faudra attendre les années 1920-1930 pour voir les premières stations de radio grand public émerger avec notamment la naissance de Radio Tour Eiffel en 1921 en France, ou celle de l’Institut National de Radiodiffusion (INR) en Belgique, en 1930. Les récepteurs radio à destination du grand public commencent également à voir le jour. Outre les concerts, les programmes proposés au public se diversifient et commencent à rythmer le quotidien des ménages.

    Il faudra attendre la fin de la guerre pour voir naître en Belgique la première station de radio officielle. C’est en effet en 1923 que l’Etat belge autorise la fondation, par la Société belge de radiodiffusion, de la première station de radio officielle, baptisée d’abord Radio-Bruxelles pour prendre un an plus tard le nom de Radio-Belgique.

    Retrouvez l’histoire de l’INR et de la RTBF.

    Construction du Paquebot de l’INR, place Flagey, en 1935
    Construction du Paquebot de l’INR, place Flagey, en 1935 RTBF

    Autre date importance dans l’histoire de la radio, le 30 octobre 1938 voit la première diffusion de la pièce radiophonique d’Orson Welles " La Guerre des mondes " aux États-Unis.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, la radio est un véritable outil d’information, de propagande voire de désinformation. Utilisée à la fois par les Alliés et par l’occupant, la Radio, par son pouvoir de persuasion, devient une arme de première force.

    À lire : La Guerre des ondes, L’histoire de la Radio pendant la Seconde Guerre Mondiale

    Récepteur à cristal, connu aussi sous le nom de poste à galène
    Récepteur radio avec un "Œil Magique"
    La radio devient numérique

    Des ondes FM au DAB + : naissance de la radio moderne

    Après la Seconde Guerre Mondiale, la radio recommence à se développer et à évoluer, tant sur le plan technique que sur le design : la radio se miniaturise, la forme horizontale légèrement allongée devient de plus en plus prisée par les designers qui rivalisent d’imagination pour offrir des produits divers de haute qualité. La FM commence à se vulgariser pour offrir une meilleure réception et un son de plus grande qualité. Dans les années 1950, apparaissent les premiers "transistors". Cette forme de radio révolution les modes d’écoutes : portatifs, les transistors permettent d’écouter la radio partout, en vacances, dans la rue, sur la plage, la radio devient individuelle.

    L’évolution de la radio se poursuit dans les années 80 et 90 avec la mémorisation des stations, l’affichage digital des stations, le Radio Data System accompagnant la transmission de la radio numérique DAB ou par satellite pour en arriver aux podcasts et aux radios internet dans les années 2000.

    Aujourd’hui, la FM cède la place à la technologie du DAB – diffusion numérique de la radio – qui en est déjà à sa version 2.0, à savoir, le fameux DAB +. Et les petits "plus" du DAB + sont nombreux :

    • Plus de radios : L’offre de programmes est plus étendue et plus variée qu’en FM.
    • Plus de contenus multimédias : Des informations complémentaires sur le programme en cours sont diffusées sous forme de textes et/ou d’images. En fonction de la chaîne radio, vous pouvez voir le nom de l’émission, de l’animateur, sa photo, le titre et la pochette du disque diffusé, ou encore par exemple des informations trafic et météo en temps réel.
    • Plus de confort d’écoute : Une réception sans interférences, en particulier en voiture, grâce à une technologie de diffusion numérique.
    • Plus de liberté : Le DAB + est diffusé gratuitement, partout (radiodiffusion hertzienne), au moyen d’un réseau d’émetteurs numériques de dernière génération. Le choix de votre radio se fait donc en toute indépendance, anonymement et sans abonnement, ni connexion internet.
    • Plus d’ergonomie : La recherche de vos radios favorites par leur nom est plus simple et les récepteurs sont plus faciles à utiliser tout en offrant plus de fonctionnalités.
    • Plus respectueux de l’environnement et la santé : La diffusion en DAB + consomme moins d’électricité, nécessite moins d’antennes et génère moins de rayonnement électromagnétique que la FM.

    La radio, en plus de 100 ans d’existence, a su évoluer avec son temps et les technologies, se nourrit de celle-ci pour s’améliorer. En ce 13 février, nous célébrons ce média du son, de la musique et de l’information.

    Sources

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