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L'Histoire Continue : 21 avril 2002, le second tour Chirac-Le Pen a provoqué un déclic pour l'extrême-droite

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22 avr. 2022 à 12:22Temps de lecture3 min
Par Hélène Maquet

Le séisme résonne encore. Le 21 avril 2002, Jean-Marie le candidat Front National passe au second tour de l'élection présidentielle. La surprise est énorme. Des millions de Français descendent dans les rues, dans l'entre deux tours. Vingt ans plus tard - et alors que l'extrême-droite semble s'abonner à ce second tour - quelles sont les raisons profondes et quel a été l'impact de ce premier passage au second tour ?

20 h précises. Paris, à quelques pas de la place de la République. L'Atelier est un superbe immeuble haussmanien qui appartient au groupe Jean-Paul Gauthier. Lionel Jospin, cadidat socialiste à l'élection présidentielle y a établi son quartier général. Sous un magnifique vitrail, un escalier monumental mène à la grande salle drapée de rouge. Là, le parterre de militants oscille entre confiance et fébrilité, les yeux rivés sur le grand écran, réglé sur France 2.

Le visage du présentateur - David Pujadas - apparaît. Puis la mosaique des visages des candidats danse sur l'écran et dans un drôle de ballet, prend la forme de la tête de deux hommes. "En tête Jacques Chirac, 20% des voix. Enorme surpise, Jean-Marie Le Pen semble devoir être le second avec 17% des voix." 

Jean-Marie Le Pen semble devoir être le second. Dans la formule de David Pujadas, on entend toute la perplexité, toute la surprise. A l'Atelier, un cri traverse le parterre des militants socialistes, suivi de la consternation et des larmes.

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Pourtant, dans la journée, rien n'annoçait cette surprise. Il fait beau, ce sont les vacances de Pâques. A Paris, le long des quais de la Seine, les promeneurs et les joggeurs profitent du soleil. En ce jour de premier tour des élections présidentielles, l'humeur n’est pas vraiment à la mobilisation. A quoi bon voter, au fond, puisqu’on connaît déjà le résultat.  Jacques Chraic, le Président de la République affrontera son premier ministre, le socialiste Lionel Jospin. C’est la petite musique qui ne cesse de résonner.

Le doute s'immisce, en Belgique, vers 19h40. On annonce une surprise dans les résultats. Le Pen passerait au second tour au détriment de Jospin. A ce moment-là, Lionel Jospin sait déjà qu'il a perdu. Il est arrivé à son QG de campagne, à l'Atelier, à 19h, sous les "Jospin, président !" des militants socialistes.

"Lionel, ça va être difficile. Le Pen est devant toi"

Il a directement grimpé au quatrième étage du bâtiment, dans la war room qui a été aménagée pour la campagne. Lorsqu’il est entré dans le bureau, François Hollande, Dominique Strauss Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius… tous les proches étaient là.
A leurs mines affligées, à leur silence qui dit tout à la fois Lionel Jospin a compris. A peine lui a-t-il fallu entendre cette phrase de Gérard le Gall, l'homme en charge des sondages : “Lionel, ça va être difficile. Le Pen est devant toi”.

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Trois heures plus tard, encadré des tentures rouges de la grande salle… Lionel Jospin va prendre la parole. L’homme qui se voyait entrer à l’Elysée a basculé dans une nouvelle vie. Il annonce son retrait de la vie politique. Deuxième vague de stupeur chez les socialistes. Dès le soir du 21 avril, les français sortent dans la rue, manifestent…. au nom du front républicain. Entre les deux tours, des millions de personnes vont défiler dans les rues de France. La gauche va massivement voter chirac, au nom du front républicain. Jacques Chirac a été élu à 82,21 % des voix, contre 17,79 à Jean-Marie Le Pen.

20 ans plus tard, le début de la fin de la confiance

Avec 20 ans de recul, comment peut-on expliquer ce premier passage de l'extrême-droite au second tour ? On a beaucoup évoqué, à l'époque, le taux d'abstention, la fragmentation de la gauche. Mais aujourd'hui, Benjamin Briard, chercheur au CRISP, perçoit quand même quelque chose de plus fondamental. "C'est un échec des partis traditionnels sont réputés être entrés en crise, d'une certaine manière. Et puis plus fondamentalement, c'est un crise de la démocratie représentative qu'on retrouve. C'est la méfiance des citoyens à l'égard du fonctionnement même de la démorcatie qui est ébranlée en 2002, et qui encore aujourd'hui tend à s'amplifier".

Et le choc du 21 avril 2002 a des conséquences à plus long terme que le mandat qu'a entamé Jacques Chirac juste après. "Pour la première fois, au Front National, Jean-Marie Le Pen et les cadres du parti se rendent compte qu'ils peuvent véritablement accéder au pouvoir et ne plus se contenter d'un rôle d'opposition".

Marine Le Pen après l'annonce des premières estimations des résultats du premier tour des élections, le 21 avril 2002
Marine Le Pen après l'annonce des premières estimations des résultats du premier tour des élections, le 21 avril 2002 © Tous droits réservés

Et parmi les cadres, lors de la campagne de 2002, il y a Marine Le Pen. C'est elle qui est déjà chargée de lisser l'image, la personnalité de son père et le projet du Front National. En vingt ans, la normalisation de l'extrême-droite est la tâche principale à laquelle elle s'est attelée.

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