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L'extrême droite aux portes du pouvoir en Suède : un risque d'effet domino ?

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Le scénario était annoncé depuis quelques semaines. Il s'est concrétisé. En Suède, l’extrême droite est aux portes du pouvoir.

Les scores du scrutin législatif de dimanche sont tellement serrés qu’on n'a connu le verdict que ce mercredi. L'extrême droite a remporté les élections. La logique voudrait donc qu'il monte au gouvernement, mais c'est le conservateur Ulf Kristersson, en coalition avec l'extrême droite, qui s'emploie à sa formation. Quelle qu'en soit l'issue, un constat s’impose : la Suède, connue pour sa politique sociale et migratoire généreuse, est en train de mettre la barre à droite toute.

Comment en est-on arrivé là ?

Le contexte économique difficile et la flambée des prix de l’énergie ont certainement contribué à la percée du parti d'extrême droite des "Démocrates de Suède".

Mais la campagne électorale a surtout été dominée par une hausse sans précédent de la criminalité : une multiplication des règlements de compte entre bandes criminelles; des fusillades qui ont rythmé tout l’été, et qui ne touchent plus seulement les banlieues;  quarante-cinq personnes tuées par arme à feu depuis le début de l’année… 

Les Démocrates de Suède ont donc fait de cette criminalité grandissante leur cheval de bataille. Ils promettent de ramener la sécurité en Suède, d’allonger les peines de prison, de renvoyer chez eux les migrants jugés responsables de l’insécurité. Un discours qui a trouvé un large écho chez les électeurs, puisque les nationalistes deviennent le deuxième parti de Suède. Ils obtiendraient 11 nouveaux sièges au Parlement. Aucun autre parti n’a fait mieux.

La fin du cordon sanitaire

Si les premières tendances se confirment, l’extrême droite suédoise sera donc en mesure de gouverner. Mais pas seule. On se dirige en effet vers une alliance avec la droite traditionnelle (les "Modérés"). Une vraie révolution.

Car si les Modérés ont a toujours défendu un cordon sanitaire autour de l’extrême-droite, il y a quelques mois, ils ont ouvert la porte à un rapprochement avec la droite radicale.

Ce changement de cap s’explique, d’une part, par la stratégie de dédiabolisation et de normalisation de l’extrême droite. Les Démocrates de Suède ont des racines clairement néo-nazies et racistes. Mais depuis plusieurs années, le parti, sous l’impulsion de son leader, Jimmie Åkesson, a expurgé ses éléments les plus extrémistes, et a lissé son discours. Bref, il s’est rendu plus fréquentable.

Le leader des Démocrates de Suède, Jimmie Åkesson prononce un discours lors de la veille électorale du parti à Nacka, près de Stockholm, dans la soirée du dimanche 11 septembre 2022.
Le leader des Démocrates de Suède, Jimmie Åkesson prononce un discours lors de la veille électorale du parti à Nacka, près de Stockholm, dans la soirée du dimanche 11 septembre 2022. AFP or licensors

La droite traditionnelle, de son côté, n’a qu’une envie : quitter à tout prix l’opposition où elle végète depuis de nombreuses années. Revenir au pouvoir. Et pourquoi pas, offrir le poste de Premier ministre à son leader, Ulf Kristersson.

Et tant pis si, il y a 4 ans, ce même Ulf Kristersson promettait à un survivant suédois de l'holocauste de ne jamais s’allier avec l’extrême droite. Visiblement, l’appel du pouvoir était trop fort…

Après la Suède… l’Italie ?

Ce rapprochement interpelle, d’autant qu’il pourrait se reproduire en Italie le 25 septembre prochain. Ce jour-là, les Italiens se rendent également aux urnes pour élire leur nouveau parlement, avec, en perspective, un scénario très similaire au suédois, à cette différence près que les résultats s’y annoncent nettement moins serrés.

Depuis plusieurs semaines, les sondages promettent une victoire éclatante au parti d’extrême droite, Frères d’Italie. Parti postfasciste, emmené par la charismatique Giorgia Meloni, grande admiratrice de Mussolini dans sa jeunesse.

A elle seule, Giorgia Meloni obtiendrait près d’un quart des voix. Elle pourrait donc se retrouver aux manettes du futur gouvernement italien, en coalition avec la Lega de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi.

Des précédents et des émules ?

Certes, ce n’est pas la première fois que l’extrême droite se retrouverait au pouvoir en Europe. Il existe quelques rares précédents. En Autriche, l’extrême droite a été au pouvoir à deux reprises en 20 ans. La Lega a participé à plusieurs gouvernements en Italie. Mais jamais, semble-t-il, la droite radicale n’a occupé une position aussi centrale que ce qui s’annonce en Suède et en Italie.

Voilà qui n’augure rien de bon pour l’Europe. Car si jusqu’ici, le cordon sanitaire est resté la norme dans la plupart des pays européens, l’exemple de la Suède et de l’Italie pourrait faire sauter d’autres verrous, là où l’extrême droite est déjà bien ancrée : la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, et pourquoi pas la Belgique (ou en tout cas la Flandre)… des pays fondateurs de l’Union européenne – tout comme l’Italie d'ailleurs – et qui se retrouveraient aux mains de formations eurosceptiques, avec – pour reprendre l’expression de l’eurodéputé allemand Udo Bullmann (S&D) un risque d’"orbanisation" de notre démocratie.

Hasard du calendrier, la Suède prendra la présidence tournante de l’Union européenne, en janvier prochain. Ou comment ajouter un peu de turbulence dans la grosse tempête qui s’annonce cet hiver.

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