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Le temps d'une histoire

L’exposition universelle: une vitrine pour Benito Mussolini, le premier fasciste

Benito Mussolini sur fond de forum impérial, par Alfredo Ambrosi, huile sur toile, 1930
21 janv. 2022 à 10:15 - mise à jour 22 janv. 2022 à 07:444 min
Par Gérald Decoster

Voici un siècle, l’Italie basculait dans le fascisme et un certain Benito Mussolini prenait la tête du pays. Il allait donner l’exemple à bien des dictateurs par la suite… Tout despote souhaite laisser son empreinte. Si Mussolini et ses sbires seront à la base de nombreux travaux et transformations de la Ville Éternelle, il en est une qui aurait dû être LA vitrine du fascisme : l’Exposition universelle de 1942…


 

C’est en 1936 que Rome, capitale d’un nouvel Empire, se voit attribuer l’organisation de l’Exposition universelle de 1942. À travers cette manifestation, le gouvernement italien compte commémorer de façon grandiose le triomphe du fascisme et le 20e anniversaire de la Marche sur Rome…

Benito Mussolini admirant la maquette de la future Exposition universelle de 1942...

L’Exposition sera aussi l’occasion de développer un nouveau quartier, au sud, autour de la toute neuve via Cristoforo Colombo, longue de 27 km : partant du centre de la cité, elle mène à Ostie, en bord de mer Tyrrhénienne. Pour le gouverneur de Rome, Giuseppe Bottai, ce nouveau quartier sera la vitrine du génie des architectes italiens… Bottai n’imagine pas que l’Exposition sera officiellement annulée en 1939.

À la tête de ce projet grandiose, l’architecte Marcello Piacentini, membre de l’Académie d’Italie, créée en 1929 par Mussolini. Il travaille la main dans la main avec le commissaire général de l’Exposition universelle, Vittorio Cini, comte de Monselice, l’un des hommes les plus riches d’Italie à l’époque. Une fois l’exposition terminée, le quartier traversé par la Via Cristoforo Colombo, ses perspectives latérales et sa place Impériale - rebaptisée depuis lors, Gugliemo Marconi – deviendra résidentiel et administratif.

Le site de l'Exposition en construction...

Aujourd’hui connu sous le nom d’EUR (Esposizione Universale di Roma), le quartier se voulait une nouvelle Rome. Il sera la vitrine architecturale du régime, exaltation de la puissance et de la grandeur du fascisme. Son esthétique générale sera d’un classicisme revisité, d’une imposante simplicité et d’une harmonie parfaite.

Le "Génie du fascisme" devenu... "Le Génie du sport".

Un seul bâtiment sera achevé et inauguré en 1939 par Mussolini : le Palais des Offices. Rien de plus naturel puisqu’il était destiné à être le siège des bureaux de l’exposition. Occupé par les allemands puis par les britanniques, le bâtiment abrite un petit secret : un abri anti-aérien de près de 500m2 ! Un exemple cocasse de " renouvellement durable " se trouve près de l’entrée du palais : une statue de bronze, bras tendu, représentait " Le Génie du Fascisme " ; au cours des années 1950, pour diminuer la charge symbolique du geste, ses mains ont été… gantées et l’œuvre a été rebaptisée " Le Génie du Sport ".

Mais, s’il est un symbole de l’extraordinaire entreprise de construction totalitaire à EUR, c’est bien le Palais de la civilisation italienne. Surnommé Colosseo quadrato par les romains. Pour ce " Colisée carré ", les architectes Giovanni Guerrini, Ernesto Lapadula et Mario Romano ont puisé leur inspiration dans la peinture métaphysique.

Le Palais de la Civilisation italienne, dit "Colisée carré".

Chaque façade du cube de béton, recouvert de tuf, est percée de 9 arcades sur 6 niveaux ; certains expliquent que ces nombres symboliseraient le nom de Mussolini en 9 lettres et son prénom en 6… 28 arcs du rez-de-chaussée abritent une statue en marbre qui représentent les vertus, les arts et les sciences. L’immeuble sera achevé en 1953. Ses bureaux seront finalement abandonnés pendant une quarantaine d’années, avant qu’en 2005, la maison de couture Fendi acquière le bâtiment.

 Le Palais des Office constitue l’une des extrémités de la Via della Civilità del Lavoro, à l’autre bout, c’est en 1938 qu’a été entamée la construction d’un autre bâtiment important du projet : le Palais des Congrès (ci-dessous, à gauche et au centre). L’avant-gardiste et grand représentant de l’architecture rationaliste italienne, Adalberto Libera, en avait initialement prévu l’installation sur une arche, au-dessus du Tibre… Finalement, le bâtiment rappelle la structure des antiques marchés de Trajan.

Le Palais des Congrès
A l'intérieur du Palais des Congrés, les bustes du roi Victor Emmanuel III et de Benito Mussolini, en 1938
Le Musée de la Civilisation romaine

Un autre grandiose édifice prévu pour l’Exposition accueille, depuis 1955, le Musée de la Civilisation romaine. Si le palais abrite également le Musée astronomique et le Planétarium, on y admire surtout les objets issus de l’exposition consacrée en 1937-1938 à la Rome impériale d’Auguste, inaugurée un an après la proclamation de la renaissance de l’Empire par Mussolini, suite à l’occupation partielle de l’Ethiopie. Selon Emilio Gentile, l’exposition consacra " la continuité spirituelle entre la Rome antique et la Rome fasciste ". 

Le Musée des Arts et Traditions populaires se réparti entre les deux palais initialement destinés à exposer les sciences et les traditions italiennes lors de l’Exposition universelle. Depuis 1956, on y admire les remarquables collections présentées lors de l’exposition du Cinquantenaire de l’unité italienne, en 1911. Centré sur l’homme et ses cultures, le musée est spécialisé dans les secteurs de l’archéologie, de la préhistoire, de la protohistoire, de l’histoire de l’art, de l’anthropologie, de la démo-ethno-anthropologie et de l’ethnographie.

La basilique avec, à l'avant-plan, l'un des Dioscures du Palais de la Civilisation italienne

Enfin, dernier bâtiment commencé en 1939 mais ouvert seulement en 1955 : la basilique des Saints-Pierre-et-Paul. Edifiée au point culminant du site d’EUR, son chantier sera interrompu en septembre 1943, par suite des bombardements qui l’endommageront ; elle constituera aussi le décor d’une escarmouche entre soldats italiens et parachutistes allemands la même année. En forme de croix grecque, couverte d’une coupole de 32 m de diamètre, l’édifice abrite de nombreuses œuvres en mosaïque et en marbre.

Vous l’aurez compris : une (re)découverte de Rome ne peut s’envisager sans passer par EUR. Alors, un conseil : prenez la ligne B-B1 du métro, deux stations y desservent le quartier de cette Exposition universelle qui n’eut jamais lieu, un ensemble qui ne laisse pas de marbre !

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