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L'exception culturelle au menu d'une réunion des ministres européens

L'exception culturelle au menu d'une réunion des ministres européens
14 juin 2013 à 06:26 - mise à jour 14 juin 2013 à 08:052 min
Par Céline Biourge

Les Européens ont toujours été attachés à l'exception culturelle, à un principe simple qui veut que la culture, l'audiovisuel, le cinéma, la musique ne sont pas des marchandises comme les autres, qu'elles sont protégées de la concurrence sauvage et qu'elles bénéficient d'un cadre réglementaire particulier, des quotas, des aides d'Etats, des aides des télévisions nationales, etc.

Le hic c'est que l'audiovisuel pourrait devenir un point parmi d'autres dans le vaste accord de libre échange qui sera négocié dès cet été avec les Etats-Unis. Les 27 vont examiner la question aujourd'hui à Luxembourg. Ils vont préciser le mandat qui sera confié à la Commission puisque c'est elle qui, au nom de l'Union, négociera l'accord commercial avec les Etats-Unis.

Plusieurs pays, mais surtout la France, ne veulent pas que l'audiovisuel fasse partie du mandat. Paris menace même d'opposer son veto, de défendre jusqu'au bout cette exception culturelle.

Cette exception est aussi défendue par de nombreux artistes qui craignent, si elle est balayée, la petite mort de la culture face aux géants américains, voire chinois.

Le commissaire au Commerce, Karel de Gucht, lui, dit qu'il n'est pas question d'imposer des restrictions à ce que font actuellement les états pour soutenir leurs activités de cinéma, de télévision, de radio ou de musique mais il plaide pour des exceptions, pour la distribution de produits culturels sur internet. C'est justement ce que les artistes redoutent vu les développements du numérique.

Le réalisateur belge Luc Dardenne explique : "Le vrai problème, c'est que nous constatons en Europe que les bailleurs de fonds du cinéma, ce ne seront plus principalement les télévisions ou les Etats qui vont continuer à aider mais les vrais bailleurs de fonds, ça va devenir des acteurs d'internet. Que ce soit Google, Apple, Amazone, que ce soit encore d'autres grands acteurs d'internet. Et qui font des bénéfices énormes sur internet ou comme Facebook. Ce que nous, nous demandons, c'est que le réseau numérique, appelons-le comme ça, devienne un financeur du cinéma, devienne un acteur financier du cinéma comme l'ont été les télévisions. Et que les Etats européens puissent continuer, en plus de cela, d'aider leur cinéma, voilà. C'est une question évidemment très importante pour nous. Et si le Commissaire, Monsieur De Gucht ne peut pas demander une exception culturelle concernant le numérique, je pense que dans 20 ans, la production européenne n'aura plus de financement suffisant pour produire les films qu'elle produit aujourd'hui et dans certains pays européens, avec difficultés"

 

A. Gordillo

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