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Belgique

La vente de BNP Fortis éveille craintes et autosatisfaction

L'Etat revend ses parts dans Fortis Banque
13 nov. 2013 à 19:02 - mise à jour 14 nov. 2013 à 09:44Temps de lecture7 min
Par Belga News

Le groupe français, qui détenait 75% de Fortis jusqu'ici, en devient ainsi l'actionnaire unique.

Selon le communiqué, l'Etat belge réalisera un gain en capital "d'environ 900 millions d'euros" à la clôture de la transaction.

En 2008, l'Etat belge avait injecté, via la Société fédérale de participations et d'investissement (SFPI), 2,35 milliards d'euros et pris 25% des parts de Fortis pour lui éviter le naufrage au début de la crise financière.

Cette cession d'actifs intervient à deux jours d'un rapport que la Commission européenne sur la santé budgétaire de la Belgique.

L'opération, qui avait été éventée en début de soirée, permettra au pays de diminuer quelque peu son endettement public, et de le refaire passer sous la barre symbolique des 100% de son PNB.

"Le produit de cession de 3250 millions d'euros va aider l'Etat belge à atteindre ses objectifs en terme de dette publique", ont d'ailleurs confirmé le Premier ministre Elio Di Rupo et son ministre des Finances, Koen Geens mercredi soir. "Par ailleurs, l'Etat belge salue l'investissement très important de BNP Paribas réalisé en Belgique pour l'installation de deux data centers pour l'ensemble du groupe", ont-ils ajouté.

Ancrage belge

Selon eux, la prise de contrôle à 100% de Fortis par BNP Paribas ne minera en rien l'ancrage belge de la banque.

"Le plan stratégique de BNP Paribas Fortis 'Bank for the Future' communiqué le 25 mars 2013 sera poursuivi et la gouvernance de BNP Paribas Fortis continuera de refléter l'identité belge de l'institution, notamment via une représentation appropriée de membres indépendants belges au conseil d'administration jusqu'en 2020, et via le maintien en Belgique de centres d'expertise", assure ainsi le communiqué.

La vente de BNP Fortis éveille craintes et autosatisfaction

S'il cède ses parts dans Fortis, l'Etat belge reste toutefois le principal actionnaire de BNP Paribas dont il détient 10,3% du capital.

Cette revente des actions Fortis s'inscrit dans la politique du gouvernement visant à progressivement mettre un terme aux efforts financiers considérables que l'Etat avait entrepris pour sauver les banques banques, sévèrement secouées par la crise financière de l'automne 2008.

En mai dernier, l'équipe Di Rupo avait ainsi procédé à la revente du portefeuille d'investissement de Royal Park Investments, la "bad bank" de l'ancienne Banque Fortis pour 1,1 milliard d'euros, ce qui avait permis de mettre un terme anticipé à la garantie de 4,2 milliards d'euros.

Le gouvernement avait réalisé dans l'opération une plus-value de plus de 270 millions d'euros sur son investissement, selon le ministre Koen Geens.

Di Rupo: faire baisser la dette

Le produit de la vente de BNP Paribas Fortis sera entièrement porté au compte de l'allègement de la dette - actuellement 100,4% du PIB selon la Commission européenne qui a demandé à la Belgique de faire passer ce taux en-dessous de la barre des 100% - a confirmé jeudi à la Chambre le Premier ministre Elio Di Rupo.

Indépendamment de l'opportunité de prendre telle ou telle décision, le gouvernement a pour ambition de gagner de l'argent, a-t-il rappelé, assurant que la perte du dividende de BNP Paribas Fortis allait être "plus que compensée" par le gain engendré sur le paiement des intérêts de la dette.

La vente de BNP Fortis éveille craintes et autosatisfaction

C'est cet objectif de réduction de la dette qui a guidé le gouvernement durant une "longue" négociation avec BNP Paribas, un moment donné interrompue par l'équipe Di Rupo qui jugeait trop bas le prix de la vente de la participation, a indiqué le chef du gouvernement.

A l'exception des Verts, qui ont regretté que le gouvernement lâche de la sorte un "levier", l'ensemble des partis ont estimé qu'il ne revenait pas à l'Etat de conserver une participation dans une institution comme BNP Paribas Fortis.

L'Open Vld a appelé, par la voix de Luk Van Biesen, à vendre la banque publique Belfius lors d'une prochaine étape alors que le PS Olivier Henry a défendu l'utilité d'une telle banque ainsi que d'un cadre réglementaire contraignant pour le secteur.

Le député Peter Dedecker (N-VA) a dénoncé ce qu'il a qualifié de "politique de camouflage" dans le chef d'un gouvernement sous l'égide duquel la dette a augmenté.

Joseph George (cdH) s'est félicité de ce que les sceptiques d'hier et d'aujourd'hui ne se sont pas retrouvés aux responsabilités après que Meyrem Almaci (Groen) a fustigé "l'auto-glorification" du gouvernement et de l'ex-premier ministre Yves Leterme malgré l'explosion de la dette et la crise économique.

Rappelant l'action de l'ancien ministre des Finances Didier Reynders au moment de la crise bancaire, Olivier Destrebecq (MR) a également salué celle du gouvernement actuel, demandant cependant que si quelques marges devaient ressortir de l'opération BNP Paribas Fortis, au-delà de l'effort sur la dette, elles puissent aller aux baisses de charges fiscales et sociales.

La prochaine étape dans l'action du gouvernement visant le secteur bancaire devrait concerner l'évolution du cadre législatif et réglementaire. La cheffe de groupe sp.a Karin Temmerman a demandé avec insistance la finalisation de textes déterminant la scission des métiers bancaires.

Le Premier ministre a confirmé avoir obtenu l'engagement que Fortis restera la plus grande banque du pays et qu'elle conservera une identité belge. Il a également confirmé que l'Etat belge restera le principal actionnaire de BNP Paribas, à hauteur de 10,3% alors que l'Open Vld l'avait interrogé sur l'opportunité de vendre l'ensemble des participations dans l'institution française. "Le gouvernement pose chaque acte après avoir longuement réfléchi", a dit M. Di Rupo.

Les écologistes ont exigé, par souci de transparence, de pouvoir connaître le détail des garanties offertes à la Belgique.

Pour Jean-Marie Dedecker (LDD), l'opération est une "énième vente de l'économie belge aux Français".

Le gouvernement fédéral a décidé mercredi de céder les 25% qu'il détenait depuis 2008 dans la banque BNP Fortis à son actionnaire majoritaire, BNP Paribas, pour un montant de 3,25 milliards d'euros. L'Etat belge réalisera un gain en capital "d'environ 900 millions d'euros" à la clôture de la transaction.

Le syndicat libéral craint le recours à des sous-traitances

Le syndicat libéral craint que BNP Paribas Fortis ait désormais les "mains libres" pour sous-traiter des activités, après la vente de la participation de l'Etat belge, a indiqué Oscar Van Steenbrugge, délégué principal de la CGSLB au sein de la banque.

La banque française avait annoncé la semaine dernière, lors d'un conseil d'entreprise européen, qu'elle avait l'intention de sous-traiter des activités au sein du groupe vers des endroits où les activités peuvent être les moins onéreuses.

Les activités informatiques sont ainsi citées. D'après Oscar Van Steenbrugge, ce "n'est pas un hasard" qu'une semaine après l'Etat belge vende sa participation dans BNP Paribas Fortis.

"Ils ont maintenant les mains libres pour faire ce qu'ils veulent", prévient le syndicaliste. La CGSLB craint également que des sous-traitances sont à attendre en Belgique. "Nous refusons qu'une seule personne quitte la banque", souligne le délégué. Un conseil d'entreprise belge est prévu le 21 novembre. Les syndicats espèrent y obtenir davantage d'explications. Des éclaircissements sur les projets de sous-traitance de la banque française devraient également être fournis début de l'année prochaine lors d'un conseil d'entreprise européen.

Un "gâchis"

Le président de la commission des Finances de la Chambre Georges Gilkinet a qualifié mercredi soir de "gâchis" la décision de l'Etat belge de revendre les parts qu'il détenait depuis 2008 dans la banque BNP Fortis. "Il s'agit d'un nouveau signe de l'incapacité du gouvernement à changer le système bancaire", regrette-t-il.

Cette vente "peut seulement soulager à très court terme", estime Georges Gilkinet, qui en son temps a également été membre actif de la Commission spéciale de la Chambre chargée d'étudier les circonstances du démantèlement du groupe Dexia. Pour l'écolo, l'Etat belge a manqué l'occasion d'utiliser sa participation dans le capital de l'influente banque pour la rendre plus vertueuse et assurer l'investissement en Belgique. "Cela va diminuer la dette belge mais, en même temps, cela nous prive d'un levier pour l'avenir", conclut Georges Gilkinet.

La vente de BNP Fortis éveille craintes et autosatisfaction

Leterme: "L'illustration que le dossier bancaire peut rapporter beaucoup d'argent"

L'ancien Premier ministre Yves Leterme, qui avait piloté le rachat partiel de Fortis Banque par BNP Paribas, voit dans la vente de la part restante, pour 3,25 milliards d'euros, "une nouvelle illustration que le dossier bancaire peut rapporter beaucoup d'argent".

Le gouvernement Leterme avait dû, à l'automne 2008, trouver en quelques jours une solution pour le bancassureur Fortis, alors en grandes difficultés.

La partie néerlandaise avait été nationalisée, tandis que l'Etat belge vendait 75% de Fortis Banque Belgique au groupe français BNP Paribas. Le fait que le gouvernement Di Rupo vende désormais le quart restant pour "une plus-value importante" de 900 millions d'euros est, pour Yves Leterme, "une nouvelle illustration que le dossier bancaire peut rapporter beaucoup d'argent".

"Dans le dossier KBC, aussi, on a enregistré des revenus importants", souligne-t-il. Yves Leterme ne s'avance pas sur le fait de savoir si le gouvernement Di Rupo aurait pu retirer encore plus de l'accord. "Je ne connais pas suffisamment le dossier pour cela."

L'économiste Bruno Colmant a franchement soutenu cette opération de l'Etat belge. Pour lui, la plus-value dégagée est une "preuve" que le sauvetage de la banque il y a cinq ans était une bonne affaire, que Didier Reyners, alors ministre des Finances, avait fait le bon choix.

Belga

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