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L'épidémie de Covid-19 repart à la hausse en France : une situation comparable à la Belgique ?

L'épidémie de Covid-19 repart à la hausse en France : une situation comparable à la Belgique ?

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24 août 2020 à 16:37 - mise à jour 24 août 2020 à 16:373 min
Par Am.C.

4897 : c’est le nombre de cas de coronavirus enregistré en France ces dernières 24 heures. "Nous sommes dans une situation à risques", a mis en garde le ministre de la Santé Olivier Véran dans un entretien au Journal du Dimanche. "Le risque", a-t-il insisté, "c’est que, après avoir enlevé doucement le couvercle de la casserole, l’eau se remette à bouillir".

Si on rapporte ce chiffre à la population française, cela représente davantage de cas recensés qu’en Belgique. Alors que, toutes proportions gardées, il y a moins de tests quotidiens en France qu’en Belgique.


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Simon Dellicour, chercheur au centre d’épidémiologie spatiale de l’ULB, était l’invité de Soir Première ce lundi pour faire le point sur cette question. Pour ce spécialiste, le rebond observé chez nos voisins français représente "plus ou moins le même niveau d’inquiétude qu’en Belgique".

"En Belgique comme en France, ça a commencé à augmenter vers la mi-juillet, analyse-t-il. […] Par contre il y a des différences entre la Belgique et la France. Chez nous l’augmentation du nombre de cas a commencé à se stabiliser vers la mi-août. Alors que globalement, en France, ce n’est pas encore le cas, à part dans certains endroits. Par exemple dans le nord. La deuxième différence c’est que, chez nous, cette augmentation de la circulation du virus s’est déjà reflétée sur le nombre d’hospitalisations, ce qui n’est pas encore le cas en France."

Il y a réellement une recrudescence de la circulation du virus.

Cette augmentation du nombre de cas s’explique, en partie seulement, par l’augmentation du nombre de tests. "Bien sûr qu’une augmentation du nombre de cas positifs peut en partie être en partie attribuée à une augmentation du nombre de tests effectués, souligne Simon Dellicour. Cet aspect empêche la comparaison avec début mars. Par contre, on peut comparer le taux de positivité du test. L’évolution de ce taux montre que, en Belgique comme en France, il y a réellement une recrudescence de la circulation du virus. Ce n’est pas comparable à ce qu’on a observé en mars, mais il y en a quand même une."

Dans ce contexte, mieux vaut rester prudent : "Si ça réaugmente, ça veut dire qu’on s’expose à nouveau à une augmentation des hospitalisations et des décès." Pas facile pourtant faire respecter les mesures quand la situation semble calme sur ces deux fronts. Pourtant, comme le disait Marius Gilbert ce lundi sur Twitter, "considérer que l’on en fait trop contre l’épidémie de Covid-19 au motif d’un niveau faible d’hospitalisations ou de décès tout en acceptant une transmission en hausse, c’est confondre vitesse et accélération."

Et l'épidémiologiste de l'ULB d'ajouter : "Il y a eu au cours des dernières semaines une reprise indiscutable de l’épidémie en termes de cas, d’hospitalisations et de décès. C’est l’augmentation de la vitesse qui justifiait une intervention rapide et ferme, pas le niveau absolu de cette reprise."

Trouver le "point d’équilibre"

Reste donc à "trouver le point d’équilibre" pour permettre un retour à une vie la plus normale possible, tout en empêchant la circulation du virus en l’absence de vaccin pour le contrer. "Il y a différents moyens d’atteindre et de rester à un point d’équilibre (à une vitesse de transmission constante). Dans la gestion de cette épidémie, c’est là qu’est la marge de manœuvre et que peuvent intervenir des choix politiques, économiques et sociaux", estime ainsi Marius Gilbert.

Autre point important : le fait que la capacité de dépistage a augmenté, c’est un atout considérable pour lutter contre le Covid-19. "C’est un outil que nous n’avions pas en mars, détaille Simon Dellicour. A ce moment-là, notre indicateur le plus fiable, c’était l’évolution du nombre d’hospitalisations. Grâce au dépistage – qui peut bien sûr encore être amélioré – on a déplacé dans le temps le curseur de système d’alerte. On a gagné en réactivité."

En clair, une meilleure politique de dépistage et de suivi de contact nous a permis de gagner trois semaines sur le virus.

Comment expliquer le rebond de l’épidémie ?

Quant à savoir ce qui a permis l’augmentation du nombre de cas en cette période estivale, Simon Dellicour met en avant deux facteurs : les rassemblements de populations dans les lieux touristiques et les voyageurs qui ont ramené le Covid-19 de leur lieu de vacances.

"En Belgique on estime que c’est dû à une augmentation du taux de contact chez les 15-40 ans au cours du mois de juillet, mais aussi à une augmentation des infections au sein de clusters communautaires. Ensuite, dans un 2e temps ça a probablement aussi donné lieu à une augmentation des infections au sein des clusters familiaux", conclut le chercheur de l’ULB.

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