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L'agenda Ciné

L'ennemi : thriller intime

L'ennemi : thriller intime
25 janv. 2022 à 04:154 min
Par L'Agenda Ciné

Quand Louis Durieux, un homme politique très en vue aborde pour la première fois sur une terrasse de café Meava Cordiez, une jeune journaliste radio très écoutée, c’est pour lui déclarer : " Je sais que vous êtes la femme de ma vie… On ne se quittera plus jamais… J’en suis convaincu, on est fait pour vivre l’absolu ". Et il la présente comme sa future femme. à son fils qui l’accompagne.

Cette annonce et ce programme envisagé, que la jeune femme prend tout d’abord pour une plaisanterie, vont effectivement devenir réalité.

Leur mariage qui sera commandé par la passion a déjà eu lieu lorsque nous découvrons les protagonistes de ce film. Un mariage fait d'autant de tentatives de fuite que de retours enflammés...  jusqu’au drame, quand Maeva est retrouvée morte dans cette chambre d’un grand hôtel d’Ostende où le couple avait ses habitudes.

Après une garde à vue plus que problématique, Louis, soupçonné d’avoir tué sa femme, est emprisonné.

Mais si tout porte à croire que Louis n’est pas étranger au meurtre de sa femme, que s’est-il vraiment passé cette nuit-là derrière la porte de la chambre 108 ?

Je est un autre

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est pas tout à fait fortuite.

Stephan Streker est en effet parti de l’affaire Bernard Wesphael - cet homme politique wallon qui défraya la chronique, quand accusé d’avoir assassiné sa femme, Véronique Pirotton, à Ostende en 2013, il est acquitté trois ans plus tard – mais pour mieux s’en éloigner. Il n’était nullement question d’ajouter sa pierre et d’essayer d’éclaircir cette affaire.

Le personnage de Louis Durieux, pour lequel Jérémie Renier trouve là un de ses meilleurs rôles, Stephan Streker le dessine à travers ses faits et gestes, mais plus encore par la manière dont ses proches et ses juges (magistrats, médias, codétenus) perçoivent son degré de culpabilité. En cela tous les rôles secondaires, d’Emmanuelle Bercot à Félix Maritaud en passant par Zacharie Chasseriaud, Sam Louwyck et bien sûr Alma Jodorowsky (ils sont tous d’une grande justesse !) nous amènent à nous demander : jusqu’où connaît-on vraiment l’autre ?  Est-ce que soi-même, on se connaît si bien ?

Dès lors, savoir ce qui s’est réellement passé dans la chambre 108, n’est plus l’essentiel. Il s’agit plutôt, à notre tour, de se forger une intime conviction quant à la culpabilité ou non de Louis Durieux

L’Agenda Ciné a rencontré Stephan Streker pour parler de son cinéma et de son film.

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L’Agenda Ciné : Shadow Boxing, Le monde nous appartient, Noces… vos films s’inspirent souvent de faits divers, le cas encore pour L’Ennemi. Qu’est-ce qui vous attire tant dans le fait divers ?

Stephan Streker : J’aime les films qui partent de faits réels, car cela rappelle souvent que dans l’art, ce qui compte c’est le point de vue, le regard. Confiez un même fait divers à trois cinéastes différents et vous aurez trois œuvres différentes.

Ce qui m’intéressait dans l’affaire Bernard Wesphael, c’est le substrat. Je pense que le film est né le jour où j’ai rencontré deux êtres humains, que j’aime et que je respecte énormément, qui m’ont défendu bec ongle et ongle leur position. L’un persuadé de l’innocence du personnage de cette histoire réelle, l’autre de sa culpabilité. Je me suis rendu compte que leur point de vue en disait plus sur eux-mêmes que la réalité… ce que je fais dire à l’un de mes personnages, le prisonnier interprété par Sam Louwick !

  

Dans votre film, il semble que les moments les plus forts de vérité sont ceux qui prennent place en prison.

Tout à fait. Et même de liberté, bizarrement.

On est dans la pure fiction. Mais dans cette prison, j’étais heureux de mettre ensemble un homme politique et un droit commun… la lutte des classes en quelque sorte ! Privés de l’essentiel, la liberté, ils sont d’une certaine manière tout à fait à égalité.  

C’était un moyen de créer une dynamique entre ces deux personnages, de dire des choses qui me semblaient importantes et qui dépassent très largement l’affaire.

À la limite je dirais que le vrai sujet de L’Ennemi, c’est la Belgique, dans la mesure où c’est une histoire qui est totalement, in-té-gra-le-ment belge, jusque dans les moindres détails. Elle en dit beaucoup sur notre pays.

Le fait par exemple que la culture soit à ce point séparée entre les deux communautés, c’est aussi le sujet du film.

 

Tous les personnages de votre film disent quelque chose de ce couple, à travers eux on regarde le couple que forment Louis et Maeva.

En effet, c’est exactement ça.

Dans le cinéma ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est l’intime que je définirais par la relation de soi à soi. Autrement dit, qui sommes-nous quand nous sommes tout seuls ? Qui sommes-nous quand on se regarde dans la glace ?

Sur ce point-là, je voulais être très juste, sans dire ce qui s’était réellement passé dans cette chambre. Là était le tour de force.

Et si Jérémie Renier va extrêmement loin dans les émotions les plus intimes, les plus personnelles… on ne sait quand même pas ce qui s’est passé.  

Si l’alcool n’avait pas existé, le drame n’aurait pas eu lieu… c’est la seule remarque que je me suis autorisé à faire sur la vraie histoire. Je ne m’autorise rien d’autre. Si vous voulez vraiment chercher un coupable dans ce film : c’est l’alcool.

 

L’Ennemi de Stephan Streker a été doublement primé au London Film Week en remportant le Prix du Meilleur Film et du Meilleur Acteur décerné à Jérémie Renier. Un drame aux accents de thriller, à voir absolument.

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