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L'Empire du Silence : un film dans l'espoir d'en briser la loi

L'Empire du Silence : un film dans l'espoir d'en briser la loi
18 janv. 2022 à 04:154 min
Par L'Agenda Ciné

Le Congo est le cœur battant et vibrant de la filmographie de Thierry Michel. Après lui avoir consacré trente années de sa vie au fil des 13 films, sur les 23, qu’il réalise (principalement des documentaires, mais aussi des fictions), le réalisateur belge conclut cette forme d’épopée en signant L’Empire du Silence, un film " bilan ", sur l’histoire de ce pays si beau, si puissant et surtout si meurtri.  

Pour parler de son cinéma, Thierry Michel déclare : " Je suis à l’intersection du cinéma – j’essaye de développer une dramaturgie à travers la musique, les paysages, les personnages, le déroulement de toute l’histoire - et du journalisme, où là, je dois essayer d’aller trouver le ver dans le fruit et d’en extraire le meilleur. "

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L’Agenda Ciné est parti à la rencontre du cinéaste, qui nous parle de son film, L’Empire du Silence, et de ses espoirs.

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L’Agenda Ciné : Qu’est-ce qui vous attache tant à ce pays pour en avoir consacré autant de fictions et de documentaires ? 13 au total !

Thierry Michel : Je ne dirais pas que je suis attaché particulièrement au Congo.

Je suis un témoin privilégié de l’histoire congolaise. J’ai essayé d’en raconter les 30 dernières années, et même au-delà puisque le film Mobutu, roi du Zaïre remonte toute la période postcoloniale.

Je suis là comme un observateur, cinéaste, journaliste, dramaturge observatoire d’une grande saga shakespearienne en plein cœur de l’Afrique dans un paysage majestueux, qui est un paradis sur terre et dont on a réussi à faire un enfer.

Une saga avec des personnages invraisemblables, de Mobutu, bien évidemment, grand prince machiavélien déchu, à Kabila qui prend sa succession, mais qui en même temps est la marionnette de pays et de dirigeants étrangers. Kabila qui trahira ensuite ses maîtres, ce qui engendrera une nouvelle guerre. Il sera tué par son garde du corps qui à son tour sera tué.

Puis le fils de Kabila prendra la succession, comme dans une monarchie, alors que l’on est dans une république. Celui-ci reste au pouvoir, alors qu’il y a une constitution qui ne l’autorise pas à poursuivre son rôle de presque potentat, lui qui s’est installé par le crime, par le sang, par la prédation…

Tout cela avec pour toile de fond un pays, qui se trouve être l’un des pays les plus riches du monde. Le Congo a tout : les plus grandes forêts, poumons de l’humanité, l’un des fleuves les plus puissants qui peut donner de l’électricité à toute l’Afrique et de quoi, étant sur l’équateur, permettre en agriculture deux récoltes par an, si les routes, les voies navigables et les voies de chemin de fer étaient un peu convenables… ce qui n’est pas le cas.

Surtout, c’est un coffre-fort de matières premières éminemment stratégiques, nécessaires à toutes les industries de pointe aujourd’hui.

Et un pays qui par ses paysages est également cinématographiquement puissant !

J’ai donc essayé de faire un film où je remonte l’histoire de cette tragédie congolaise sur les 25 dernières années. Une histoire très éclatée pour laquelle les gens n’ont que des images éparses et où il est donc difficile d’en comprendre les enchaînements, les enjeux et les tenants et aboutissants… avec de surcroît une loi du silence !

Avec cette grande question : pourquoi ces images-là n’ont-elles pas été plus diffusées ? Pourquoi cette guerre n’a-t-elle pas été plus connue, plus médiatisée ?  Alors que quand on est au Moyen-Orient, en Irak, en Syrie, en Palestine… on sait le détail du détail !  

 

Vous avez la réponse à cette question ?

Oui ! Ce sont les intérêts géostratégiques de cette région centrale d’Afrique immensément riche, où l’on trouve le coltan, le niobium, le cuivre bien sûr, l’uranium, le zinc, l’or, le diamant… Se joue là une guerre économique fondamentale entre les pays occidentaux et les pays asiatiques, principalement la Chine, mais aussi la Russie.

Ce sont également des enjeux géopolitiques redoutables entre la francophonie et le monde anglo-saxon ; ce qu’a révélé la question rwandaise.

Et puis il y a la peur d’indisposer les grands de ce monde.

 

Votre film révèle aussi le rôle peu efficient des Nations Unie...

Ce film est une tragédie sur fond de comédie… comédie que l’on doit à la communauté internationale et sa forme de complicité passive, malgré ce qui pourra être dit sur sa présence : que c’était la plus grande opération de l’histoire des Nations Unies, avec ces 20 ans passés sur place, ces 20.000 hommes, Casques bleus, là en observation, avec son budget annuel de 1,5 milliard x 20… !

On dira aussi qu’elle fait ce qu’elle peut. Sauf qu’elle ne cite pas le nom des criminels, n’engendre pas de processus de justice et fait de l’observation des massacres qui s’y passe…  

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N'êtes-vous pas désespéré de tout cela ?

Si je fais le film, c’est que je ne suis pas désespéré ! J’ai l’optimisme de la volonté, sinon je serais dans la désespérance absolue.

Et je ne suis pas désespéré, parce que je viens d’aller au Congo présenter le film et que j’ai vu comment ce film opère sur des jeunes qui sont révoltés. Une dynamique se met en place.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris tout au long de ces années à travailler sur ce sujet ?

La capacité de résilience de l’être humain dans des situations parfois les plus abjectes.

Dans ce combat permanent entre Éros et Thanatos, entre l’instinct de vie et l’instinct de mort, comment l’instinct de vie peut neutraliser les pulsions les plus sordides que l’on puisse avoir et permettre aux gens de se reconstruire.

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