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L'élection de Donald Trump a-t-elle augmenté le racisme?

Pierre-Guillaume Meon
18 janv. 2018 à 10:38Temps de lecture3 min
Par RTBF La Prem1ère

Il y a un an, Donald Trump était investi président des États-Unis d'Amérique. Pierre-Guillaume Meon, professeur d'économie à l'ULB, a mené une étude avec avec Marco Giani, de la London School of Economics sur le racisme, Trump et les Européens.

Interrogé sur La Première, Pierre-Guillaume Meon explique que "dès l'élection de Donald Trump, on a trouvé dans la presse des interrogations sur les conséquences de l'élection de Donald Trump sur le reste du monde. Pour donner un exemple, à la fin du mois de novembre 2016, le Guardian comptait parmi les 10 principaux risques de l'élection de Donald Trump pour l'Europe, le fait d'une contagion de ses idées racistes et de ses idées populistes".

"En regardant une enquête qui tombait en plein milieu de l'élection, on observe une propension plus importante des personnes interrogées à révéler des opinions racistes. Les langues se délient. Je ne peux pas dire avec certitude que c'est le racisme qui a augmenté, ou simplement le fait d'être raciste de la même façon, mais de l'exprimer plus facilement. Mais on observe que les réponses dans cette enquête, qui porte sur beaucoup de choses, et en particulier sur l'immigration, différencient davantage les migrants 'du même groupe ethnique que la majorité du pays', et les migrants 'd'un autre groupe ethnique'".

Cela peut s'expliquer par d'autres facteurs que Trump : les problèmes économiques, la crise des migrants, les attentats à répétition peuvent polariser et rendre les gens xénophobes. "C'est pour ça qu'il faut être très précis lorsqu'on essaye de mesurer ce qu'on a voulu mesurer. On a utilisé une enquête annuelle menée en Europe (l"European social survey"), sur plusieurs semaines, dans 18 pays. Et dans 14 de ces pays, l'enquête se déroulait autour de l'élection. Les personnes interrogées sont tirées au hasard, donc on peut comparer celles qui ont été interrogées avant et après l'élection de Donald Trump, et c'est ce qu'on fait. Vu qu'ils sont tirés au hasard ces gens-là, on peut procéder comme on procéderait dans les études médicales, où on a un groupe témoin, et puis un groupe qui est traité, au hasard, et on les compare. Et on voit très clairement qu'il se passe quelque chose autour du 16 novembre 2016, le jour de l'élection de Donald Trump, et comme on observe ça dans 14 pays, on ne peut pas imaginer que ce soit un événement national qui ait provoqué localement un effet".

Donald Trump se défend régulièrement d'être raciste. Mais, "au cours de sa campagne, il a quand même mis un point d'honneur à tenir des propos qu'on peut difficilement qualifier d'humanistes. Il a systématiquement pris à partie les Mexicains, les musulmans ; c'est une parole qu'on peut qualifier de raciste, ou en tous cas qui va dans un sens qu'on peut qualifier de raciste, et qui peut libérer d'autres propos plus radicaux" poursuit le chercheur.

Mesurer le racisme

"La Belgique est un des pays où on voit l'effet le plus clairement. Ce ne sont pas des effets qui sont massifs, mais il faut vous rappeler que ce qu'on observe c'est l'effet du fait de s'être couché un soir sans savoir que Donald Trump était président et de se réveiller le matin en sachant que c'était lui qui allait être président. C'est un effet qui est fatalement petit, qui en Belgique est bien mesuré. Et c'est un effet qui se rajoute à l'effet de la campagne, à l'effet des mesures qui ont été prises, de tous les propos qui ont été tenus sur tous les médias qui sont à la disposition et à l'écoute de Donald Trump depuis l'élection. Donc si cette nouvelle elle-même a un effet, on peut imaginer que l'effet de la campagne, des mesures, des propos, vont bien plus loin" explique Pierre-Guillaume Meon.

Dans l'étude, "on ne distingue pas des gens qui seraient racistes ou pas. Ce qu'on fait c'est qu'on profite de 2 questions de l'enquête pour mesurer le racisme. Il y a une question qui demande aux gens 'est-ce que vous êtes opposé un peu, beaucoup, etc., sur une échelle, à l'immigration ?'. Et on pose une première fois la question au sujet de migrants du même groupe ethnique que la majorité du pays, et une deuxième fois la même question, mais avec des migrants d'un autre groupe ethnique. Et l'écart entre les deux, c'est simplement une question de race, enfin de groupe ethnique, et donc si on observe des réponses différentes, elles mesurent une forme de racisme".

Consulter l'étude (en anglais)