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Belgique

L'avortement: progrès ou régression ?

L'avortement: progrès ou régression ?
29 mars 2010 à 14:463 min
Par RTBF

Ce dimanche après-midi, les opposants à l'avortement manifesteront avec une "marche pour la vie" dans les rues de Bruxelles. L'occasion de "ne pas passer sous silence l'anniversaire de la dépénalisation de l'avortement" comme l'explique Anthony Burckhardt, organisateur de la marche.

Cette manifestation permettra également de demander deux choses aux autorités publiques : "L'abrogation de la loi, on pense que c'est une mauvaise loi parce qu'elle prive l'enfant à naître d'une protection juridique et parce qu'elle envoie un très mauvais message aux personnes handicapées. Et nous voulons aussi témoigner pour toutes ces femmes qui ont été contraintes d'avorter" précise l'organisateur.

La notion de liberté au centre du débat

Les mots sont lâchés : "meurtre", "des enfants jetés à la poubelle", "violence", "drame"... Des propos qui font bondir Dominique Roynet, gynécologue et administratrice du Groupe d'actions des centres extrahospitaliers pratiquant des avortements : "Il ne s'agit pas de tuer un enfant, il s'agit du droit fondamental des femmes à avoir un enfant quand elles le veulent,  si elles le veulent et avec qui elles le veulent. Nous sommes aussi pour la vie et nous sommes aussi pour la liberté" clame-t-elle. "C'est un discours qui ne sert qu'à faire culpabiliser les femmes" a-t-elle ajouté.

"La femme ayant dû subir un avortement est-elle vraiment libre ? C'est aussi la question", s'interroge Carine Brochier, administratrice de l'Institut européen de bioéthique. "La liberté de choix n'existe pas, c'est un choix qu'on fait en dernier recours. Nous devons mettre en place des ressources financières pour les étudiantes, et remettre les hommes dans le débat" a-t-elle avancé.

A qui la faute ?

La "marche pour la vie" est soutenue par Monseigneur Léonard et plusieurs dignitaires religieux, catholiques ou musulmans. Comme l'explique Eric De Beukelaer, porte-parole des évêques de Belgique, l'Eglise s'est toujours positionnée en faveur de la vie, et n'a jamais reconnu l'avortement. "Je crois qu'il s'agit pour tous de marcher pour la vie, mais il faut savoir pour quelle vie. L'Eglise catholique soutient cette marche en disant qu'il y a là un cri qui mérite d'être entendu. Le débat d'aujourd'hui pose une question politique majeure : à partir de quand la vie humaine est protégée par l'Etat ? Je dirais qu'avec cette loi, durant près d'un tiers de la grossesse, celle-ci n'est pas protégée. On ne met pas de limites", s'est exprimé l'homme d'Eglise.

Yacob Mahi, professeur de religion islamique, pointe la faute de la société, "nous sommes dans une société postmoderne où le tout relatif prend le dessus, tout est réduit à des valeurs marchandes : tout s'achète et tout se vend - même la dignité des hommes - il est important que l'on maintienne les fondements de l'édifice social qui est la famille".

Même combat qu'il y a 20 ans

Et Laurette Onkelinx, ministre de la Santé, de recadrer les choses : "Le débat d'aujourd'hui était le même à l'époque. La loi était ouvertement contournée, l'avortement se pratiquait. Une femme en détresse quand elle veut se faire avorter, elle le fait. La loi était ouvertement critiquée  et il y a avait une situation de non-droit parce qu'au cur de ce débat, il y avait cette souffrance".

Pour Catherine Fonck, vice-présidente du cdH, la valeur de la vie prône sur tout, "pour toutes, l'IVG est quelque chose de difficile et pour toute une série de femmes, un monde s'écroule lorsque elles apprennent qu'elles sont enceintes. Je ne suis pas du tout pour le fait que l'on revienne en arrière par rapport à la loi. Mais qu'on garde un accompagnement très intense par rapport à ces femmes et que sur le plan politique on inverse la tendance actuelle", tout en annoncant des chiffres sur l'avortement en Belgique qui sur ces cinq dernières années ont augmenté de 20 %.

"L'avortement, c'est aussi un échec des politiques en amont parce que la vrai liberté de la femme, c'est de pouvoir éviter des grossesses non désirées", a ajouté la ministre qui est également médecin.

Près de 18 000 avortements par an en Belgique

Pour Dominique Roynet, ces chiffres sont "une malhonnête intellectuelle". "Quand la loi a mis en place la commission sénatoriale d'évaluation de l'avortement, de deux ans en deux ans, les chiffres ont augmenté, ce qui est un effet de signalement. Si vous regardez le nombre de curetages effectués, ils ont diminués exactement dans la proportion de l'augmentation du nombre d'avortements. Autrement dit, le nombre total de grossesses qui sont interrompues - sous le vocable hypocrite de curetage ou sous le vocable officiel d'avortement - sont restés exactement les mêmes depuis 25 ans, ce sont les chiffres de l'INAMI. Et par ailleurs même à 18 000, il reste un des plus faible d'Europe", dénonce la gynécologue.

Certains pays européens tels que l'Irlande, Malte, Chypre ou encore la Pologne pénalisent toujours très sévèrement l'avortement.

Le 1er avril, auront lieu une marche de solidarité pour le droit l'avortement en Europe, puis un colloque à l'ULB intitulé "De la subversion au droit".

 

Mélanie De Nora

 

 

 

 

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