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L'autoritarisme du Premier ministre Erdogan, source de la colère turque

Recep Tayyip Erdogan et son épouse, Emine lors d'une cérémonie aux abords du Bosphore

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02 juin 2013 à 15:07Temps de lecture2 min
Par AFP

"C'est un mouvement populaire sans précédent, soudain (...) qui résulte de la frustration et de la déception des franges laïques de la société qui ne peuvent plus influer sur la vie publique depuis dix ans", estime Sinan Ulgen, un activiste de la fondation Carnegie Europe.

Issu de la mouvance islamiste, le Parti de la justice et du développement (AKP) a été porté au pouvoir en 2002 par une Turquie qu'avaient épuisée une crise financière et l'instabilité politique elle-même nourrie par les interventions de l'armée dans la vie publique.

En dix ans, son gouvernement est parvenu à multiplier par trois le revenu par habitant grâce à une croissance économique qui a dépassé les 8% en 2010 et 2011, a généralisé l'accès à l'éducation ou la santé et mis l'armée au pas. Mais il a aussi fait entrer la religion dans l'espace public, au grand dam des tenants de République laïque.

La frustration des laïcs

Le voile islamique a été autorisé dans certaines universités. Le pianiste virtuose Fazil Say a été condamné pour blasphème après une série de tweets moquant la religion musulmane. La semaine dernière, le gouvernement a fait voter une loi qui interdit la vente d'alcool à proximité des mosquées et des écoles. La liste est longue, sans compter les tentatives pour limiter le droit à l'avortement ou prohiber l'adultère.

"Nouveau sultan"

De nombreux manifestants d'Istanbul, d'Ankara et des autres villes turques ont exprimé ce ras-le-bol face à un pouvoir qui, disent-ils, veut leur "imposer sa façon de vivre".

De leur côté, la gauche et l'extrême gauche ont aussi dénoncé la répression exercée par les autorités, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Des milliers de personnes, dont des avocats, étudiants ou journalistes, sont détenues dans l'attente d'un procès pour leur soutien à la cause kurde.

Tous montrent du doigt la dérive autoritaire d'un pouvoir fort de ses succès électoraux. Face à une opposition dépassée, le parti de M. Erdogan a largement remporté les élections législatives de 2007 et 2011, avec 47% et 50% des voix.

Contraint par les règles de l'AKP à céder la direction du gouvernement en 2015, M. Erdogan ne cache plus son intention de briguer l'an prochain le poste de président, qui sera pour la première fois élu au suffrage universel.

Ses adversaires raillent déjà un "nouveau sultan" et ses projets pharaoniques lancés ces derniers mois à Istanbul, comme le troisième pont sur le Bosphore et le futur aéroport géant de cette ville.

"M. Erdogan n'accepte aucune limite à son pouvoir de chef de la majorité", note Ilter Turan, "il considère que tout ce qu'il fait est le fruit de la volonté démocratique".

Certains veulent toutefois croire que les événements des trois derniers jours ont changé la donne. "La vague de protestation de Taksim a écorné pour la première fois l'image de toute-puissance du Premier ministre", a écrit dimanche l'éditorialiste Murat Yeykin, du quotidien libéral de langue anglaise Hürriyet Dailynews.

AFP

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