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Le moment musical

L'athlétique musicale

L'athlétique musicale
22 janv. 2019 à 17:41 - mise à jour 22 janv. 2019 à 17:41Temps de lecture1 min
Par Camille DE RIJCK

La main, dans ce charivari n’est qu’un modeste contributeur. Un intervenant anecdotique. Elle n’est jamais que quelques grammes de chairs, d’os, de ligaments et de cartilage qui, sans le cerveau, baillerait aux corneilles comme une choucroute fumante.

À dire vrai, le corps lui-même n’est pas un acteur très remarquable du processus de composition. Voilà pourquoi tant de grands esprits de la musique n’étaient que de malingres petites choses, chétives et délicates, poitrinaires et frissonnant de fluxion, tout entiers soumis aux tourbillonnements de leurs cerveaux. Chopin, sous ses couettes, à Malaga, n’en menait pas large. Peut-être même s’était-il résolu à ne plus penser à ce corps qui décidément l’avait toujours trahi, pour s’abandonner de confiance aux volutes de son psychisme.

À ne pas être athlète par ses biceps, mais par les prodiges tout aussi remarquables de l’esprit.

Cela, on peut le dire des compositeurs. Mais on ne leur doit jamais que cinquante pour cent du plaisir musical. L’autre partie est l’office des interprètes. Or ceux-ci, sous des dehors parfois ingrats, sont des athlètes, de spectaculaires bestiaux de compétition, qui bombent des muscles lovés au cœur de leurs mains ou de leurs bras et dont nous ignorons jusqu’à l’existence.

Derrière ce pianiste russe de cent trente kilos, derrière cette soprano sphérique, se cachent pourtant des sportifs de haut niveau. Des terriens qui inlassablement œuvrent à l’agilité de doigts pourtant boudinés ou à la délicate fléchissement des diaphragmes les plus surentraînés. Il y a derrière ces fracs, derrière ces robes de concert - émeraudes ou écarlates - des kilotonnes de ligaments surentraînés qui permettent la voltige d’un archet comme on manie le fleuret ou l’apparition d’un accord de septième de dominante comme on lançait le poids en Olympie. 

Quand nos oreilles s’émeuvent de l’architecture des œuvres et que nous sourions, tout épatés par les fulgurances de leurs compositeurs, n’oublions jamais ce statut de l’interprète qui, comme l’hippopotame de Fantasia défie par sa grâce les lois les plus contrariantes de l’élémentaire pesanteur des notes.

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