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L'armée en prison? "J'imagine que c'est pour faire le vrai travail des agents pénitentiaires"

L'armée dans les prisons? "J'imagine que c'est pour faire le vrai travail des agents pénitentiaires"
09 mai 2016 à 07:29 - mise à jour 09 mai 2016 à 07:292 min
Par Wahoub Fayoumi

Marc Dizier directeur de la prison d'Andenne et président de l'association des directeurs de prisons francophones était l'invité de Matin première ce lundi. Il réagissait aux derniers développements dans l'épineux dossier prisons.

L'armée dans les prisons, c'est un peu la Corée du Nord? Marc Dizier a eu cette réaction hier dimanche. Ce lundi, il tempère: "Je serai un peu plus nuancé ce matin. Nous sommes dans une situation d'urgence et les détenus n'ont plus bénéficié du minimum des  droits que la loi leur accorde depuis deux semaines. Dans un établissement comme le mien, ils ont juste bénéficié de la distribution de médicaments et de repas. Il s'agit d'une situation de déni de droit... La décision prise peut répondre à cette situation d'urgence."

Il s'agit d'une situation de déni de droit

"En 26 ans je n'ai jamais vu ça", ajoute-t-il cependant. Des policiers en prison, oui, mais des militaires, "je pensais que c'était une blague, et les premières images qui se sont bousculées dans mon esprit ce sont des images de films, ou des images d'actualité, où quand ce sont des militaires qui viennent, ça se passe rarement dans des pays démocratiques."

Effectuer le travail des agents pénitentiaires

Mais, ajoute-t-il, "on a eu des précisions: il s'agira d'une mission humanitaire et non pas une mission de sécurité." Le directeur de la prison d'Andenne se dit en attente d'instructions pour voir comment collaborer avec eux. "J'imagine, à partir du moment qu'on nous annonce des tâches humanitaires, que c'est la possibilité d'octroyer des préaux et des visites aux détenus. Les policiers ne font pas le travail des agents. Donc, si on appelle les militaires à la rescousse, j'imagine que c'est pour faire le travail des agents pénitentiaires, c'est à dire aller au contact des détenus, et garantir le respect de leurs droits fondamentaux." Les militaires ont des spécificités, mais "il faudra quelques heures, voire quelques jours pour les aguerrir au travail d'agent."

Marc Dizier le confirme, l'atmosphère dans les prisons, la sienne y compris, est électrique. Mais peut-être moins qu'ailleurs: "A Andenne, la plupart des détenus sont seuls en cellule, mais dans d'autres établissements, ils sont deux, trois, parfois quatre, sans point d'eau, avec un seau dans la pièce."  Le directeur de la prison d'Andenne rappelle que le Comité de prévention de la torture a déjà alerté la Belgique sur ces conditions humainement intolérables.

10 à 15% d'absentéisme

Pas de préau, pas de visites ni de douches... Marc Dizier ajoute que l'un des problèmes, c'est aussi l'absence de drogues... Une remarque qui ajoute un trait à un tableau déjà bien négatif: "On le sait, dans nos établissements, la drogue est là, et permet aux détenus de passer le temps, et puisqu'il n'y a pas de visites, des détenus sont en manque."

Quant au fond du dossier, il précise que les projets du ministre de la Justice, c'est-à-dire 10% du personnel en moins, ne sont pas négatifs en soi, mais vont être difficiles à appliquer en l'état: "La condition est que le personnel soit présent, car nous travaillons déjà avec 10 à 15% d'absentéisme..." Si la diminution de personnel s'ajoute à ce problème d'absentéisme, Marc Dizier estime que cela ne pourra pas fonctionner.

Conclusion de cette crise? "C'est la démonstration par l'absurde" qu'un service minimum, dont les modalités et l'appellation restent à déterminer, est nécessaire, conclut-il.