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Psychologie

L'anxiété alimentaire : quand l'alimentation devient une préoccupation excessive

L'anxiété alimentaire : quand l'alimentation devient une préoccupation excessive.
11 juil. 2022 à 12:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Vous ne souffrez pas de troubles du comportement alimentaires comme l'anorexie ou la boulimie. Pour autant, votre rapport à la nourriture n'est pas entièrement sain et serein. Vous êtes alors dans un entre-deux, une "zone grise", celle de l'anxiété alimentaire, caractérisée par une préoccupation excessive de l'alimentation et du corps.

Un comportement qui toucherait pratiquement une femme sur deux, comme l'explique le Dr Fanny Jacq, médecin psychiatre et directrice santé mentale de Qare.

 

  • Quelles sont les personnes généralement touchées par l'anxiété alimentaire ?

Le profil type est une femme jeune, urbaine, périurbaine, active et hyperconnectée. Il touche 44% des femmes et monte jusqu'à 60% chez les 16-25 ans. Je pense que cela touche aussi les femmes plus âgées mais elles sont habituées à vivre avec. Par exemple, ça leur paraît normal de faire un régime avant l'été, de faire le yoyo des saisons.

  • Dans quelle mesure les réseaux sociaux influencent-ils l'anxiété alimentaire ?

Au moment de l'émergence du smartphone en 2006, on a vu une recrudescence des problématiques alimentaires. Avant, on ne se prenait pas en photo tous les jours. Ces dernières années, au fil de l'émergence des réseaux sociaux, des filtres, du "corps parfait", les hommes doivent être musclés et les femmes doivent être minces et bronzées. Tout cela entraîne une insatisfaction générale liée à l'apparence physique.

  • Est-ce que l'anxiété alimentaire peut être la partie visible d'un mal plus profond ?

Pour moi, c'est la partie émergée de l'iceberg. Souvent, on est dans une problématique autour de la confiance en soi. Il n'y a pas que le rapport à l'alimentation et à son rapport au corps, il y a des filtres esthétiques. 

À force de se voir à travers des filtres sur les réseaux sociaux, cela entraîne du dimorphisme, ne plus se supporter quand on se voit dans la vraie vie. C'est une problématique liée à soi-même, à son corps, à son apparence. Il y a un décalage entre le fantasme et la réalité.

Quand on creuse, ce sont des femmes qui n'ont pas une grande confiance en elles, qui ne sont pas affirmées, qui ne sont pas bien dans leur peau de façon générale, dans la tête et dans leur corps.

  • Pourquoi faire un focus sur l'alimentation ?

Cela dépend des personnalités mais il y a une part de responsabilité des réseaux et des médias. Juste avant l'été, on est inondé par les régimes de l'été. Des photos d'hommes musclés, des femmes minces en bikini. Il y a moins de tutos make-up, coiffures, vêtements. Il y a un culte du corps mais qui date d'une centaine d'années.

Depuis 1920, on est resté sur un culte du corps féminin plutôt mince. Pendant la période de l'entre deux guerres, les femmes ont pris du pouvoir car il y avait moins d'hommes. Alors, il a fallu la gommer, la rapetisser. On est partis sur des corps de femmes minces, contraints avec les gaines et corsets, en souffrance avec les talons aiguilles. Cela fait une centaine d'années qu'il y a des petites variations et que ça reste comme ça.

  • Comment limiter l'apparition de l'anxiété alimentaire ?

Il faut travailler autour de la confiance en soi, aussi bien sur le physique que le mental, au-delà de l'anxiété alimentaire. Il faut essayer de se détacher de cette histoire pré-estivale des mois de mai, juin, juillet et de prendre soin de son corps toute l'année. Il faut apprécier son corps tout au long de l'année, avoir un regard bienveillant sur son corps quand on se regarde dans une glace. 

J'aime dire que c'est une sorte de vaisseau qui nous transporte du point zéro de la naissance au point de la mort. Il faut que ce soit notre copain, être sympa avec lui tout au long de l'année. Il faut en prendre soin, il faut lui mettre de la crème, il faut se faire masser. Il faut essayer de manger équilibré, faire un peu de sport, juste pour l'entretenir.

La dernière chose, c'est de savoir si on souffre d'anxiété alimentaire et dans ce cas, consulter un professionnel de santé, faire une consultation ou une téléconsultation.

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