RTBFPasser au contenu
Rechercher

" L’alcoolisme, c’est une vraie maladie. S'en sortir, ce n’est pas juste une question de volonté "

Loading...

On a souvent tendance à dire aux personnes qui souffrent d’une maladie mentale " secoue-toi, c’est dans ta tête ! ". Or, les maladies mentales, moins visibles sans doute, ont un impact énorme sur la vie de ceux et celles qui en souffrent et sur leur entourage. Marie Vancutsem est allée à la rencontre de personnes touchées par une maladie mentale, et de leur psychologue ou psychiatre. Dans ce deuxième épisode de "C’est dans la tête", elle explore les addictions et la dépendance, et plus particulièrement l’alcoolisme.

Pour illustrer cette maladie, Daniel, 64 ans a accepté de partager son parcours et son combat contre l’alcool. Il est abstinent depuis 4 ans et dix mois, mais le chemin a été long. 18 cures de sevrage ont jalonné son parcours.

Daniel a perdu son fils il y a 17 ans, dans un accident. Cet évènement tragique l’a plongé dans une grave dépression. L’alcool, déjà très présent dans sa vie, a alors pris toute la place et les conséquences ont été dévastatrices : ça m’a fait perdre mon boulot, j’ai divorcé, l’alcool a changé beaucoup de choses ".

Un jour, sa fille lui a demandé de se soigner car sa dépendance devenait trop envahissante, pesait sur leur famille et posait beaucoup de problèmes.

 

La nuance entre addiction et la dépendance

Caroline Vermeire, psychiatre, travaille au service d’addictologie de la clinique de la forêt de Soignes.

Elle explique qu’il faut distinguer la notion d’addiction de celle de dépendance : "un patient qui souffre d’addiction c’est un patient qui consomme excessivement une substance, en sachant qu’il y a des répercussions négatives."

Dans la dépendance, on est un pas plus loin : il faut un véritable sevrage avec un traitement médicamenteux sous peine de subir une série de symptômes de manque. Dans l'alcoolisme, on parle entre autres de tremblements ou de crises d'épilepsie.

Daniel explique que pour lui, la première cure a probablement été la plus difficile : " C’était tout nouveau pour moi, mais après celle-là j’ai tenu un an et demi en étant abstinent. J’ai bêtement recommencé à un nouvel an en buvant une flûte de champagne, j’étais dans le déni de ça. Je pensais que j'étais le plus fort, mais non. L’alcool était plus fort."

Ces allers-retours en cure, ces rechutes font partie d’un cycle assez classique dans la dépendance. Il faut du temps pour qu'un déclic se fasse. Malgré tout, le patient n'est jamais à l'abri d'une rechute, comme l'explique Caroline Vermeire.  

 

Il y a toujours ce risque de rechute car dans le cerveau on a toujours cette idée que cette consommation était géniale et donc on ne peut pas parler de guérison mais plutôt de maintien.

Pas juste une histoire de volonté

Le déclic, pour Daniel, ça a été un travail sur lui-même. L’alcool était bien le problème, mais il y avait autre chose à défricher chez lui : un problème de gestion des émotions.

La première psychiatre m’a fait comprendre que je devais d’abord travailler sur ma colère.  En fait, j’étais en colère sur moi, sur tout le monde, sur tout en fait."

S’il n’existe pas de remède miracle contre la dépendance, chaque patient peut trouver à travers la thérapie un système pour contrôler ses envies irrépressibles de consommer le produit.

"Certains vont courir, certains prennent une douche, d'autres jardinent ou promènent leurs chiens, ce que je fais aussi. Parfois il faut se forcer, c’est tout un travail sur soi qu’il faut faire."

Daniel anime également un groupe de parole pour alcooliques abstinents depuis deux ans, ce qui l'aide beaucoup aussi. Il se sent utile en soutenant les autres. 

Une idée bien ancrée dans la tête des gens, c'est que la volonté serait l'unique voie pour la guérison. Mais Caroline Vermeire l'explique, c'est une vision très réductrice.

On entend toujours "il n'a qu’à arrêter, c’est juste une question de volonté,". Ce n’est pas juste une question de volonté, c’est une vraie maladie, il y a des modifications neurobiologiques.

Malgré tout, il est clair pour la psychiatre que la motivation au changement est essentielle.

" La première étape est de jouer sur le travail motivationnel, systémique. Il y a une série de médicaments qui peuvent diminuer ce sentiment de récompense après le produit. Mais la toute première étape, c'est de savoir si le patient a envie de changer."

Daniel l'illustre d'ailleurs en parlant de son expérience : 

On peut dire oui je ne vais plus boire, mais quand l’alcool est dans la tête, c’est un besoin irrésistible de consommer, ça s'appelle le "craving", et on ne sait pas résister à ça.

 

Un combat qui ne s’arrête jamais

Au bout de 18 cures, Daniel a donc finalement le fameux déclic, indispensable pour le maintien de l’abstinence et la restauration des liens détruits pendant cette longue période d'alcoolisme. Sa fille avait coupé les ponts avec lui. Il n’a pas été convié à son mariage, n’a pas vu sa première petite fille pendant 1 an et demi. Aujourd’hui, les liens sont rétablis.

Caroline Vermeire souligne qu’il est généralement très dur pour l’entourage de savoir comment réagir.

"On remarque souvent un isolement où les familles se sentent totalement impuissantes, parce qu’il y a ce déni et donc on ne peut pas forcer, attacher et sevrer le patient. Il faut maintenir le lien avec lui, sans l’accuser. "

Pour les personnes qui souffrent de dépendance, on ne pourra jamais parler de guérison. Daniel explique qu’il doit toujours être sur ses gardes. 

"Je suis toujours méfiant, j’ai essayé une fois à un nouvel an de boire du mojito sans alcool avec mon fils, j’ai directement repris un deuxième verre, et j’ai dit c’est fini ça, c’est trop dangereux. Même sans alcool, avec les boissons qui se boivent de la même façon, l’idée est là et le besoin se fait directement sentir."

Daniel devra sans doute être vigilant toute sa vie, mais cette vie, elle a retrouvé toute sa saveur depuis qu’il ne touche plus à l’alcool.

 

 

Sur le même sujet

Quand l’alcool fout les jeunes en l’air

Belgique

Bipolarité : " Il y a autant de troubles bipolaires que de personnes "

Matin Première

Articles recommandés pour vous