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L'âgisme et le mouton

L’âgisme et le mouton
21 août 2021 à 12:0010 min
Par Fabienne Vande Meerssche

Ce samedi 21 août 2021, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Stéphane Adam, neurospychologue, chargé de cours à l’Université de Liège et responsable de l’Unité de Psychologie de la Sénescence & Fanny Hontoir, médecin vétérinaire et Chargée de Recherches FNRS à l'Université de Namur dans l'équipe de recherche OASIS - NARILIS.

 

DIFFUSION : samedi 21 août 2021 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 22 août 2021 à 23h10’

Stéphane Adam

Stéphane Adam

Stéphane Adam est chargé de cours à l’Université de Liège, où il est aussi responsable de l’Unité de Psychologie de la Sénescence.

Son parcours l’a fait osciller entre le monde de la recherche et le monde clinique et ceci a fortement influencé sa vision de la recherche qui doit, selon lui, être en constante interaction avec différentes disciplines sur le terrain.

Après une licence en Psychologie et une spécialisation en Neuropsychologie, Stéphane Adam est engagé au Centre hospitalier Brühl à Liège pour une expérience pilote subventionnée par le CHU : la création d’un centre dédié à la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (Centre de Jour de la Mémoire sous la responsabilité du Professeur Salmon). Suite à cette expérience, et à l’écriture d’un article sur le sujet, Stéphane Adam entame en 1999 un doctorat (défendu à l’ULiège en 2004) sur la maladie d’Alzheimer sous la direction du Professeur Martial Van der Linden.

Après sa thèse, Stéphane Adam continue à travailler en clinique et dans la recherche. En 2010, il obtient le poste de Chargé de cours ainsi que la responsabilité de l’Unité de Psychologie de la Sénescence (UPsySen).

Cette Unité développe une ligne de recherche centrée sur l'âgisme. Ce concept fait référence à toutes formes de discrimination, de ségrégation ou de mépris fondé sur l'âge. L’âgisme est l'expression de stéréotypes négatifs qui peuvent aboutir à des réactions hostiles envers les personnes âgées. Les chercheurs de l’UPsySen étudient les conséquences de l’âgisme sur l'évolution physique et mentale des aînés, mais aussi sur les comportements et la prise en charge de ces derniers par les professionnels de la santé.

L'âgisme et le mouton

Du côté des aînés, Stéphane Adam et ses collègues ont ainsi montré l’existence d’un lien entre la perception subjective de l’âge (le fait de se sentir plus jeune ou plus vieux que son âge chronologique) et la dimension plus ou moins menaçante du contexte dans lequel ils évoluent. À ce sujet, ils ont mené une étude dans laquelle ils invitaient un premier groupe d’individus âgés de 65 ans et plus à patienter dans un environnement dit "menaçant" : une salle d’attente où étaient accrochés des posters soulignant le risque de chute et illustrant des problèmes de marche liés à l’âge. Le second groupe de participants – de la même tranche d’âge – était quant à lui invité à patienter dans un environnement "peu menaçant" : une salle d’attente où n’étaient affichés que quelques posters neutres à l’égard du vieillissement. La comparaison des deux groupes a permis aux chercheurs de l’UPsySen d’observer que les personnes soumises à l’environnement dit "menaçant" se percevaient 7 % physiquement plus âgées que leur âge chronologique. À l’inverse, les participants soumis à un environnement "neutre" se sentaient 13% plus jeunes que leur âge. Sur le long terme, l’étude suggère aussi que le groupe d’individus ayant une perception plus négative de l’âge est aussi soumis à un plus haut taux de mortalité ou à un plus haut risque de développement de problèmes cognitifs

L'âgisme et le mouton

 Dans une seconde série d’études, Stéphane Adam et ses collègues ont étudié l’impact de cette perception subjective de l’âge (SPA) auprès de patients atteints de cancer.

En outre, Stéphane Adam et ses collègues ont démontré que l'âgisme n'est pas rare chez les professionnels de la santé. Dans les hôpitaux belges, les infirmières en oncologie encouragent moins les patients âgés que les patients plus jeunes à se lancer dans l'immunothérapie, la reconstruction mammaire ou la chimiothérapie.

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 Dans une autre étude de suivi, il apparait que les médecins et les étudiants en médecine adaptent leurs discours, en fonction de l’âge du patient auquel ils s’adressent. Ainsi, face à un patient de 70 ans, ils utilisent des énoncés plus courts et se répètent davantage. Ils mentionnent aussi moins fréquemment les effets secondaires du traitement et en minimisent les conséquences. Autrement dit, ils déploient un "elderspeak" - un discours qui s'apparente au "baby talk" - qu’ils ne se permettront pas de tenir, par exemple, face à un patient âgé de 40 ans. Le elderspeak est préjudiciable aux personnes âgées. Il diminue l’établissement d’un lien de confiance, essentiel dans la relation thérapeutique, et diminue la possibilité pour le patient d’adhérer au traitement.

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Les recherches de l’UPsySen ont aussi abouti à démontrer l’usage de l’elderdpeak auprès des enfants de 7 à 12 ans. En outre, il semble aussi que l’âgisme chez les enfants et les adolescents soit lié à la qualité de la relation que ces derniers entretiennent avec leurs grands-parents.

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Cette problématique de l’âgisme est prépondérante en ces temps de crise sanitaire. Les mesures prises par le gouvernement ont engendré un isolement massif et pour de plus longues périodes de nos aînés. L’augmentation probable des comportements âgistes en cette période risque d’entrainer une augmentation des problèmes de santé mentale chez les personnes âgées. L’une des études d’UPsySen suggère que l’âgisme est la marque des sociétés industrielles capitalistes, ces comportements discriminatoires liés à l’âge découlant de l’idée qu’"une personne âgée est un fardeau sur le plan économique", surtout au regard de la question des pensions. Ce constat corrobore d’autres études internationales menée sur le sujet. Dans ce cadre, la COVID-19 risque d’augmenter ce type de représentations, l’âgisme et les tensions intergénérationnelles dans nos sociétés. Ceci a été souligné récemment dans une lettre cosignée par 20 chercheurs internationaux, incluant l’équipe UPsySen, qui développe actuellement des études pour apporter des preuves empiriques à ces craintes.

Les recherches menées à UPsySen ont permis d’élargir un réseau de collaborations riche, composé de professionnels issus de disciplines très variées (psychologues, économistes, neurologues, ergothérapeutes, psychiatres, gériatres, oncologues, épidémiologistes, etc.). Tous ces professionnels, acteurs de terrain et/ou émanant du monde académique, constituent des partenaires tant au niveau national (UCL, KUL, etc.) qu’international (France, Canada, USA, Suisse, etc.).

Ces collaborations s’inscrivent, entre autres, dans le cadre de la solide expérience développée par Stéphane Adam au niveau des approches non-pharmacologiques dans le vieillissement normal et pathologique. Ces approches sont exploitées dans divers contextes : dans les consultations cliniques d’aides aux aidants, dans les formations et supervisions réalisées auprès des professionnels de la santé, en particulier dans le secteur institutionnel ainsi qu’au niveau de l’information transmise vers le grand public. Via de nombreuses formations dispensées aux professionnels, l’Unité de Psychologie de la Sénescence dispose d’un réseau large de contacts et de collaborations dans le secteur des maisons de repos/maison de repos et de soins, mais aussi dans le secteur du handicap (avec la question du vieillissement des personnes porteuses de handicap).

 

Retrouvez ici les publications de Stéphane Adam.

Fanny Hontoir

Fanny Hontoir

Fanny Hontoir est médecin vétérinaire, Chargée de Recherche FNRS à l'Université de Namur, dans l'équipe de recherche du Professeur Jean-Michel Vandeweerd OASIS - NARILIS dont elle est responsable du laboratoire.

Passionnée par les animaux depuis toujours, c’est assez naturellement que Fanny Hontoir se dirige vers des études de Vétérinaire. Après un Bachelier à l’UNamur et un Master à l’ULiège en Médecine vétérinaire, elle débute sa carrière en tant que vétérinaire praticienne dans une clinique pour petits animaux en France. Si elle apprécie la prise en charge des animaux, la recherche de traitements, la chirurgie, il lui manque cependant un challenge, une compréhension plus pointue des phénomènes sous-jacents qui entraînent une maladie. Elle ressent également l’envie de partager et de transmettre ses connaissances.

L'âgisme et le mouton

 Fanny Hontoir devient ainsi assistante en anatomie animale à l’Université de Liège et est ensuite engagée à l’Université de Namur pour prendre en charge des travaux pratiques, tout en menant des activités de recherche. En parallèle, elle se lance aussi dans une thèse de doctorat portant sur l’ostéoarthrite (arthrose) dans le but de décrire les modifications du cartilage et de l’os à l’aide de techniques d’imagerie médicale (le CT-scan et l’IRM), en utilisant comme modèle le genou du mouton. Fanny Hontoir a mis au point des protocoles permettant l’imagerie du genou du mouton, l’analyse clinique de son articulation et de sa démarche. Pendant ces années d’assistanat, elle a l’occasion de présenter ses recherches en congrès, rencontrer des scientifiques à l’étranger ou encore se former en Angleterre grâce à de courts séjours au laboratoire du Professeur Peter Clegg à l’Université de Liverpool. Ces moments d’échanges humains et de collaborations scientifiques représentent à ses yeux une véritable plus-value puisqu’ils permettent de prendre du recul, ainsi que de faire avancer les projets.

L'âgisme et le mouton
L'âgisme et le mouton Fanny Hontoir

Cette recherche doctorale sera parsemée d’épisodes personnels intenses. Tout d’abord, la naissance de son fils en 2012 amène Fanny Hontoir à retrouver un nouvel équilibre entre sa vie familiale et sa carrière de chercheuse, qui implique de se rendre à l’étranger, se former aux nouvelles techniques et disséminer les résultats. En 2014, Fanny est contrainte de mettre sa thèse en stand by : en effet, elle doit subir plusieurs chirurgies, chimiothérapies et une radiothérapie. Elle surmontera cette épreuve grâce au soutien indéfectible de son entourage. Elle reprendra ensuite progressivement sa thèse, en mettant de côté ses activités d’enseignement, et la défend en 2018.

Pr. Mandy Peffers

Fanny Hontoir décide ensuite d’élargir son champ de compétences en se familiarisant, au laboratoire du Pr. Mandy Peffers à l’Université de Liverpool, aux techniques de culture cellulaire, d’extraction et d’analyse d’ARN ou encore de modification cellulaire. Cette étape marque le début de sa collaboration intense avec Liverpool.

Arthrose

Aujourd’hui, Fanny Hontoir est Chargée de Recherche FNRS à l’Université de Namur et se penche sur le système locomoteur, l’articulation et l’ostéoarthrite ou arthrose, une maladie dégénérative de l’articulation très handicapante qui affecte l’être humain, mais aussi les animaux (difficultés à se déplacer, à monter les escaliers, douleurs aux articulations concernées). Cette maladie peut être liée au vieillissement, mais peut aussi être la conséquence d’un traumatisme articulaire ou encore être liée à des anomalies génétiques ou métaboliques. Si on ne meurt pas d’arthrose, celle-ci peut toutefois aggraver certaines pathologies, prédisposer à d’autres maladies ou rendre la prise en charge médicale plus compliquée (i.e., traitement de plusieurs maladies pour lesquelles les médicaments ont des effets contradictoires, voire néfastes s’ils sont combinés).

À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement idéal pour l’arthrose : la seule solution est le remplacement de l’articulation (prothèse de genou ou prothèse de hanche). Le premier grand challenge est donc la découverte d’un traitement qui permettrait de retrouver une articulation saine sans passer par la mise en place d’une prothèse. Autre challenge : la détection précoce de la maladie avec des techniques peu invasives. L’arthrose reste une pathologie complexe car elle atteint les différents composants de l’articulation (os, cartilage, membrane synoviale,…) Comprendre l’interaction entre les différents tissus est aussi un point clé dans la compréhension générale de l’initiation, de la progression de l’arthrose et dans la mise au point d’un traitement.

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Dans la cadre de sa recherche, Fanny Hontoir fait le lien entre le fondamental (étude au travers de cultures cellulaires) et les modèles animaux (l’étude du genou du mouton notamment, très similaire à celui de l’homme). Ceux-ci permettent une approche plus holistique de la maladie puisqu’ils fournissent des articulations entières mises en situation et qu’il est possible de réaliser une évaluation clinique proche de ce qui se fait chez l’homme (évaluation de la démarche, du gonflement articulaire ou encore imagerie médicale).

Durant sa thèse, Fanny Hontoir avait déjà étudié l’utilisation de l’imagerie médicale (scanner, IRM) pour détecter les lésions précoces d’arthrose que sont les modifications du cartilage. Le premier volet de cette recherche a permis de mettre en évidence les avantages et les limites de l’utilisation du scanner et de l’IRM dans la détection des petits défauts de cartilage. Dans un second volet, elle a évalué les modifications du cartilage, visibles à l’imagerie, pouvant apparaitre en raison de la présence de lésions de l’os sous-jacent. Ceci l’a amenée à se questionner plus amplement sur les modifications moléculaires, non visibles à l’œil nu ou à l’imagerie, qui sont associées à l’arthrose, mais aussi au vieillissement. Ainsi, dans son projet "OviSno project" qu’elle mène à actuellement à l’Université de Namur (en collaboration avec l’Université de Liverpool et l’Université de Maastricht), Fanny Hontoir tente d’approfondir la compréhension de l’arthrose d’un point de vue moléculaire. Son objectif principal : décrire les modifications de certains ARNs appelés les petits ARNs nucléolaires dans l’articulation vieillissante et au cours de l’arthrose. L’objectif au long terme est de parvenir à l’élaboration de traitements potentiels.

Exercices radiographiques avec clichés argentiques

Notons qu’en tant qu’enseignante, Fanny Hontoir a organisé des travaux pratiques et réalisé des supports didactiques originaux. Elle a ainsi mis en place une activité d’apprentissage de l’anatomie via la radiographie, une approche alternative de l’anatomie animale qui permet aux étudiants de se familiariser avec l’aspect des os ou des viscères tout en leur accordant une certaine autonomie.

Coulisses des vidéos de palpation

À côté de ces supports radiographiques, Fanny Hontoir a réalisé des vidéos d’apprentissage de la palpation.

 

Retrouvez ici toutes les publications et activités de recherche de Fanny Hontoir.

Écoutez ici le podcast UNamur : "Fanny Hontoir : les machines ne remplaceront pas les vétérinaires"

Fanny Hontoir : les machines ne remplaceront pas le vétérinaire

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