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Kraa : 3. La Colère blanche de l'orage

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16 févr. 2014 à 14:112 min
Par Jacques Schraûwen

Yuma, un jeune Indien voit toute sa famille se faire assassiner… Laissé pour mort, il renaît et devient le compagnon d’un aigle géant qui en fait son frère… Une jeune fille les rejoint dans une vallée oubliée… Et passe le temps, nourri d’amour et de haine, de beauté et de violence, d’horreur et d’espérance. Sokal maîtrise son sujet, tant par son scénario que par son dessin, et cette trilogie est superbe !

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On pourrait dire que le personnage central de ces trois albums, c’est cet aigle, majestueux, au regard de braise, aux géantes envolées, qui peuple de sa présence tous les orages des existences racontées par Sokal. On pourrait aussi dire que le pivot de l’histoire, c’est Yuma, ce jeune indien, confronté à la violence humaine, à l’injustice, et qui ne réussit plus, finalement, qu’à communiquer avec son frère l’aigle. Mais, finalement, c’est Emily qui domine toute l’histoire. C’est elle, et elle seulement, qui est le lien entre les lieux, les existences. Et c’est elle qu’on retrouve, dans cet ultime tome, vieillie, et ouvrant ses présents à une mémoire qui ne s’est jamais endormie.

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Au départ de cette série, on aurait pu croire se plonger simplement dans un western, un western de plus. Mais il n’en est rien, fort heureusement. On retrouve ici, comme dans Canardo, mais à un niveau tout autre, un ton qui accompagne le récit d’une espèce de musique très personnelle. Un ton qui rythme l’histoire, qui rythme les dessins, un ton qui naît d’un vrai talent d’écriture, qui naît aussi de cette époque dans laquelle Sokal nous plonge, celle d’un monde en mutation, celle d’une Amérique qui se plonge dans une neuve civilisation.

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Finalement, au-delà des prouesses graphiques, au-delà de l’intrigue extrêmement bien construite, dans laquelle réalisme et fantastique se mêlent sans cesse, le personnage essentiel de cette trilogie, tout compte fait, c’est la nature. Une nature qui n’a rien de romantique, de romantiquement magnifié. Une nature qui n’est un paradis pour l’homme, sans doute, que parce que l’homme y a perdu sa place.

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Trois albums, pas plus, et l’histoire est finie, elle se love sur elle-même, sans qu’il n’y manque rien, sans qu’il ne s’en échappe trop. Et quelques pages qui émaillent ces tomes donnent l’envie de s’y attarder longuement, d’y replonger, pour un plaisir toujours répété devant des dessins qui éveillent les rêves…

 

 

Jacques Schraûwen

Kraa : La Colère blanche de l’orage (auteur : Sokal – éditeur : Casterman)

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