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Musique - Pop-rock

Konoba, de la poudre aux yeux

Konoba, de la poudre aux yeux
27 janv. 2017 à 14:425 min
Par Nicolas Alsteen - Larsen

Aux confins des mélodies acoustiques et des sonorités électroniques, Konoba pose la voix sur des chansons à la fois classes et inclassables. Héritier de James Blake, voisin de palier d’un Jack Garratt, le Belge indépendant signe un premier album captivant (Smoke & Mirrors). L’Angleterre dans le rétro, tout l’avenir devant lui, l’artiste aborde le présent sans tabou. Rencontre.

Loin du Manneken Pis, l’histoire belge est peut-être moins drôle, mais certainement pas moins belle. Dans sa façon d’aborder la musique sans carte ni boussole, Raphael Esterhazy esquive les règles du radioguidage pour tracer son propre itinéraire. En 2009, après avoir entrepris des études en architecture à Bruxelles, le Brabançon change ses plans et façonne une nouvelle trajectoire. À 19 ans, il quitte la Belgique. Direction Londres. Au terme d’un voyage sous la Manche, le garçon s’inscrit à la Tech Music School, établissement connu pour ses bonnes fréquentations – les mecs de Radiohead ou Bloc Party comptent, notamment, parmi les anciens élèves du bahut.

Sur le papier, c’est l’histoire d’un an et d’un cursus polyvalent. Parce qu’ici, on apprend simultanément la maîtrise du chant et de différents instruments. L’enseignement proposé porte sur divers aspects du métier : composition, introduction à la production, performance scénique… Pour moi, cette aventure devait durer douze mois et s’arrêter là. Pourtant, la passion va en décider autrement. Chaque jour, après les cours, l’étudiant bidouille sur des logiciels de production. Il créé des sons, quelques squelettes de chansons. C’est vite devenu une obsession. Du coup, j’ai cherché à prolonger mes études en me spécialisant dans ce domaine. C’est ainsi qu’il atterrit un peu plus au sud, à Brighton, où il entame un cycle universitaire en production musicale. En 2011, je devais rendre un travail de fin d’études : quatre morceaux enregistrés, entièrement produits et mixés. J’ai gravé tout ça sous le nom de Konoba. Fabriqué sur un lit avec un casque, un micro et un ordi, ce premier E.P. marque les débuts du projet.

Konoba - I'M A WOLF (ft. Ellie Ford)

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Diplômé, le Belge se fixe en Angleterre et, dès 2010, concocte un deuxième E.P. Je me suis installé dans une maison communautaire habitée par des musiciens, un graphiste, un tatoueur et quelques plasticiens. Au niveau de l’énergie, c’était hyper stimulant. À l’époque, j’étais totalement fasciné par la démarche d’un artiste comme James Blake. J’adorais son approche organique de la musique électronique. L’année suivante, le E.P. Colours & Shapes voit le jour.

Le style Konoba s’affirme. L’ADN est établi. Dans sa discographie, cet enregistrement marque le début d’une petite révolution, une véritable progression. Paradoxalement, il marque la fin du trip anglais. Rentrer à Bruxelles était une décision difficile, explique-t-il. À un moment, j’ai réalisé que je devais gagner ma vie avec la musique. Jusque-là, je me débrouillais avec des petits jobs alimentaires. Mais plus j’avais besoin d’argent, moins j’avais de temps pour composer. Rester en Angleterre, c’était prendre le risque de m’essouffler et, peut-être, d’abandonner. Autour de moi, je voyais trop de gens talentueux rester à quai, coincés dans des magasins de seconde main pour gagner de quoi payer un loyer. Je ne voulais pas de ça… De retour au pays, Konoba fait du porte-à-porte, histoire de prendre la température, de démarcher auprès de quelques structures. Assez rapidement, des labels m’ont fait part de leur intérêt. Mais, au final, j’ai décliné toutes leurs propositions. Je voulais garder les mains libres, faire les choses comme je l’entendais.

Le magicien ose

Aujourd’hui, le chanteur signe Smoke & Mirrors, son premier album studio. Capable de manœuvrer aux manettes de ses chansons, il délègue pourtant la production à Charles De Schutter. Ayant toujours travaillé seul, j’étais un peu flippé à l’idée de confier mes compos à une personne extérieure. Cela dit, j’avais trop le nez dans le guidon pour gérer la confection du disque de A à Z. Avec Charles, c’est d’abord une relation de confiance. Nous partageons des affinités et, humainement, on s’est trouvé. Et puis, il peut se targuer d’une solide carte de visite… Après Ghinzu, Baloji ou la famille Chedid, le producteur bruxellois pose donc les doigts sur les chansons de Konoba.

Konoba - On Our Knees (feat. R.O)

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Au casting du disque, on retrouve le tube On Our Knees, un titre qui flirte gentiment sur la vague électronique empruntée par quelques surfeurs australiens (de Flume à Chet Faker). Depuis l’éclosion de ce single, l’onde Konoba se déplace sur les réseaux sociaux, touchant une communauté virtuelle de plus en plus large. Le succès de ce morceau est surprenant. Il est sorti sans aucune aide. Pas de label, d’éditeur ou d’attaché de presse. C’est juste une réaction naturelle du public. Forcément, ça fait plaisir... Mais cette satisfaction génère aussi une part d’appréhension. La peur de décevoir est là. Cette chanson engendre une attente chez les gens. Tout le monde espère me voir débarquer avec une variante plus ou moins assimilée mais, ça, c’est hors de question. Pour éviter l’écueil du succès, Konoba opte pour un grand-écart permanent. De la brit-pop multicolore d’Inside A Bubble à la chanson française (L’indifférence), l’artiste effleure l’électronique entre dépouillement extrême et raffinement suprême. Je ne veux pas me laisser enfermer dans un style. J’apprécie la liberté d’expression, cette possibilité d’explorer indéfiniment les sons, de multiplier les collaborations.

Smoke and Mirrors

Le premier album de Konoba trouve son titre dans la chanson du même nom. Smoke & Mirrors est à l’image du disque. Il symbolise le trait d’union opéré entre les sonorités acoustiques et la matière électronique. Et puis, son thème rejoint celui que j’essaie de développer sur la longueur de l’album. Smoke & Mirrors est une expression anglaise associée à la magie. Il s’agit de la " poudre aux yeux ". Dans mes chansons, les paroles s’abreuvent à la source de l’actualité.  Economie, écologie, politique… Pour moi, ce titre est donc une invitation, un appel, à investiguer, pousser notre curiosité au-delà des faits qui nous sont rapportés dans les médias ou via le bouche-à-oreille. Nous devons comprendre le monde, bouger, réagir comme des citoyens responsables. Dans l’état actuel des choses, nous fonçons droit dans le mur. Meilleure façon d’éviter l’obstacle, Smoke & Mirrors offre d’innombrables perspectives à l’année à venir : des pistes de réflexion pour un futur qui chante.

article extrait du n°21 du magazine Larsen

Larsen n°21

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n° 21 de Larsen est en ligne

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